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 clair-obscur, abyme, le temps suspend son vol...

 

 

        Ghost In The Shell est peut-être l'un des films les plus importants de l'histoire du cinéma de Science-Fiction aux côtés de 2001, Solaris, Metropolis ou bien encore Blade Runner. C'est en tout cas l'un de ceux qui s'offre au plus large nombre d'interprétations. Que ce soit au niveau de l'esthétique que de la richesse thématique, Ghost In The Shell s'élève très au-dessus des films du genre.

        Que raconte la merveille d'Oshii ? Ni plus ni moins que la fin de l'humanité et la naissance de sa succession. Dans Ghost In The Shell on assiste à, ni plus ni moins, qu'à une nouvelle Genèse. Corps, âme, reproduction, philosophie, émotions, une nouvelle espèce d'êtres vivants prend source devant nos yeux. Derrière un très complexe scénario de politique fiction, Ghost In The Shell cache une oeuvre philosophique de référence pour le prochain millénaire.

        Chaque instant, chaque réplique, chaque image et même chaque note de musique appelle une multitude d'interprétations, crée une infinité de sensations et ouvre des perspectives émotionnelles et intellectuelles affolantes. Les moments magiques s'enchaînent aux scènes chocs, les pauses psychologiques côtoient de véritables morceaux de bravoure du cinéma d'action. Ghost In The Shell sera, peut-être, objectivement, le film le plus important des années 90. Car il nous aura fait approcher, comme jamais aucune autre œuvre auparavant, la "vie" des machines.

 

Une naissance bouleversante

 

        Un générique d'ouverture vraiment tétanisant, porté par la musique hallucinante de Kenji Kawai. La naissance du cyborg, une véritable naissance, une véritable Création, d'une poésie phénoménale et d'une beauté incroyable. Cette séquence fabuleuse est directement suivie par l'éveil quotidien, silencieux et banal de ce même cyborg, passé du stade de la naissance à celui de l'adulte, sans transition. Une machine, mais une machine qui pense, une machine avec 0.01% d'humanité. Le film nous explique d'ailleurs que ce 0.01%, ce "ghost", est apparemment la base même de l'humanité. Le lien entre l'humain et la machine, ce qui amènera la perfection du cyborg final. La conscience de soi est l'essence de soi, l'existence est lié à la conscience, la vie s'aventure dans de nouveaux territoires et en ressort enrichie. En 5 minutes, Ghost In The Shell, sans la moindre parole (j'exclue volontairement la scène d'ouverture, magnifique elle aussi, d'ailleurs), s'est déjà imposé parmi les plus beaux films du monde.

 

                                                        Regard vide et fascinant, l'apesanteur total de Ghost In The Shell

 

        Et ainsi jusqu'à la fin. Le meilleur restant bien évidemment les scènes de silences ou lorsque la musique (formidable musique, incroyable musique !) entre en symbiose avec les images. C'est cette scène de plongée, quand Motoko retrouve les sensations de sa naissance tout en recherchant l'oubli et... la renaissance. Incroyable, là encore nous avons à faire à une séquence de psychologie pure, d'une grande finesse et quasi muette. Et cette scène fabuleuse (ainsi que sa suite sur le bateau à la tombée de la nuit (avec des jeux de cadrages dignent d'Hitchcock)), s'enchaîne avec ce qui est peut-être, d'après moi, la plus belle séquence du film (et l'une des plus extraordinaires de l'histoire du cinéma). Une traversée de la ville, sur le thème musical du film (cette musique !!! (ter)). C'est phénoménal, tellement beau que les larmes montent aux yeux en une réaction face au Sublime. Et pourtant c'est si simple. Un avion passe au ralenti devant le soleil, quelques décors, un chien sur un pont, le regard vide et pourtant si chargé de sens de Motoko qui se reconnaît aussi bien dans une passante que dans un mannequin, c'est terrible, c'est magnifique.

 

l'une des plus belles images de l'histoire du cinéma, un avion passe lentement au-dessus de la ville (et la musique !!!)

