Critiques disques
Sufjan Stevens - The Age of Adz
Difficile d'évoquer un disque qui prendra probablement des mois à être apprivoisé. Ayant vraisemblablement perdu les pédales au fil d'une crise existentielle et créative qui le secoue depuis le succès interplanétaire de Illinoise, Sufjan Stevens joue la carte de l'instabilité totale. En résulte un album proprement bordélique, pour le meilleur (la chanson titre, sublime) et pour le pire (l'épuisant morceau final, 25 minutes qui n'auraient du en faire que 10 au maximum). En roue libre, Stevens essaie tout et n'importe quoi en ajoutant une bonne dose d'électronique à ses cocktails habituels. Bourrées de litanies, montées en boucles tortueuses (le terrifiant Now that I'm older), les chansons semblent ne devoir s'arrêter qu'après la mort par épuisement (l'écrasant I want to be well et ses "I'm not fucking around" en forme de générique de dessin animé survitaminé). Le résultat n'est pas sans rappeler quelques unes des plus belles pages des Fiery Furnaces, mais avec la grandiloquence propre à Stevens. Amateur de pop rassurante, passez votre chemin. Le petit chanteur chrétien met en musique un remake effroyable de Metropolis et offre un opus passionnant au sein d'une année 2010 musicalement de plus en plus hallucinée et hallucinante.
Rose Elinor Dougall - Without Why
Le temps de deux saisons, les Pipettes incarnèrent l’avenir de la musique pop au sens le plus bubblegum du terme. En adaptant les gimmicks sacrés des Shangri-Las et des Ronettes aux années 2000, le trio féminin offraient quelques moments simplement jouissifs et gracieux. Mais en 2008 c’est le drame, les deux membres originels Rose et Becki quittent le navire ne laissant que la dernière arrivée, Gwen, comme rescapée. Les « Pipettes » persistent avec de nouvelles participantes (dont la soeur de Gwen) mais sombrent dans le néant avec un deuxième album vaguement disco et franchement oubliable.
Salem - King Night
La dernière sensation electro-gothique se nomme Salem et semble faire découvrir à une nouvelle génération des atmosphères qui nous ramènent aisément 20 ans (voire 30 ans) en arrière. On ressort les futals en cuir, les lanières et le maquillage, ça va guincher dans les caves. Sinon ? Rien de nouveau sous le soleil (ou sous le sommeil), on dirait un vieux Ministry, période Land of Rape and Honey. Avec quelques petites concessions aux temps modernes, bien sûr, en particulier quand le chanteur se prend pour un rappeur qui fait peur. Mais à peu de choses près, on nous le vendrait comme le nouvel effort de Laibach qu’on n’y verrait que du feu. C’est donc plutôt pas mal, et par moments très rigolo. Sur la durée de l’album, les grosses infrabasses et les saturations cassent un peu la tête, mais c’est bien le propre du genre.
Belle and Sebastian - Write about love
N’écoutez pas les aigris qui n’ont de toute façon jamais rien compris au groupe : si le nouvel album de Belle and Sebastian se démarque sans doute fort peu de leur production antérieure, il n’en demeure pas moins magnifique. En s’ouvrant sur un vrai petit chef-d’œuvre, I didn’t see it coming, Write about love nous replonge instantanément dans l’univers chéri. Il y a des centaines d’imitateurs du groupe de Stuart Murdoch, tous plus niais et ennuyeux (pour rester poli) les uns que les autres. Mais seuls les originaux peuvent encore nous séduire avec des choses primesautières telles que I want the world to stop ou I can see your future. La véritable évolution est la grande présence accordée au chant féminin, essentiellement le fait de Sarah Martin. Et si le duo avec Norah Jones est cosy mais un peu anodin ; la présence de Carey Mulligan sur la délicieuse chanson titre se révèle charmante (à l'image de l'actrice). L’ensemble de Write about love respire d’une énergie et d’une fraîcheur qui n’appartiennent qu’à Belle and Sebastian. D’où la note très élevée mais amplement méritée car vous n’entendrez que peu de musique aussi bienheureuse cette année.
