Cinéma 2012

 


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Index
m'écrire

La Cabane dans les Bois
Dark Shadows (1/2)
 
Blanche Neige
Guilty of Romance
La Dame en Noir
Le Territoire des Loups
Babycall
Les Pirates !
Confessions
2 Days in New York
Malveillance
Hunger Games
Cheval de Guerre
Les Hauts de Hurlevent (2011)
Martha Marcy May Marlene
John Carter
Kill List
Millenium : Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes
Chronicle
The Muppets
La Taupe
Tucker & Dale Fightent le Mal
Take Shelter

 

 

Dark Shadows

de Tim Burton

(1/2)

C’est l’histoire d’une rencontre évidente : celle de Tim  Burton et d’un vampire. C’est aussi l’histoire d’un manoir gothique et d’une sorcière. Tout est normal. Mais c’est aussi l’histoire d’une ado bourrue, d’un gamin orphelin, d’une matriarche digne, d’une psy alcoolique, des années 1970, de l'explosion des familles et d’une obsession sexuelle dévorante. On y entend Curtis Mayfield et les Carpenters, le sang y coule à flot, ainsi que les gags triviaux. Au milieu, il y a un concert d’Alice Cooper. Violence, amour, monstres et petites culottes. Ce n’est pas le nouveau Sono Sion, c’est Dark Shadows,  adaptation d’une série télévisée mineure. Aujourd’hui, c’est un film majeur et l’une des plus belles œuvres de Tim Burton.


Comme souvent, la bande annonce est absolument trompeuse. Vendu comme une comédie pouêt-pouêt caviardée de blagues scabreuses, Dark Shadows débute par un prologue sublimement tragique. Tim Burton revisite la malédiction de Sweeney Todd avec une maestria visuelle ressuscitée. Que ce soit dans ses aspects gothiques ou dans sa reconstitution des 70’s, le film est toujours magnifique. On a rarement connu Burton aussi sûr de sa mise en scène et de son cadre. Oubliés les écarts kitsch d’Alice, le statisme du premier Batman, le découpage chaotique de Sleepy Hollow ou la banalité de Big Fish. Le réalisateur est ici au meilleur de sa forme. Ménageant déclaration d’amour à son décor (littéralement, par la bouche de Barnabas) et pleine prise de possession de lieux plus incongrus (la destructrice scène d’amour avec la sorcière). Il en résulte une avalanche d’images magnifiques (chose attendue) mais aussi de vraies séquences dynamiques (plus surprenant de la part d’un cinéaste jamais à l’aise avec le mouvement).


Ceux qui oseront reprocher l’humour souvent léger, parfois vulgaire, du film, oublieront sans doute que le même genre de blagues parcourait Batman Returns, Sleepy Hollow ou même Edward aux Mains d’Argent. Sans parler, bien sûr, de Beetlejuice et de Mars Attacks !, ancêtres encore plus évidents de ce Dark Shadows. On retrouve ici la même propension à la cruauté et aux écarts parfois assez inattendus dans un blockbuster grand public. La conclusion s'avère en particulier la plus intense de l’œuvre du réalisateur depuis bien longtemps, grand festival de pyrotechnie et d’émotions, débordant par tous les bords du cadre. Cette frénésie ne semble plus connaître de terme et s’épanche sur la promesse singulière, mais enthousiasmante, d’une suite indispensable.


Dark Shadows repose en outre sur un casting en tout point parfait et pléthorique. Ce qui permet de compenser la présence écrasante de Johnny Depp, toujours prompt à voler les films à son seul profit. Il trouve en Michelle Pfeiffer une duelliste de choix, car ce n’est pas à une vieille routarde du cabotinage suave qu’on apprend le métier. Remarque toute aussi valable pour Helena Bonham Carter, dont la petite présence à l’écran évite les excès. Dans le rôle de la sorcière nymphomane et blessée, Eva Green s’impose avec prestance. Mais il faut surtout chanter les louanges de la nouvelle venue Bella Heathcote (quel patronyme !) et de la toujours parfaite Chloe Grace Moretz (Kick-Ass, Hugo Cabret). Ce sang neuf évite au film de ressembler à une simple réunion de vieux comparses.


De manière intéressante, Burton a choisi cette fois-ci de mettre Danny Elfman en retrait pour se reposer davantage sur des chansons d’époque. Les choix sont à la fois reconnaissables par le plus grand nombre et fort appropriés (Season of the Witch de Donovan, Paranoid de Black Sabbath, Alice Cooper en guest star). Alors oui, on regrettera un peu l'absence d'un thème immédiatement inoubliable signé Elfman, mais sa discrétion offre une pointe d’originalité supplémentaire à ce canevas faussement familier. Car, oui, Burton aime jouer au jeu des auto-citations, de l'hypnose façon Ed Wood et Bela Lugosi en passant par le coup de langue de Catwoman ou l'inévitable apparition de Christopher Lee. Mais les clins d'oeil ne dépassent jamais le cadre de la connivence amusée.


Il faut bien que la presse et une certaine partie du public soient blasées pour voir autant de nez pincés ou de tiédeur face à un divertissement d’une qualité aussi élevée. Mais comme je l’expliquais l’année dernière, Tim Burton provoque aujourd’hui un rejet de plus en plus prégnant. Logique avec un auteur au style tellement personnel et immédiatement reconnaissable. La même croix que portent tant bien que mal beaucoup d’autres cinéastes, de David Lynch (en chute libre) à Mamoru Oshii (qui surnage difficilement) en passant par Steven Spielberg (qui joue aux montagnes russes). Plus accessible que Sweeney Todd et moins bordélique qu’Alice, Dark Shadows polarisera moins les spectateurs. Mais en tant que Burton quintessentiel, où le familier déplaît et le différent choque, les détracteurs y trouveront encore de quoi nourrir leur aigreur. 


Je me permets de m’en moquer et de célébrer au contraire un nouveau sommet dans une filmographie qui a connu ses revers et qui n’a néanmoins jamais cessé de revenir au pinacle. C’est, bien sûr, le point de vue d’un amoureux de longue date, de quelqu’un qui possède un attachement particulier à Tim Burton et une grande tendresse pour son style. Ce qui, paradoxalement, me permet d’en juger d’autant plus sévèrement les égarements, tout en en célébrant encore plus glorieusement les réussites. Quand Burton me déçoit, il me fend le cœur, mais quand il m’enchante, il est sans égal.