 

        Et le Puppet Master fait son entrée. Le film se complexifie, se perd dans des méandres insondables d'où surgit au final une vérité tétanisante. Les programmes sont vivants, enfin presque. Ce qui pourrait être ridicule n'est que génial. Le Puppet Master a acquis l'autonomie (une sorte de bug géant pour nous autres humains), il a acquis la liberté, la conscience, il ne lui manque plus que la reproduction (mais pas à l'identique, pas un copier/coller, quoi) pour être vivant. C'est ce qui arrive, avec ce final impensable où ce nouvel être trouve comme apparence extrêmement symbolique le corps d'un cyborg enfant. Et tel Rastignac annonçant "A nous deux Paris", le nouveau-né contemple la ville, projetant ses ambitions sur ce net si vaste. En cela Ghost In The Shell est peut-être le véritable premier film du nouveau millénaire, avec seulement une poignée d'années d'avance.

 

                                                            Féminité, perfection, âme dans la machine, la succession de l'humanité ?

 

       On pourrait aussi insister sur le design et le comportement du tank-insecte final. Lui aussi semble vivant, il en vient même à mitrailler les fossiles humains et surtout l'arbre généalogique de la vie, y inscrivant sa trace tout en le remettant en cause. On pourrait longuement s'interroger sur toutes les questions posées par une simple ligne de dialogue. Mais toutes ces questions en reviennent à celles formulées par Kant : Qui suis-je ? Que dois-je faire ? Que m'est-il permis d'espérer ? On résume ces questions sous celle-ci : Qu'est-ce que l'homme ? Et Ghost In The Shell semble apporter une extension à la réflexion kantienne (rien que ça !). En proposant de suivre les doutes d'êtres qui ne savent pas s'ils sont des machines, des humains ou tout simplement vivants. Peu importe alors que le Projet 2501 ne soit qu'un programme d'espionnage sophistiqué, peu importe les histoires de guéguerre entre ministères (même si tout cela a finalement son importance), ce qui prime c'est finalement la même chose que dans 2001 : où va l'humanité ? Où va la vie ? Et Ghost In The Shell offre, dans un déluge de plaisirs des sens, une réponse aussi formidable qu'optimiste.

 

"le net est si vaste"

Le cyborg est désormais maître de l'internet mais aussi de la toile que forme la ville. Une nouvelle "humanité" prête à partir aussi bien à la conquête du monde "réel" que du web. Bouleversant.

 

        La forme est aussi phénoménale que le fond et ce n'est pas peu dire. Tout est au minimum superbe. Très pur (des éclairages étonnant), très charnel (les formes généreuses des cyborgs, l'auto-mutilation traumatisante de Motoko à la fin, l'érotisme des machines, GITS est le véritable héritier de Metropolis !), très détaillé (le moindre décor est ciselé à la perfection), mieux animé qu'un Walt Disney. L'esthétique fait percuter la modernité et le classicisme avec brio, un film bilan et une ouverture vers le futur. La Nuit du Chasseur du film de SF. Et il suffit de voir le making of du film pour réaliser que c'est aussi un tour de force technique. Ghost In The Shell est peut-être un manga (un manga animé, le manga d'origine n'étant pas au niveau du film), mais c'est avant tout un Chef-d'Oeuvre Absolu du cinéma ; bien plus qu'un dessin animé, bien plus qu'un film de science-fiction, bien plus qu'un spectacle, c'est une oeuvre d'Art au sens le plus noble du terme.

        Il y aurait des milliers de choses à ajouter sur Ghost In The Shell, mais comme pour 2001 il est impossible d'épuiser le film et surtout de stopper les éloges à son sujet. Il faut le voir, le revoir, le rererevoir, c'est une œuvre qui ne vieillira pas car hors des modes, déjà hors du temps. Et surtout c'est un film qui risque de s'avérer très rapidement fort prophétique.

 

        Depuis Oshii nous a offert Avalon, un film du niveau de Ghost In The Shell et par lequel il parvient presque à égaler les plus belles oeuvres d'Andrei Tarkovski.

 

La musique de Ghost In The Shell

Ghost In The Shell en DVD

 

Ghost In The Shell (une affiche pas très représentative du film)

 

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