Robyn - Body Talk Pt. 2
Au cinéma, l’épisode central d’une trilogie est fréquemment le meilleur (du Parrain à Star Wars en passant par Alien (hein ? Resurrection ? c'est quoi, ça, Resurrection ?)). En inaugurant une série de trois mini albums dispersés sur l’ensemble de 2010, Robyn invente la trilogie musicale en temps minimum. Ambition louable mais difficile à tenir car elle suppose une constance d’écriture donnée à peu d’élu(e)s. La première partie de la saga Body Talk laissait entrevoir une réussite totale. La seconde livraison calme un peu les ardeurs. Moins variée et plus axée vers les dancefloors, la musique est toujours remarquable mais moins attachante. Toutefois, à l’image de In My Eyes et de la version électronique de Hang With Me, Robyn persiste à offrir la variété dansante la plus fréquentable du moment. Certes, si on n’est pas amateur du genre, l’écoute en sera un peu délicate.
How To Dress Well - Love Remains
J’ai la mémoire qui flanche, j'me souviens plus très bien… C’est un peu le concept de How to dress well. Tom Krell aime le R’n’B du début des années 90, il en compose des équivalents respectueux et pour le moins crédibles… sauf que… Sauf qu’il les noie dans le tumulte d’une production chancelante faite d’échos et de réverbérations. A tel point que les chansons ne ressemblent plus qu’à un brouillard cotonneux, un flou de l’esprit, un fantôme de souvenir. On jurerait parfois entendre Michael Jackson murmurant depuis l’au-delà. Sur la durée d’un album, l’idée géniale s’épuise, mais l’atmosphère est tellement unique qu'on y revient sans cesse. Une démarche à rapprocher de celle de Sleigh Bells, qui cherchent aussi à triturer les formats classiques pour les propulser vers un ailleurs inédit.
Black Mountain - Wilderness Heart
Merveilleuse constance d’un des derniers grands groupes de rock à l’ancienne. Black Mountain délivre encore un disque carré, efficace, qui groove avec entrain. Grosses guitares, grosse basse, grosse rythmique et le duo de voix, masculine et féminine, pour mieux séduire l’amateur transi. De Old Fangs à Let Spirits Ride (on dirait un extrait perdu de la BO du jeu Full Throttle) en passant par Wilderness Heart, il y a de quoi s’offrir un somptueux voyage mental dans les grands espaces américains. Il manque juste un hymne épique en conclusion, comme sur les deux albums précédents (Faulty Times et Bright Lights). L’épopée s’acheve sur deux chansons plus apaisées, très réussies, mais demandant une implication plus poussée de l’auditeur. Une bonne chose sans doute et une possible ouverture vers de nouveaux territoires pas moins enthousiasmants.
Antony and the Johnsons - Swanlights
Il y en a aura toujours pour accuser Antony Hegarty de se reposer sur ses lauriers depuis son avènement avec l’indétronable I am a bird now. Que ces rabats-joie passent donc leur chemin, car, doucement, sûrement, Antony et ses Johnsons avancent, cherchent et trouvent. Certes, il ne faut pas s’attendre à une révolution des canons musicaux qui prévalent dans leur univers. On n’achète pas Swanlights pour écouter du hard rock, que je sache ? On veut la voix d’Antony, bien en avant ou en fantôme hululant, cernée par des arrangements de bon goût. Dès les deux premiers morceaux de ce nouvel opus, on est en territoire connu. De nouveaux instruments débarquent, mais ce ne sont que violons et violoncelles (Ghost) ou hautbois et autres flutiaux (I’m in love). Malgré quelques expérimentations joliment bizarres, comme sur la chanson titre, rien ne vient perturber les habitudes de l’auditeur. En même temps, le petit monde d’Antony est troublant en lui-même. Si on passera sous silence le duo avec Bjork, petit gadget pour nostalgiques, on saluera la splendeur de l’ensemble de l’album, parfaitement incarnée dans la conclusion élégiaque de Christina’s Farm. |
Fever Ray à l'Olympia de Paris9 septembre 2010
Vivre un concert de Fever Ray c’est accepter de se plonger dans un cauchemar qui se transforme peu à peu en rêve… ou l’inverse…
Même les chansons les moins « intéressantes » (du moins à mes oreilles) de l’album sont redécouvertes. De Triangle Walks à Dry and Dusty, toutes gagnent en puissance. Le concert parvient à me faire tomber amoureux de Now is the Only Time I Know à côté de laquelle j’étais pour l’instant un peu passé. Les merveilles persistent et signent, même si mon morceau favori, Keep The Streets Empty For Me semble avoir atteint sa perfection sur disque et se contente de demeurer génial sans être transcendé. Ce n’est pas le cas de I’m Not Done, qui se pare de teintes infernales, et se propulse en sommet intense de l’événement. On regrettera pour le coup que la version ne dure pas 2 ou 3 minutes de plus. Léger et unique reproche d’ailleurs, tant on quitte généralement à regret ces atmosphères hypnotiques.