 


 

La Cabane dans les Bois

de Drew Goddard

 

La Dame en Noir

de James Watkins

Deux films d’horreur plongeant leurs racines dans les clichés les plus éculés du genre et choisissant deux approches diamétralement opposées. D’un côté l’énième résurrection du glorieux studio Hammer, fleuron du fantastique britannique. De l’autre, encore un « méta film » qui se rit des codes et pratique le second degré pour masquer les trous béants de son projet. Le point de départ de La Cabane dans les Bois fait saliver, il y a du potentiel, mais celui-ci, probablement faute de moyens (et peut-être d’idées) se révèle à peine effleuré. L’essentiel du métrage est occupé par un remake vaguement parodique des deux premiers Evil Dead. Problème, ce n’est jamais aussi horrible que l’original ou aussi hilarant que sa suite. Dans cet entre-deux interminable se glisse la promesse d’un second film, beaucoup plus excitant, où le genre exploserait aux quatre vents et où tout le bestiaire fantastique viendrait se venger des décennies de pauvreté scénaristique. Las, le bonheur espéré n’occupe qu’à peine un quart d’heure et provoque une vraie frustration. On n’est pourtant pas passé loin du très bon film.


A l’inverse, La Dame en Noir choisit le premier degré absolu et égraine avec délices toutes les figures classiques du film d’horreur gothique. Le village maudit, la maison hantée, les couloirs ténébreux, les bougies qui vacillent, les ombres qui se reflètent dans les miroirs, la totale. Inintéressant, donc ? Pas du tout, grâce à une mise en scène d’une application quasi parfaite. Le film se révèle d’une beauté étonnante en bénéficiant en particulier d’un décorum soigné dans ses moindres détails. Le déroulement de l’histoire est extrêmement classique, à quelques notes de cruauté près. L’œuvre bénéficie en outre de l’interprétation minimale, mais très juste, de Daniel Radcliffe qui parvient assez rapidement à faire oublier les lunettes d’Harry Potter. La Dame en Noir dépasse le statut de curiosité et charmera les amoureux de cinéma fantastique à l’ancienne. Tout y est, peaufiné avec un amour attendrissant pour le genre.

 


 

Guilty of Romance

de Sono Sion

Sono Sion est le cinéaste du point limite. Point limite de l’être humain, mais aussi du cinéma. Il ne cesse de tirer ses personnages, ses histoires et son style vers la rupture. Jusqu’où peut-on pousser un homme ?, c’était l'accroche de Cold Fish, son drame psychologique ultra gore. C’est à nouveau le thème principal de Guilty of Romance, appliqué à deux personnages féminins au bord de l’effondrement. Moins fou que son chef-d’œuvre Love Exposure et moins éprouvant que Cold Fish, ce nouvel opus n’en demeure pas moins extrême et indisposera plus d’un spectateur. A l’instar d’un Quentin Tarantino ou d'un Takeshi Miike, Sion mêle virtuosité et philosophie avec une vraie gourmandise de cinéma d’exploitation. A chacun d’apprécier cette insistance, en la jugeant complaisante ou viscérale. Mais, contrairement à des petits rigolos tels que Lars Von Trier ou Michael Haneke, Sono Sion ne cherche jamais à habiller ses œuvres sous les oripeaux de l’intellectualisme ou de « l’Art ». Ses films demeurent ambitieux, caviardés de tours de force et de performances d’acteurs mémorables, mais leur aspect iconoclaste et leur lyrisme brutal finissent par tout emporter dans un premier degré qui retourne, parfois littéralement, l’estomac.


Guilty of Romance débute comme un thriller policier et s’échappe bien vite vers la chronique sociale chère à l'auteur. L’aspect criminel n’est qu’un à-côté, métaphore et aboutissement du chaos mental des protagonistes. C’est une nouvelle fois la psyché du Japon qui est disséquée ; avec en ligne de mire la frustration féminine, moteur d’une descente aux enfers, entre hystérie et confessions murmurées. Même si, comme mentionné précédemment, le réalisateur bouscule les conventions et ne livre jamais frontalement une étude psychologique. Il préfère filmer amoureusement, et de préférence nue,  son actrice fétiche, Megumi Kagurazaka, et enchaîner les séquences absurdes et terrifiantes. Inutile de chercher ici la tendresse qui pointait dans Love Exposure, l’œuvre déploie un nihilisme proche de celui, abyssal, de Cold Fish. L’une des forces de Sono Sion est probablement de faire tenir debouts, cahin-caha, des récits précipités d’une scène choc à l’autre, projetant par exemple un monologue déchirant vers l’humour noir le plus monstrueux.


Le malaise est omniprésent et le cinéaste le cultive avec une application qui repousse les limites du spectateur. Et même si Guilty of Romance est plus court que d’habitude, un peu moins de deux heures dans sa version internationale, la concentration du récit sur un petit nombre de personnages principaux semble accroître sa durée. Ce n’est pas du divertissement pour les yeux et les cœurs fragiles, mais sa profondeur, certes balayée par les vagues de sexe et de violence, mérite l’expérience. Le cinéma de Sono Sion est l’un des plus originaux et percutants de notre époque. Malgré ses défauts et ses excès, ou plutôt grâce en partie à eux, le travail du créateur japonais passionne, secoue et enthousiasme. Guilty of Romance n’est probablement pas le meilleur point de départ pour plonger dans sa filmographie, mais les distributeurs français ne laissent pas le choix au public. Strange Circus, Ekusute, Love Exposure, Cold Fish, tous sont inédits dans nos contrées, et ce, même en DVD. Pas vraiment surprenant quand on sait que les impératifs financiers interdisent de proposer au grand public les œuvres un peu inhabituelles, perturbantes et n’entrant pas dans les petites cases du marketing. Seul son film le plus "normal", Suicide Club, a connu une distribution discrète. Ne ratez donc pas Guilty of Romance, prévu pour le 25 juillet 2012 dans une poignée de salles de l’Hexagone. En espérant l'arrivée prochain d'Himizu...

 


 

Blanche Neige

de Tarsem Singh

Qui mieux que Tarsem Singh pour redonner des couleurs à Blanche Neige ? Le terrain de jeu s’avère idéal pour un réalisateur passionné par le dynamitage des codes des mythes. Et, bien sûr, voilà une nouvelle occasion de laisser aller sa passion débridée pour la flamboyance visuelle. Sur ce point, son Blanche Neige est une splendeur, un rêve de direction artistique totalement libre. Tarsem sait ce que signifie le terme fantaisie et vogue dans un XVIIIe siècle fantasmé où tous les excès sont permis. Les costumes s’épanchent comme des personnages à part entière,  les décors resplendissent de détails et la caméra y navigue avec gourmandise. Comme à son habitude, le réalisateur construit son œuvre telle un ballet ou un opéra. Pour Les Immortels on flirtait avec Wagner, ici rendez-vous chez Tchaïkovski et Offenbach.