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Sonic Youth - The Eternal
Sonic Youth, le groupe de rock que tout le monde connaît (de nom), que tout le monde respecte, qui sort des disques régulièrement depuis 30 ans et que (presque) personne n’écoute. Depuis l’instant fondateur de Daydream Nation, l’album qui a changé l’histoire du rock, au même titre que le premier Velvet Underground, le modèle avoué, peu d’auditeurs ont vraiment suivi les aventures de Thurston Moore et Kim Gordon. A tort, bien sûr, même si de notre côté on ne prend vraiment des nouvelles que tous les cinq ans. Alors, en 2010, si on réécoutait Sonic Youth ?
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The Arcade Fire - The Suburbs
Etre un artiste générationnel demande d’être pris au sérieux. Lorsqu’on a débuté aussi haut et aussi fort que The Arcade Fire avec leur monumental Funeral, la pression est immense. Tout le monde vous prend pour les nouveaux U2, alors que, finalement Win Butler et sa bande se rêvent en Bruce Springsteen. D’où ce troisième album, The Suburbs, sous la haute influence du « Boss » et que d’aucuns ont déjà comparé à The River. Car il s’agit aussi d’un disque fleuve, sans tube évident, plutôt exigeant et probablement mineur. En quête d’un certain minimalisme, au sein de la profusion, le groupe crée de belles chansons auxquelles il ne manque qu’une pointe d’intensité, une touche de souffle, le petit quelque chose qui les rendrait immédiatement inoubliables.
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Robyn - Body Talk Pt. 1
Parmi toutes les mini divas venues du froid, Robyn possède un statut à part, jouissant d’un vrai culte auprès de fans transis et de la presse musicale. Il faut dire qu’après avoir obtenu ses premiers succès à la fin des années 90, Robyn revient de loin. Fort de quelques chansons formidables (With every heartbeat, Be mine, Konichawa bitches), son album de 2005 marquait une résurrection qui fit l’effet d’une lame de fond. Sur l’espace de cinq ans, la suédoise repassait de l’anonymat à la reconnaissance internationale. A tel point que ses ambitions se sont décuplées et que la miss annonce pas moins de trois nouveaux disques en 2010.
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The New Pornographers - Together
L’existence des « supergroupes » ne tient généralement qu’à un fil. Formées par des artistes ayant des carrières solo florissantes et reconnues, ces coalitions sont souvent vouées à l’éphémère, à la déception et surtout à des interventions sporadiques. Réunir des personnalités débordées dans le but de leur faire écrire et enregistrer des chansons dans le même studio tient de la gageure. On est donc toujours surpris et ravi de voir les New Pornographers persister et signer. Together est leur cinquième album en dix ans, ce qui donne une moyenne impressionnante, sachant que les activités solo de ses membres n’ont pas faiblies pour autant.
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Sleigh Bells - Treats
Hum... De la "noise pop". Bref, des chansons adorables qui font du bruit. Des trucs légers légers légers chaussés de chaussures plombées pour lancer le pogo dans nos oreilles. Après tout, c'était aussi le programme des Pixies, et des Ramones, par exemple, dans le genre rock. Sleigh Bells en seraient les héritiers indirects et indignes parmi les plus ravissants. Le meilleur exemple ? La chanson qui donne son titre à leur premier album. Bien calée à la fin du (court) disque, elle aligne les grosses guitares et une rythmique apocalyptique héritée des heures farouches du digital hardcore d'Alec Empire. Diantre ! Atari Teenage Riot not dead ? Oui, il y a de ça ! Mais sans le discours politique boutonneux et le boucan vraiment méchant. Chez Sleigh Bells on cogne monstrueusement, mais c'est pour mieux souligner le côté mignon. Comme si Xiu Xiu, dans ses moments les plus hargneux, faisait des bisoux aux Brunettes. On ne ricane pas, c'est vraiment bien. Certes, pour les esgourdes fragiles, qui ont plus l'habitude de ronronner auprès de Belle and Sebastian (au hasard), c'est du terrorisme sonore. Peu importera la jolie voix, très passe-partout, de la chanteuse Alexis Krauss, certains ne retiendront que l'emballage virulent. Pourtant c'est du R'n'B taillé pour MTV sur Kids. Comme du Lady Gaga avec le potentiomètre à 11. C'est réjouissant car cela pousse vers son plein accomplissement une évolution qui patine doucement depuis le début des années 2000. On reprend là où les Prodigy auraient du continuer après Fat of the Land (dont le mauvais goût délirant brimait les percées). On n'est guère surpris d'apprendre que le duo est protégé par M.I.A., autre spécialiste de la guérilla des beats. On peut danser sur les chansons de Sleigh Bells, on peut comater aussi, on peut s'y fracasser mais on ne s'y indiffère jamais. Bravement inégal, ce premier album a la politesse de ne pas s'éterniser. Avant de lasser, le groupe tire sa révérence, en ne laissant que les meilleurs souvenirs. Il s'agit d'une nouvelle pierre, humble et essentielle, à l'édifice de la pop contemporaine. Toujours plus haut, toujours plus fort. |
LCD Soundsystem - This is Happening
« Il n’y a que les imbéciles, etc… », refrain fameux, à chantonner sur l’air de La Marseillaise gainsbourienne. Il est toujours agréable d’avoir une relation tumultueuse avec un artiste. Parlez-moi de Tim Burton, parlez-moi de David Lynch, fi de la politique des auteurs ! On a le droit d’adorer ou de détester leurs œuvres, au coup par coup. Personne n’est infaillible, ni eux, ni nous. Et de surcroît, on a le droit, oui, le devoir, presque, de changer d’avis. Parlez-moi à présent de Radiohead ou des White Stripes, de ces groupes que l’on peut adorer ou haïr, d’une année sur l’autre, d’un disque au suivant. Parlons à présent de LCD Soundsystem, ersatz de New Order à l’occasion, roi de l’efficacité des dancefloors à écouter chez soi, parfois. Avec This is happening, difficile de faire la fine bouche, cette fois c'est de la bonne.
Attention, tout n’est pas (encore) parfait. Un peu avant la conclusion, Somebody’s Calling Me avec ses faux airs d’Iggy Pop en plein Nightclubbing, tire méchamment en longueur. Heureusement Home ressort la carte David Byrne et achève This is happening sur une note fort positive. Aller, cette fois vous pouvez croire la « hype », LCD Soundsystem nous offre une petite perle. |
Crystal Castles - Crystal Castles
Avec son imitation triviale et bordélique de The Knife, le premier album des Crystal Castles réservait son lot de bons moments. Mais l’affaire tourne en rond dès le deuxième opus, où la formule devient trop visible. Soit de morceaux bêtement agressifs pour les oreilles, avec des larsens et des hurlements, pour faire « arty » partout ; et des trucs néo disco bien mignons, souvent plutôt anodins, gaillardement banals. En clair le duo n’a pas compris ce qui fait la force de The Knife : ne pas séparer l’étrange de l’ordinaire, mais plutôt de chercher à les mêler pour en tirer le meilleur. Inoffensive et plus proche de Human League, une chanson telle que Celestica ne sera jamais le nouveau Pass This On. La chanteuse, Alice Glass, peut hurler comme une furie, et déformer sa voix dans tous les sens, on ne sort jamais d’un déjà entendu vite lassant. Tout n’est pas inintéressant, loin de là. Le groupe cherche, un peu, et trouve, parfois. Mais l’impression générale est de connaître tout cela par cœur, en mieux. On leur demande pas forcément de s’engager dans les territoires délirants et austères de Tomorrow, in a year. La course n’est pas à l’originalité à tout prix. Encore faut-il compenser par de bonnes chansons, ce qui n’est pas le cas ici. Très rapidement les ambiances deviennent répétitives, les morceaux se ressemblent, et on décroche. Hop, un petit coup de We Share Our Mother’s Health pour décrasser tout ça. |
MGMT - Congratulations
Ah le syndrome du deuxième album. Celui qu’on écrit pour prouver qu’on n’est pas qu’une machine à tubes ou juste un « one hit wonder ». Celui sur lequel on se lâche, on empile les ambitions, les instruments et tout ce qui passe à portée de mains. Celui sur lequel on veut prouver qu’on est un Artiste, avec la majuscule, permettez, il vous en prie. C’est bien sûr le cas des petits rigolos de MGMT, propulsés superstars par la grâce d’un premier album sympathique et juvénile. On sentait qu’ils en avaient sous le coude, les coquins, mais pas au point d’oser la pièce-montée de 12 minutes dès l’opus suivant. Bref, ça sent la catastrophe industrielle classique.