Sur le fond, la relecture est pleine d’ironie et d’humour, vraiment tout public. Elle s’inscrit dans la tradition des meilleurs Disney contemporains, d’Aladin à Raiponce. Pour mieux éviter les redites avec le dessin animé fondateur, Tarsem en détourne les scènes clefs, il réécrit les principaux protagonistes (les nains sont des bandits, le Prince un imbécile heureux, Blanche Neige une femme forte, la Reine une diva qui cabotine) et va jusqu’à éliminer quelques rebondissements trop fameux. Il en découle une vraie liberté de ton, une originalité vivifiante. Le film est gai, jamais trop dramatique ni effrayant, en grand spectacle conçu pour ravir aussi bien les enfants que les adultes qui regrettent le Technicolor de l’âge d’or.


Le casting est aux petits oignons. La star c’est Julia Roberts, en mode auto-parodique, qui en fait des tonnes sans trop exagérer. Très intelligemment, Tarsem ne se laisse pas vampiriser et accorde autant de place, si ce n’est davantage, à l’autre versant du conte. Les sept nains, plus vindicatifs, sont très attachants et Armie Hammer compose un prince joyeusement bête. La vraie révélation c’est Lily Collins (fille de Phil), charmante et espiègle, elle est la Blanche Neige parfaite et elle parvient au final à voler  le film des griffes de Julia. La conclusion de l’œuvre réjouit au plus haut point et culmine sur une chorégraphie Bollywood qui achèvera les coincés et les cyniques. Pour eux, cette perle sera un calvaire indescriptible, on leur conseille de passer leur chemin. Il suffit de voir comment les mêmes critiques qui sacralisent les kitscheries de Jacques Demy accueillent chaque Tarsem à coups de bâton. Grand bien leur fasse, on n’a pas besoin d’eux pour trouver ici un plaisir étincelant. The Fall demeure indétrônable, mais la filmographie de Singh ne cesse d'enchanter. Encore !

 


 

Mini-critiques

 

Le Territoire des Loups

L’homme face à la nature, l’homme face à la mort, le programme simple d’un survival décharné qui ne s’embarrasse d’aucune digression. Dans un monde sans dieu, les héros sont absolument seuls face à la sauvagerie. Survivre, oui, jusqu’au tout dernier souffle, jusqu’à la dernière seconde, ne rien lâcher. C’est là toute la grandeur d’un récit d’aventure à l'ancienne, éprouvant mais jamais désespéré. La mise en scène de Carnahan joue brillamment du hors-champ et crée une angoisse omniprésente. Des limites du cadre peut surgir un loup à tout moment, menace quasi métaphysique qui entraîne The Grey (titre original plus évocateur) vers les frontières du fantastique. C’est un film d’hommes, bourru et fleur bleue à la fois, qui ne cède presque jamais aux facilités hollywoodiennes. Certes Liam Neeson, dans une performance idéale, rêve de son ex-femme, mais c'est la petite fêlure qui raye la parfaite armure. Le Territoire des Loups est une réussite inespérée et surtout une œuvre magnifique sur la volonté de vivre.

 


 

Babycall

C’est bien normal que tous les pays du monde rêvent d’avoir leur Dark Water. Après tout, le film de Nakata reste une référence en matière de fantastique psychologique au quotidien. Babycall cherche néanmoins à s’éloigner de l’ombre tutélaire en collant au plus près de l’esprit dérangé de son héroïne. Quitte à mentir totalement au spectateur en lui montrant tout et son contraire. Le procédé est très discutable car il permet de balayer d’un  revers de la main toute tentative de cohérence. Le twist est prévisible dès les premières scènes, mais le film veut nous brouiller les pistes sans jamais vraiment y parvenir. Le réalisateur choisit alors de tout faire reposer sur les épaules de sa talentueuse actrice. Un choix compréhensible, même si Noomi Rapace ne semble pas encore revenue de Millenium. Reste un petit thriller sympathique avec quelques scènes prenantes, mais fort insignifiant au final.

 


 

Les Pirates, bons à rien, mauvais en tout

Au milieu, il y a London Calling de The Clash et sur le générique de fin il y a Allright de Supergrass. C’est donc un très bon film. C’est surtout le nouveau bébé du studio Aardman, le seul sérieux concurrent à la domination de Pixar sur le divertissement familial mondial. C’est moins bien qu’un long Wallace et Gromit, mais tout aussi savoureux que Chicken Run. Et quitte à ne retenir qu’un aspect, chantons à nouveau les louanges des détails. Des anachronismes dans les coins, des tableaux détournés, des enseignes calembours, des petits trucs qu’on ne perçoit que du coin de l’œil et qui tirent parfois ces Pirates vers le génie (« And a free pen ! »). Oui, le déroulement est classique, relativement prévisible et il n’y a pas de surenchère dans la frénésie. C’est juste peaufiné avec une telle générosité et doublé avec une telle classe (de Hugh Grant à David Tennant en passant par Martin Freeman) que s’en priver s’avère criminel.

 


 

Confessions

Une pure œuvre de formaliste, maniérée jusque dans ses moindres recoins. Ceux qui se sont extasiés avec Drive risquent de faire une rupture d’anévrisme devant Confessions. Des ralentis partout, tous les plans retouchés informatiquement comme dans Les Trois Singes de Ceylan, une bande-son hypnotique à base de Boris et de Radiohead, le film veut nous épater. Par son esthétique, tout autant que par son scénario et sa construction complexe et vicieuse. En creux, c'est un portrait classique de la jeunesse japonaise, forcément paumée, et peu avare en scènes chocs. On ne peut nier la puissance de certaines images et la virulence de la démonstration. C’est probablement trop, à tous les niveaux, mais cela suscite sans cesse l’intérêt, même dans une deuxième partie un peu longuette. En tout cas, le film ressemble vraiment à du cinéma, et ça fait du bien.

 


 

2 Days in New York

Une grande comédie du verbe, heureuse de sa trivialité, ravie de son nombrilisme, quelque part entre du Woody Allen pouêt-pouêt et du Desplechin pipi-caca. Débarrassée des questions métaphysiques, Julie Delpy s’éclate en chargeant la barque de la beauferie française. Cela devrait être lourd, ça l'est parfois, mais l’avalanche non-stop de piques et de gags convainc par la seule force de son énergie dévastatrice. Tout ne s'avère pas drôle, mais quand ça l’est, c’est énorme (le dîner en famille au milieu du métrage crée un long fou-rire de 10 minutes). Amusant.

 


 

Malveillance

Y a-t-il des limites aux invraisemblances dans un film ? Cela dépend, bien sûr, du genre, de l’atmosphère, du style du réalisateur. On ne demande pas la même chose à Tarsem ou à Robert Bresson. Dans le cas de Malveillance, Jaume Balaguero essaie de ciseler un thriller relativement réaliste et particulièrement cruel. Malheureusement, dès la première scène, la crédibilité est totalement piétinée. Chaque séquence du film présente une énormité, plus ou moins frappante, qui empêche toute implication. Par ailleurs, la méchanceté absolue de l’histoire et de son personnage principal en réjouira certains, tout en laissant les autres relativement perplexes.

 


 

 

Les Hauts de Hurlevent

de Andrea Arnold

Je voue un amour sans borne aux Hauts de Hurlevent. A mon sens, aucune adaptation cinématographique ne peut approcher la force du texte d’Emily Brontë. Aussi estimables qu’elles soient, les versions de Wyler et de Buñuel ne font qu’effleurer l’essence du livre. On était en droit d’attendre beaucoup d’Andrea Arnold, qui, de Red Road à Fish Tank, trace l’une des filmographies les plus passionnantes de cette dernière décennie. La réalisatrice a choisi une approche similaire à celle de Kelly Reichardt pour La Dernière Piste : format 1.33 :1, approche réaliste, économie des paroles. La lecture sensualiste de l’œuvre se révèle la plus pertinente, remplaçant les descriptions écrites par les images. La nature, ou plutôt la Nature, se révèle le moteur et le liant de l’histoire. Les protagonistes ne sont qu’un maillon d’un cycle qui les dépasse. Violence des sentiments et violence des éléments, une brutalité qui ne connaît ni le bien, ni le mal et qui était le cœur du roman. Aucun manichéisme mais un romantisme terminal filmé avec une âpreté qui déstabilisera ceux qui s’attendent à un énième drame en costumes.


Pour qui adore l’œuvre d’Emily Brontë, c’est la première fois que ses phrases prennent vie au cinéma. On y ressent enfin les tourments intérieurs liés aux déchaînements extérieurs. Les cœurs sont aussi bouillants que les paysages embrumés sont glacés. Dans des conditions cruelles, la vie palpite, se débat, telle les papillons luttant à l’aveugle contre les vitres sales. Deux choix diffèrent essentiellement du roman : le Heathcliff d’Arnold est noir et le dernier tiers du récit est laissé de côté. Pour ce qui est d’Heathcliff, pas d’inquiétude, c’est une bête blessée effrayante et tragique. Quant aux coupes, la réalisatrice parvient néanmoins à intégrer les scènes clefs de la fin, dont la fameuse fenêtre où vient gratter la main fantomatique de Catherine…


Il ne faut donc pas chercher une fidélité absolue à l’écrit, au contraire. C’est une véritable adaptation, une vraie lecture des Hauts de Hurlevent. Andrea Arnold en capture l’âme, le ressenti et privilégie les sensations. S’il y a bien un roman qui se prête à cette interprétation, c’est celui-ci. Ce film ne remplace donc en rien la lecture du livre, au contraire, on ne peut que la conseiller sous peine de ne pas toujours savoir ce qui se déroule à l’écran. On peut aussi se laisser porter par une mise en scène sublime, qui prouve, un an après La Dernière Piste, que la nouvelle génération de femmes cinéastes est en train de faire sa petite révolution du 7e art.

 


 

Cheval de Guerre

de Steven Spielberg

Il est toujours bon de le rappeler, si Steven Spielberg a presque à lui seul donné naissance à la domination des blockbusters contemporains, son regard est sans cesse tourné vers le passé glorieux d’Hollywood. Un rêve de l’âge d’or qui se nourrit aussi bien des comédies à la Lubitsch que des fresques à la John Ford ou à la David Lean. D’où la filiation naturelle de Cheval de Guerre avec les spectacles d’autrefois. C’est un film d’une grande pureté, d’une grande simplicité, sans que cela soit péjoratif. C’est aussi une vraie œuvre tout public, avec juste le bon dosage de drame et de violence pour marquer les jeunes esprits sans tomber dans la complaisance. Cheval de Guerre allie la force du récit d’apprentissage (avec un héros animal) et l’évidence d’une mise en scène qui atteint la perfection. Les chantres de l’originalité à tout prix, les réfractaires au classicisme, peuvent hurler en cœur, le vrai film de cinéma est ici.


Si on peut décortiquer l’œuvre pour en déchiffrer la grammaire et en comprendre l’exemplarité, elle appelle surtout au silence ravi. Tout y est donné avec la plus grande clarté, en une sorte d’apothéose du spectacle intelligent, impeccablement rythmé, ménageant les effets pour faire naître une émotion naïve mais intense. Mais ce qui est peut-être le plus remarquable c’est que le cinéaste se permette d’enchaîner un opus aussi moderne et quasi expérimental que Tintin avec cet hommage vibrant aux émerveillements d’antan. Spielberg sait tout faire et son insolent talent lui vaut toujours l’opprobre des gens sinistres. Cheval de Guerre est une œuvre qui balaye aigreur et mesquinerie, après tout ce n’est qu’un beau film. Et, bien sûr, c’est inestimable.

 


 

Hunger Games

de Gary Ross

Cela fait bien longtemps que le cinéma Hollywoodien a compris que les adolescents formaient la grande majorité de son public. Des adolescents réels (disons entre 12 et 18 ans) et des « adulescents » qui ont logiquement engendré les blockbusters actuels. De Harry Potter à Twilight en passant par mille et un super héros, le président ce n’est peut-être pas bébé, mais on y arrive doucement. Bien sûr, au milieu de l’infantilisation générale surnagent des œuvres de qualité, mais qu’il est frustrant de voir l’ébauche de grands films courir après le cahier des charges. Nouvel exemple avec Hunger Games, début de l’adaptation d’une trilogie de best-seller pour ados.


Dans cette première partie cohabitent deux œuvres. Un très bel hommage aux films d’anticipation des années 70 ouvre le bal. Puis laisse place à un remake light de Battle Royale qui n’arrive jamais à la cheville de l’original. Comme noté par d’autres que moi, Hunger Games est un lent decrescendo dont le climax se situe davantage à la moitié du métrage qu’en son final. Le film tient debout sur deux colonnes. L’une est le principal point faible : une mise en scène hideuse, rejeton de Paul Greengrass et de Michael Bay, qui donne la nausée au bout d’un quart d’heure. L’autre est le principal point fort : Jennifer Lawrence, qui porte le film à bout de bras et s’évertue dans presque tous les plans à rappeler la mesure de son talent.