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Black Francis - Nonstoperotik
Mince, un nouvel album de Charles Thompson. On devrait avoir l’habitude. Après tout, les Pixies sont séparés (une reformation ? quelle reformation ?) depuis presque 20 (vingt !) ans. Et ce n’est jamais que le douzième (12e !) album solo de leur leader. Frank Black, pardon, Black Francis, a de nouveau enregistré un disque de heavy country hard rock en une poignée de jours, en enfermant Eric Drew Feldman, Dave Philips & co dans un studio rustique. Mais avec une thématique ! Le sexe ! L’érotisme ! Le libertinage ! Ohlala ! Caliente ! Non, en fait, pas du tout, vous vous en doutez peut-être. Tout ici n’est que métaphores bizarres et chemins de traverse, voire romantisme intimiste. Ce n’est définitivement pas le disque pour emballer sur la piste de danse.
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The Knife avec Mt. Sims et Planningtorock - Tomorrow, in a year
Après l’opéra rock, voici l’opéra électronique. Ce n’est pas vraiment une nouveauté, mais Tomorrow, in a year est le plus bel étendard du genre. Ceux qui trouvaient déjà les atmosphères de Silent Shout un peu trop bizarres ou dérangeantes feraient mieux de s’éloigner. Avec cette œuvre conceptuelle, The Knife largue définitivement les amarres et vogue dans les hautes mers de la musique expérimentale la plus ardue. Ecoutez donc les 6 minutes de Variation of birds et vous comprendrez sans avoir besoin d’en passer par l’introduction composée de 4 minutes de plic-ploc à la manière d’un robinet mal fermé. Par-dessus les nuages synthétiques, parfois vient se poser le chant d’une soprano, qui nous conte la théorie de l’évolution selon Darwin. Bref, vous l’aurez compris, ce n’est pas Metal Machine Music de Lou Reed, mais ce n’est pas le disque le plus accessible à ranger dans votre discothèque. Si vous souhaitez le passer en fond sonore ou tout simplement ne pas vous enfourner les 92 minutes d’une traite, laissez tomber. Encore plus que Joanna Newsom (qui flirte avec Ace of Base en comparaison), il s’agit là d’une œuvre ambitieuse qui ne se découpe pas en tranches.
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Lady Gaga - The Fame Monster
Lady Gaga, comme beaucoup de concepts médiatiques, ne résiste pas longtemps à l’analyse. Que se passerait-il si on propulsait la Madonna des années 80 en 2010 ? Pas besoin de chercher plus loin, les designers, producteurs et autres coaches qui s’occupent de Stefani Germanotta ne se posent pas beaucoup plus de questions. L’essentiel de la célébrité de la miss revient à une variation du site web « stuff on my cat ». « Stuff on my Gaga ». Un objet du quotidien ? Un gâteau ? Un animal rigolo ? Collons-le sur Stefani et lançons-la, plus ou moins déchirée, dans les soirées mondaines. Résultat garanti, car il n’y a plus aucune limite. En soi, ce post-post-post-modernisme a de quoi exciter les foules. Du situationnisme digéré par la société du spectacle, comme une dernière poignée de terre jetée à la gueule putréfiée de Guy Debord. Mais soyons fous, allons voir ce qui se cache sous la robe de zombie et la jupe en bave de homard.
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Titus Andronicus - The Monitor
Lors des premières minutes de l’écoute de The Monitor, on a un peu de mal à y croire. Le groupe Titus Andronicus est en train de pondre un remake appliqué du American Idiot de Green Day (avec la guerre de Sécession au lieu de la guerre en Irak). Ce qui, en soit, est une drôle d’idée. Suffisamment saugrenue pour éveiller un peu l’attention. Du moins, pendant quelques instants, car la laideur apocalyptique de l’ensemble (un gros rock punk épique pété à la bière) a rapidement raison de notre patience. Pour donner de l’ampleur, le groupe ne lésine pas sur les breaks et les changements d’ambiance au sein des chansons. Il fait même appel à tout un attirail d’instruments rigolos (banjos, cornemuses et tout le tralala). De l’ambition, il y en a, du cœur à l’ouvrage aussi.
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The Brunettes - Paper Dolls
Dès les premières mesures de In Colours, la chanson d’ouverture de Paper Dolls, on comprend que le duo de The Brunettes est revenu à une musique plus simple et plus kitsch que sur le merveilleux Structures & Cosmetics. On ne se trompe pas, ce nouvel album est dans la veine de Mars loves Venus, sorti en 2004. Bref, c’est du léger, très léger, un côté bubble pop pleinement assumé. Les chansons sont ainsi moins sophistiquées et créatives que les sommets de leur opus précédent. Un petit clavier Casio ici (Red Rollerskates) ou carrément une Game Boy (The Crime Machine), la musique de Paper Dolls fait souvent dans l’enfantillage, au même titre que les paroles et les mélodies. La limite entre le mignon et le niais est de plus en plus ténue. Une musique aussi innocente, où ne pointe que parfois une mélancolie tranquille, pourra exaspérer. Son charme est pourtant toujours aussi contagieux. The Brunettes œuvre dans le craquant, la coquetterie peaufinée. Il manque juste à Paper Dolls un bel emballage cadeau à l’image des grands espaces rêveurs qui enrobaient Structures & Cosmetics. Ici, les chansons semblent un peu à l’étroit entre deux bips électroniques et trois blings synthétiques. La preuve, dès que The Brunettes reprend la route des étoiles cela donne If I, la perle glissée à la fin de l’album. Elle vient nous rappeler la beauté que peuvent parfois revêtir les mélodies candides du duo. |
Shining - Blackjazz
On s’en doutait depuis les débuts, mais Shining avait tout pour franchir la maigre barrière qui partageait son jazz-rock expérimental du métal pur et dur. Déjà sur Grindstone, les guitares se faisaient plus présentes et les rythmiques plus lourdes. Le nouvel album se nomme Blackjazz et un titre pareil fait légitimement peur (du Black métal avec des saxos ?). Pourtant c’est bien la proposition que nous réserve le groupe, déversant des torrents de fusions bruyantes. En clair, c’est nettement moins abordable que les précédents opus, difficile de faire abstraction des hurlements saturés et des riffs graisseux. Bref, si on n’a pas d’affinités avec le métal le plus bourrin, on peut passer son chemin sans crainte. Pour les autres, il s’agit d’un des albums les plus inventifs du genre, même si on ne peut que regretter son aspect hautement (et volontairement) répétitif. La grâce, présente dans les pires assauts sonores des Fuck Buttons, est absente. Il ne reste qu’une énergie épuisante et une méchanceté affolante. A noter, une reprise rigoureusement inécoutable d’un morceau de King Crimson, ce qui est pluôt amusant. Blackjazz est le disque idéal pour faire fuir les indésirables qui s’incrustent sous votre toit lors de soirées déplaisantes. |
Neko Case - Middle Cyclone
Résumer Neko Case à sa voix, c’est un peu la réduire à un phénomène de foire. Oui, son timbre, sa puissance, sont uniques en leur genre. Il y a dans cet organe une maturité rare, une féminité exacerbée qui surprend au milieu des gamines et des gueulardes. Neko Case chante juste, fort, avec générosité, mais sans jamais donner l’impression d’en faire trop. L’américaine n’est ni une diva, ni une bimbo, ce n’est pas non plus une torturée, elle vit de grands espaces et de country. Sa folk, c’est celle de Neil Young, mais passée dans les filtres des productions les plus léchées. Pour plus de louanges à ce sujet, se référer à ma critique de Fox Confessor brings the flood, son précédent opus.
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Joanna Newsom - Have one on me
Gloire au vinyle ! Rendons hommage au format musical suprême. Dans un échange d’excellents procédés, Have one on me, le monument de Joanna Newsom, ne se conçoit qu’en 33 tours, tout en redonnant ses lettres de noblesse aux microsillons. Car si Have one on me se présente comme un triple album, c’est selon les anciens critères. Chaque disque ne dépasse pas les 45 minutes et s’appréhende face par face. C’est, logiquement, la meilleure manière d’aborder plus de deux heures de musique d’une densité rare. Have one on me se picore et se dévore. Quasiment morceau par morceau, qui ne dure presque jamais en dessous de 6 minutes, souvent plus proche des 10.