Dans son dernier tiers, interminable, Hunger Games entasse donc une amourette improbable, de mignons sacrifices, des scènes tristounettes et un bouquet de fleur.  Alerte à la guimauve ? Gare au Twilight ? Pas vraiment si on considère que tout cela est mis en scène pour plaire à un public alors invisible, sorte de mise en abîme des midinettes présentes dans la salle. Tout à un sens. On fait semblant de s’aimer pour survivre, on surjoue le deuil pour provoquer la révolte… Nettement plus intelligent qu’il n’y paraît, Hunger Games ne vise pas la plus grande des subtilités mais parvient à faire passer son message. Il se dégage une vraie intensité et une pointe de tragédie.


Comme mentionné ci-dessus, le problème vient du fait que cet opus arrive bien après Rollerball et Battle Royale. Rien ne peut remplacer Takeshi Kitano en survêtement… Mais en même temps, le film s’adresse à des non cinéphiles, au « grand public ». Et les records du box-office vont s’effondrer sur son passage. Si au milieu de tous ces fans en devenir, certains en sont amenés à découvrir Battle Royale, ce ne sera déjà pas si mal. En l’état, voici un « teen movie » supérieur à la moyenne, doté de quelques bons passages et d’un univers prometteur. Autant attendre les deux inévitables suites pour juger l’ensemble.

 


 

Kill List

de Ben Wheatley

Rien n’est plus casse-gueule que l’œuvre métaphorique. Rien de pire que l’artiste qui se croit subtil et ne fait qu’enfiler les clichés à coups de symboles grossiers (exemples récents ici et ). Avec Kill List, le réalisateur britannique Ben Wheatley prend le problème à bras-le-corps et offre une œuvre quasi expérimentale, assez proche des essais les plus originaux des années 60 et 70. Pour assurer son propos, l’auteur fait mine de s’installer confortablement dans deux des genres les plus classiques du cinéma anglais : le film social et le polar grinçant. Deux tueurs à gages prolétaires avec leurs problèmes familiaux et financiers qui se lancent dans un dernier contrat ? Vous connaissez l’histoire par cœur, vous l’avez vue cent fois.


Sauf que, dès les premières minutes, le metteur en scène crée une ambiance anxiogène, proche du fantastique, où s’accumulent les détails mystérieux et les faux-semblants. Peu à peu cette atmosphère étouffante s’épanche dans des séquences de plus en plus violentes qui feront frémir les âmes sensibles. Il serait criminel de révéler la conclusion de Kill List, quelque part entre The Wicker-Man et les films d’horreur les plus surréalistes, mais vous voilà prévenus. C’est bien de l’Angleterre dont il est ici question, et plus généralement de l’Occident bousculé par la crise, tenté par la guerre, mastodonte échoué sur ses valeurs chancelantes.


Une telle ambition peut prêter à sourire, on est en droit de craindre la fable moralisatrice, il n’en est rien. C’est un vrai coup de poing, un uppercut. Mais très éloigné de ces innombrables effets de mode qu’on nous survend comme étant des « électrochocs », Kill List est mille fois plus malin et mille fois plus marquant que tous les petits vantards aussitôt vus, aussitôt oubliés. Avec sa mise en scène brillante, pleine de creux et de bosses, son ambiance unique et ses comédiens quasi inconnus mais habités, Kill List surpasse toutes les attentes. Essayez d’en savoir le moins possible avant de le voir et préparez-vous au choc.

 


 

John Carter

de Andrew Stanton

C’est l’histoire originelle, du moins en partie. Après tout, on pourra toujours revenir en arrière, loin, très loin, on finira probablement par atterrir chez Homère. Mais pour ce qui est de nos mythes modernes, le Cycle de Mars d’Edgar Rice Burroughs a fait beaucoup. Pour ceux qui diront : « mais John Carter ça ressemble trop à Star Wars, vilain copieur », c’est en fait l’inverse. C’est Star Wars qui ressemble à John Carter. Et double gifle à la face barbue de George Lucas, en un seul film nous voilà vengés de l’affreuse prélogie, douloureuse épine dans le pied des fans de Luke Skywalker. Balayée La Menace Fantôme, humiliée L’Attaque des Clones, ventilée La Revanche des Siths, John Carter est arrivé avec sa mythologie en or et sa splendeur visuelle.


Il y a dans le film d’Andrew Stanton (Le Monde de Némo, Wall-E, pas n’importe qui) l’ombre d’un chef-d’œuvre. De la première à la dernière scène, on ne passe jamais loin du film de science-fiction épique ultime, une sorte d’Autant en Emporte le Vent sur Mars. Accouché dans la douleur, monté et remonté mille fois par Disney, converti de force en 3D, John Carter entre dans la lignée de ces œuvres, qui, de Blade Runner au 13e Guerrier, préservent leur grandeur malgré les affronts. Ce qu’il nous est donné de voir est donc imparfait, claudiquant sur un rythme inégal, bien souvent coupé dans ses élans. Ici une scène de dialogue qui s’éternise, là un combat trop  éphémère, partout le fantôme d’une œuvre définitive.


En l’état, il manque à peu près une heure de métrage pour obtenir l’équilibre. Malgré tout, John Carter s’avère largement au-dessus de la moyenne des blockbusters actuels. L’univers décrit, sa richesse visuelle, la grandeur de ses enjeux, ainsi que plein de petits détails qui le différencient du tout venant. Ce monde est conçu avec un soin maniaque, jusqu’au moindre défaut d’architecture, jusqu’au minuscule accessoire du troisième figurant au fond à droite. Cette volonté de perfection est présente à chaque instant. En témoigne la partie terrestre de l’œuvre qui déborde esthétiquement de partout, avec une précision qui laisse pantois.


Formellement, John Carter est une œuvre d’exception, pas un costume, pas un maquillage n’est laissé au hasard, tout porte ici la patte du tatillon Stanton. Si les acteurs nous servent la partition shakespearienne obligatoire, on n’ira certainement pas le leur reprocher. Surtout à la vue de la sublime princesse de Mars, bien éloignée des potiches habituelles (oubliée la laitue Amidala). Que demander de plus ? La director’s cut et les suites ! Mais tout cela tient à présent du rêve, car John Carter a coûté cher et a été très mal promu. Résultat : le public passe à côté de lui sans le voir. Probablement redécouvert trop tard, après avoir néanmoins marqué une génération de mômes émerveillés, le film va traverser le désert martien. N’attendez pas pour apporter votre petite pierre à sa légende, peu de spectacles arriveront à sa hauteur cette année.

 


 

Martha Marcy May Marlene

de Sean Durkin

Les pires monstres sont ceux à visage humain. Et les films d’horreur les plus terrifiants se peignent aux couleurs ternes du quotidien. Sujet qui dépasse le cadre des reportages sensationnalistes, l’influence des sectes n’est que peu traitée au cinéma. Avant le très attendu The Master de Paul Thomas Anderson, Martha Marcy May Marlene aborde le thème avec toute la subtilité et le courage nécessaires. C’est avant tout une œuvre sur les conséquences, sur la lutte face à la torture psychologique, sur la reconquête d’une âme. Un combat complexe, qui plonge au cœur des méthodes de manipulation des esprits. A la démonstration édifiante, le premier film de Sean Durkin préfère les non-dits et le hors champ. Bien sûr, il y a quelques scènes chocs, mises en scène comme des réminiscences cauchemardesques. Mais l’essentiel se situe dans ce qui est laissé à l’imagination du spectateur. Les plus angoissants films d’horreur sont ceux qui ne montrent pas.


Exploitant les faiblesses et les peurs, distillant ses mensonges, le mal use et abuse des êtres. Jusqu’à la destruction du soi en prétendant l’affirmer, jusqu’à noyer la personne dans la masse endoctrinée, tout entière dévouée à la cause du gourou. Sous prétexte de révolte, de vérité, de vision du monde, il engendre les ténèbres, la folie et la mort. Aveugler en promettant la lumière, enfermer en parlant de liberté. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.


Martha a craqué, Martha s’est enfuie. Mais la blessure est profonde, le monde lui est étranger, elle est autre. Fuir auprès d’un bout de famille dépassée par les événements ne sera pas suffisant. Dans ce que Martha n’arrive pas à dire on décèle une souffrance abominable. Peut-on échapper à pareille monstruosité ? En boucle reviennent la honte, la paranoïa, la colère, tous les mécanismes de défense de l’esprit qui parviennent à peine à tenir la jeune femme hors des flots. Une fin ouverte glaçante laisse le goût du tragique à venir. Il est sans doute trop tard.


Sean Durkin a 29 ans et son film adopte en grande partie les codes visuels du cinéma indépendant américain, celui-là même qui nous a offert aussi bien Fargo que Winter’s Bone. Comme ce dernier, Martha Marcy May Marlene repose en grande partie sur la performance d’une jeune actrice. Exceptionnelle, Elizabeth Olsen incarne littéralement cette vie détruite. Sublime et déjà fanée, sa Martha fend peu à peu notre cœur. L’œuvre n’est jamais un simple tour de force, grâce à sa finesse d’approche et à la douceur acérée de son interprète principale, elle serre la gorge pour ne plus la lâcher. Un film dévastateur, insoutenable et bouleversant. Absolument incontournable.

 


 

The Muppets

de James Bobin

Autre genre sinistré : les films de réunion. Vous savez, Les Bronzés 3, Indiana Jones 4, Le Gendarme en Balade, Le Retour des Mousquetaires… Et si on reformait la vieille équipe ? Pas une bonne idée. Sauf pour les fans, et encore. Pour réussir un film de retrouvailles, il faut vraiment compter sur l’attachement du public aux personnages, mais pas seulement. Dans le cas des Muppets, atout de taille, les héros n’ont pas pris une ride, et leur confrontation avec le monde contemporain ne pose guère de problème. Ils se sont séparés, le public les a oubliés, mais ce n’est pas si grave. Reformer le groupe et reconquérir le cœur des gens ne prendra finalement que quelques heures. Même les nouveaux arrivants (deux humains et un muppet) seront vite relégués au rang de figurants pour mieux laisser la vieille équipe faire ses numéros. Les années 70, aujourd’hui, comme si c’était hier.


Vous vous en doutez, si vous n’avez pas au moins déjà vu le premier film des Muppets (datant de 1979, un mini classique), ce n’est même pas la peine d’essayer de regarder cette version 2011 (qui en est en grande partie un remake). Si vous n’avez jamais vu un seul épisode du Muppet Show, vous pouvez aussi passer votre chemin. La bonne humeur du film, ses passages musicaux, pourront plaire à tous, mais c’est avant tout un hommage, un rappel, une lettre d’amour aux admirateurs de toujours. Le succès de l’œuvre aux Etats-Unis a démontré la popularité inébranlable des Muppets, une suite est déjà en préparation et la franchise est relancée.


L’histoire importe peu, c’est une succession de sketches mettant en valeur les incontournables de la troupe. Etrangement certains piliers sont un peu en retrait, en particulier Gonzo, Rowlf (un seul gag) et Animal. Un film des Muppets ne serait évidemment pas complet sans sa multitude de stars invitées. Ici, c’est l’avalanche et il y en aura pour toutes les générations et tous les goûts. Des plus attendues (Jack Black, Jim Parsons, Neil Patrick Harris) aux plus improbables (Feist, la voix de Joanna Newsom pour 5 secondes de présence). Les deux acteurs humains principaux font de leur mieux, Jason Segel avec énergie et Amy Adams en imitation de la craquante princesse d’Enchanted.


Niveau musique, les nouvelles compositions ne dépareillent pas au sein du corpus Muppets, elles se font néanmoins voler la vedette par les inégalables The Rainbow Connection et Mahna Mahna. Reste que l’oscarisée Man or Muppet et l’incongru rap karaoké du méchant possèdent beaucoup de saveur. Tout cela contribue au surréalisme si particulier, mi-enfantin mi-adulte, qui fait le charme de cet univers. Commentaires incessants sur le film en lui-même, réduction de tous les problèmes en défiant les lois de la physique et de la narration. Tout est possible, tout peut arriver et tout finira bien. Un hymne à l’absurde et à l’émerveillement, qui, sans détrôner le film de 79, s’avère une réussite.