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Vampire Weekend - Contra
Après un premier album aussi insignifiant que sympathique, Vampire Weekend revient avec globalement le même disque. Dès la première chanson de Contra, on a l’étrange impression d’entendre Animal Collective remixé par le Hans Zimmer du Roi Lion. Une excellente partition pour un nouveau Disney en terres Africaines ? Tout à fait. White Sky, par exemple, c’est Hakuna Matata en accéléré. L’effet comique est indéniable et assez irrésistible. Bref, à l’image de leur premier album, Contra risque de faire fureur dans les boums, de la maternelle jusqu’au lycée. Holiday ? Mais c’est la chenille qui redémarre ! Soyons sérieux un instant (même si c’est difficile), comme il s’agit d’un remake de leur premier opus, on retrouve les mêmes influences, des Talking Heads aux pires égarements du Sandinista de The Clash. Avec son côté mignon, Contra évoque même les prémisses du mouvement « twee ». Mais il n’y a ni l’énergie et l’humour des Television Personalities, ni l’inventivité de Belle and Sebastian. Et si on choisissait des comparaisons plus actuelles, nous n’avons ici ni la créativité festive des Fiery Furnaces, ni le lyrisme ludique de Jens Lekman. Tout n’est pas à jeter, bien entendu, Contra est un bon petit coffre à singles rigolos. Un truc comme Giving up the gun, ça vaut bien Taylor Swift... Mais quand Vampire Weekend vient s’attaquer aux Fiery Furnaces sur leur propre terrain avec le limite plagiaire et déjà arthritique Diplomat’s son, on perd quelque peu patience. Allez les mômes, fini la récrée, on va vous remettre Le Roi Lion 2, ça va vous calmer. |
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Annie - Don't Stop
C’était l’Arlésienne de 2009. Le retour d’Anne Lilia Berge Strand, plus connue sous le diminutif d’Annie, s’envisageait comme une extase. Depuis 2005, et son premier album Anniemal, la Norvégienne était devenue notre idéal pop. Une poignée de chanson parfaite (Heartbeat, Me Plus One, Greatest Hit, Come Together) et cela nous suffisait à être fou amoureux de la miss. Peu importait que l’album soit très inégal, les réussites effaçaient les creux et les bosses. Don’t stop fut achevé dans la douleur, au fil d’un parcours chaotique que je ne vais pas vous détailler ici. Retardé, repoussé, piraté, retouché, l’album s’était perdu dans les limbes. En attendant, Annie livrait deux singles (I Know UR Girlfriend Hates Me et Anthonio), sympathiques mais mineurs. Ils sont absents de Don’t stop, c’est sans gravité, car dès le morceau d’ouverture, l’attente est mille fois récompensée. Hey Annie reprend les choses là où Anniemal les avait laissées. Toujours égocentrique, toujours conquérante, avec sa voix de gamine libertine, Annie se met en scène. La star c’est elle, et on ne parlera que d’elle. « Do you want more ? Do you want more ? », mais vous ne la méritez pas, c’est son mot d’ordre, sa litanie. Elle est la plus belle, la plus cool, la plus séduisante, la plus douée, ce n’est pas moi qui le dit, c’est Annie. Elle le répète, le martèle. En soi, cette approche originale, qu’on ne connaissait que dans le rap, est étonnante, elle pourra exaspérer. Mais Annie a les armes pour faire passer son évangile.
Lesquelles ? Toujours les mêmes : des mélodies incroyables, des refrains immenses, une voix délicieuse. Sur Hey Annie, il y a tout : la demoiselle n’a jamais aussi bien chanté, la musique est un mélange entre des sonorités 80’s, 90’s et des années 2000, la progression est irrésistible. A cheval sur de multiples époques, Annie essaie toutes les pistes. Parfois cela fait totalement mouche comme sur Songs remind me of you, parfois c’est un coup dans l’eau (comme sur l’assez vilain The Breakfast Song ou l’anecdotique I Don’t Like Your Band). Les sommets de Don’t Stop dépassent ceux d’Anniemal. C’est flagrant sur des perles telles que Bad Times (un bolide), Marie Cherie (craquant), When the Night (Heartbeat en descente) et Heaven and Hell (euphorisant au possible). Une moitié d’album géniale, pour une moitié flirtant entre le très bon et le plantage. C’est au moins trois fois plus que chez Lady Gaga ou que chez Lily Allen. Nouvelle victoire par KO pour la petite princesse scandinave ! |