 


 

Chronicle

de Josh Trank

Encore un film de super-héros ? Encore un film d’origines ? J’ai passé l’année 2011 à répéter que l’overdose était atteinte depuis longtemps. Alors pourquoi de l’indulgence pour Chronicle ? Parce que ce blockbuster miniature cherche et trouve les chemins de traverse, comme Incassable en son temps. Revenir à l’intime et au réalisme pour mieux faire croire à l’extraordinaire. Depuis Cloverfield, auquel on pense beaucoup, on n’avait pas vu faux film amateur aussi malin et réussi. Plus finement que dans la production d’Abrams, Josh Trank se joue quasi immédiatement de son dispositif en n’essayant jamais de duper le spectateur. C’est du cinéma, du vrai. Par tous les moyens à sa disposition, le réalisateur recrée la mise en scène, réinventant les travelings et autres plongées à coups de pouvoirs télékinésiques. C’est malin, cela pourrait être exaspérant, cela fonctionne à merveille. Tout comme les trois ados de l’histoire découvrent et abusent de leur puissance, le film se déploie et explose ses limites visuelles. Jusqu’à un final qui rend directement et intelligemment hommage à Akira.


On craignait le clip pour gamins, entre Twilight et Paranormal Activity, on se retrouve avec une petite bombe parfaitement chronométrée (1h20 sans le générique, pas une seconde en trop). Ah, il ne faut pas chercher l’originalité renversante, ce n’est pas du Alan Moore, ce n’est pas du Neil Gaiman, les antagonismes se dévoilent dès les premières minutes. On sait où on va, mais on s’y rend de bon cœur, le film ne cessant de déjouer les craintes. La présence d’effets spéciaux remarquables étant un bonus des plus appréciable. De quoi déclencher mille fois plus l’enthousiasme et l’admiration qu’un énième Marvel syndiqué. Une franchise est peut-être née et on doute grandement qu’on puisse nous refaire le coup une deuxième fois. Pas grave, Chronicle existe et s’affirme comme un triomphe de mise en scène moderne et de storytelling classique. Un chapitre de qualité dans l’immense pan du cinéma dédié aux super-héros de tout poil.

 


 

Millenium : Les Hommes qui n'aimaient pas les Femmes

de David Fincher

Millenium. Encore. On va faire simple : si vous avez vu la version suédoise, passez votre chemin. Le nom de David Fincher a beau être mis en avant, la valeur ajoutée de cette relecture est proche du néant. Certes la mise en scène est plus travaillée, mais Rooney Mara n’atteint pas la cheville de Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth Salander. Un partout, la balle au centre. Et surtout, surtout, c’est toujours Millenium, quoi. Même si ce premier volet est de loin le plus intéressant (les deux suivants sont des parpaings inutiles), il s’agit d’une enquête arthritique, dont on voit venir les rebondissements dès les premières minutes. Difficile alors de faire reposer plus de 2h30 sur deux héros pas très palpitants. Lisbeth est un cliché gothico-punk féministe qui franchit souvent les limites en matière de caricature. Ecrite et mise en scène par des mecs, elle passe son temps à alimenter la machine à fantasmes trash. Encore plus complaisants que dans le film suédois, son viol et sa vengeance s’avèrent sursignifiants. Ici, rien n’est épargné, pas d’ellipse, on veut du viscéral. Mais pas trop non plus.


Résultat on a le sentiment d’être parfois coincé dans un Seven du troisième âge et sans la subtilité et l’histoire (vraie) qui faisaient de Zodiac un chef-d’œuvre. Pire encore, Fincher affirme ne pas avoir regardé la première adaptation et il nous la ressert parfois à l’identique, au plan près. Tout est donc la faute du roman, et, ne l’ayant jamais ouvert, on imaginera que c’est plus passionnant à l’écrit. Là, malgré l’avalanche de nazis, d'indices inutilement tarabiscotés et de tapisserie sonore insignifiante made in Trent Reznor, on s’endort. Et la lumière au bout du tunnel n’est pas prête de surgir, le film s’effondrant totalement dans une dernière demi-heure interminable où se dénoue une partie complètement accessoire du récit. Au final, une énorme sieste, à peine perturbée par un amusant générique d’ouverture tout droit sorti d’un James Bond technoïde. Hommage à l’imperturbable Daniel Craig sans doute, monolithique au point où il s’avère le seul acteur à ne pas arborer un accent scandinave grotesque. Un détail, sans doute, mais qui synthétise assez bien le fiasco global. Bon, si vous ne connaissez pas Millenium, c'est certainement la version à voir. Cependant, malgré le décor polaire, ne vous attendez pas au grand frisson.

 


 

Take Shelter

de Jeff Nichols

Quand on vous dit de rester jusqu’à la fin du film ! Non, mais c’est vrai. Une œuvre mineure peut être transcendée par une conclusion exceptionnelle. Et un bon film peut s’effondrer dans ses cinq dernières minutes. Cas d’école avec Take Shelter, belle description d’un esprit malade sauvé par le soutien irrépressible de sa famille. Métaphore pas vraiment subtile des Etats-Unis dévorés par la paranoïa et les prophéties apocalyptiques ? Certes. Mais la grâce (Jessica Chastain, encore) et la raison peuvent aider même les êtres les plus en proie au chaos. Pendant presque deux heures, on assiste à un drame psychologique imparfait mais attachant, porté par des performances d’acteurs des plus honorable. Puis, c’est la catastrophe.


Spoilers, révélations et tout le toutim. Dans les cinq dernières minutes, sans la moindre ambiguïté, on découvre que le schizophrène, ma foi, avait raison. L’Apocalypse arrive, elle est là. Sa femme, la voix de la sagesse et de l’amour, est bien obligée de l’admettre. Trop tard, sans doute. Bien fait pour bobonne, elle avait qu’à croire son homme ! Bref, le film se tire une balle dans le pied en justifiant par l’absurde tous les fanatiques, les illuminés et autres voyants clignotants. Bien sûr, seul contre tous on peut parfois être dans le vrai, demandez à Galilée. Mais Take Shelter n’a pas cette intelligence. Le scénario vise plutôt le rationnel comme étant l’ennemi à abattre. Les psychologues, les médecins, la science en général, sont moqués. Il faut croire, croire même la naïveté des cauchemars les plus clichés (« Ah mon Dieu, les zombies attaquent ! »). C’est Melancholia, sans la mise en scène et sans l’humour méchant, c’est Melancholia en plus nul. Vous dire la débâcle.


Pourtant, jusqu’à la sortie de l’abri, le film était sur la bonne voie. Un peu trop empesé, un peu pataud, mais intéressant. Une description solide d’une âme en peine. Pas de quoi crier au chef-d’œuvre, il manque ici le génie, en particulier au niveau de la réalisation, on ne peut plus classique. Longuet, Take Shelter se laissait néanmoins agréablement regarder. On aime bien Michael Shannon (moins bon ici que dans Bug), on aime bien Jessica Chastain, on aime bien les petites filles sourdes et muettes (caution gamin handicapé, toujours une carte gagnante). Oui mais voilà, cette fin, cette fin qui ramène l’œuvre a ce qu’elle était vraiment : un petit film d’horreur pseudo choc. Même pas du niveau d’Emprise de Bill Paxton et de sa délirante conclusion. Non, impossible de sauver alors le métrage, qui ne permet pas d’envisager un retour des hallucinations de l’esprit dérangé. Cette fois, c’est pour de vrai. L’enfant innocent, la femme bienveillante, le spectateur révolté, tout le monde est puni de la même manière. Le Prophète avait raison, vous périrez pour avoir douté de ses paroles. Ici ou ailleurs, quelques devins de campagne, flattés dans leurs convictions, font une razzia chez Leroy Merlin. Les petits abris fleurissent dans les jardins. C’est déjà le printemps.

 


 

Tucker & Dale Fightent Evil

de Eli Craig

Le slasher est un genre moribond. Il a été retourné dans tous les sens depuis le début des années 70. Il est passé par les chefs-d’œuvre (Massacre à la Tronçonneuse, Halloween), par les nanars (Vendredi 13 & co), par les parodies (Scream) jusqu’au point limite qu’est la mise en abyme de The Devil’s Rejects. Le vrai problème étant de savoir comment continuer à raconter des histoires d’ados débiles se faisant trucider par des tueurs sadiques et dégénérés. Hollywood ne se pose pas vraiment la question, produisant des remakes à la pelle, tous plus minables les uns que les autres (le fond étant touché par le Vendredi 13 torché par l’impayable Marcus Nispel).


Sur le papier Tucker & Dale VS Evil ne paye pas de mine. Cela sent la parodie bien grasse avec une seule idée un peu basique : inverser les rôles. Les héros sont ici deux bons ploucs, deux « rednecks » du genre de ceux qui terrorisent habituellement les braves petits enfants de l’Amérique. Au mieux on peut espérer une histoire d’amitié rustaude héritée du duo Simon Pegg / Nick Frost de Shaun of the Dead et Hot Fuzz. Impossible, d’ailleurs, de ne pas penser à Shaun of the Dead dans ce mélange entre humour burlesque, hommages sincères et scènes gores spectaculaires.


Heureusement, le film d’Eli Craig ne se contente pas de se reposer sur un point de départ rigolo. Il l’exploite à fond, jusqu’à l’absurdité totale, avant d’en faire surgir toute la saveur et la tendresse. La tendresse oui, pour un genre, pour des personnages, pour un univers qui n’a jamais volé bien haut mais qui a pourtant marqué l’histoire du cinéma. Certes, il faut connaître un peu ses classiques pour apprécier Tucker & Dale, mais ce n’est pas non plus un amusement pour quelques heureux élus. Les gags s’enchaînent et s’avèrent fréquemment inoubliables (la ruche, « We have your friend ! »). La bêtise, adorable ou dangereuse, de tous les protagonistes réjouit du début à la fin.


Le duo principal est évidemment le coeur palpitant du métrage et il ne faut pas longtemps pour les aimer d’amour. Bien vite, c’est le gros Dale qui s’affirme comme le véritable héros et sa relation avec la craquante godiche blonde ne peut que nous faire fondre. Autour d’eux les accidents stupides s’accumulent et la boucherie la plus folle découle d’un simple malentendu. Pour les amateurs de message, il y a bien là un discours sur la tolérance et le dépassement des préjugés, mais il est très accessoire. L’essentiel ? Une comédie géniale, à la fois le meilleur slasher depuis des lustres et peut-être le « feel good movie » de l’année.

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La Taupe

de Tomas Alfredson

Le premier grand film de l’année 2012 ne paye pas de mine. D’ailleurs, techniquement parlant, c’est encore un grand film de 2011, qui a culminé tout en haut des classements de la presse outre-Manche. Pas de quoi s’enthousiasmer cependant pour une adaptation de John Le Carré, loin d’être l’écrivain le plus passionnant du siècle dernier. Mais ses trames d’espionnage ont tout pour être de parfaites matrices de suspense cinématographique hors pair. Du moment que l’élément essentiel, la mise en scène, est à la hauteur. Miracle, donc, puisque La Taupe bénéficie de l’immense talent de Tomas Alfredson, remarqué pour le film de vampires le plus réussi de ces dernières années : Let The Right One In. Plus mobile, plus nerveuse, sa réalisation n’en perd pas pour autant ses fondamentaux : un sens renversant du cadre, une lisibilité apaisante, un montage exemplaire, le bon choix pour la bonne idée. Il en découle un chef-d’œuvre de mise en scène pure.


Mais ce n’est pas Drive, ici la forme n’est pas là pour masquer l’absence de fond, elle met en valeur un contenu très classe. C’est une histoire classique d’agent double durant la Guerre Froide. Presque tous les clichés du genre sont là, mais avec cette élégance toute britannique qui fait oublier les excès hollywoodiens (de Jason Bourne aux derniers James Bond). Pas de grosses poursuites, d’explosions et de fusillades, à vrai dire c’est un film « de vieux ». Mais pas au sens pépère, non, au sens où les protagonistes ont du vécu, de l’expérience, du machiavélisme et des blessures profondes. C’est une œuvre qui parle beaucoup et qui repose pourtant sur ses non-dits. C’est un film de paranoïa, qui explique énormément, tout en laissant l’essentiel à l’imagination. Et à l’interprétation.


L’interprétation, justement, qui réunit le casting le plus impressionnant de ces derniers mois. Tous les acteurs sont logiquement parfaits, avec mention spéciale à Gary Oldman, méconnaissable et d’une sobriété inattendue, une de ses meilleures compositions. Ajoutons-y une partition idéale de Alberto Iglesias (le binôme attitré d’Almodovar) et tout est réuni pour un vrai grand film de cinéma. Bien sûr, comme je l’écrivais en préambule, malgré tous les talents présents, c’est une œuvre discrète. On aimerait pouvoir la comparer avec la version télévisée (Alec Guiness dans le rôle principal), on y reviendra peut-être. L’important c’est qu’il faut aller voir La Taupe au cinéma, pour pleinement l’apprécier, et pour transformer le film en un succès inattendu. Faire ainsi triompher un certain idéal, à mi-chemin entre classicisme et modernité, et rappeler que tout ne tourne pas autour du « dernier événement médiatique », du truc, qui, pour une raison ou pour une autre fait couler de l’encre. La Taupe n’est pas conçue pour les feux de paille qui éblouissent un instant avant de glisser dans l’oubli, il est de la trempe des films qui restent.

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