Cronenberg-titre4.gif (26698 octets)

 

"Long Live The New Flesh !"

 

David Cronenberg

 

        Le père de la Nouvelle Chair œuvre dans un Fantastique psychanalytique, organique et très souvent visionnaire. Entre froideur et humour, ses œuvres s'apprécient avec le temps. Grâce à leur force hors du commun et à leur portée philosophique, les films de David Cronenberg deviennent rapidement cultes. Créateur de génie, parfois dépassé par son désir d'esthétisme malsain, ce canadien surdoué a délivré une filmographie quasi parfaite et n'est pas près de faire de concessions à Hollywood ou aux critiques.

        David Cronenberg a débuté comme metteur en scène à la fin des années 60 avec quelques courts-métrages invisibles. Puis il travaille quelques années pour la télévision canadienne. Après des études de lettres inachevée, Cronenberg poursuivra néanmoins durant toute sa carrière les obsessions d'un chirurgien manqué, étudiant les effets possibles du psychique sur le physique, inventant des sexualités tourmentées sur tous les endroits du corps humains, manipulant l'organique jusqu'à inventer la "nouvelle chair" dans Videodrome, l'un de ses plus grands chefs-d'œuvre. Maltraité par la critique à presque chacun de ses films (pour preuve le récent lynchage du magnifique eXistenZ), Cronenberg s'amuse (pour preuve encore son passage épique en président du jury du festival de Cannes 1999). Ami de l'autre génie absolu canadien, Atom Egoyan, Cronenberg partage avec lui le goût des histoires complexes et inachevées qui donnent au spectateur tout loisir pour réfléchir sur la portée souvent immense de ces images ciselées et magiques. De plus, David Cronenberg aime à apparaître en tant qu'acteur dans des rôles souvent hilarants et/ou déjantés, de mettre en scène des bidules en parfait décalage avec ses œuvres habituelles (un épisode de la série Vendredi 13, des pubs pour Nike), nouvelles preuves de son immense humour trop souvent oublié.

 

shivers    Shivers (1975) : est un étonnant premier film. Tout d'abord parce qu'il comporte un budget assez conséquent (surtout pour un film canadien). Ceci peut être expliqué par le fait que c'est loin d'être la première œuvre de Cronenberg qui possède déjà une certaine carrière de metteur en scène underground. Frissons étonne aussi par son audace, comme tous les Cronenberg le film va très très loin et comme tous les Cronenberg il s'avère très prophétique car il parle du SIDA avec presque 10 ans d'avance. On peut y voir une simple série B d'épouvante un peu gore et un peu perverse (très perverse, bon, d'accord), mais c'est bien plus que cela. C'est déjà un grand film, très impressionnant et vraiment très beau par instant (en particulier l'avant-dernière séquence). Barbara Steele, grande star du genre, est toujours aussi magnifique et l'ensemble est dérangeant et pas du tout ennuyeux.

 

Rabid    Rabid (1976) : est un prolongement de Shivers. Porté par la présence troublante et parfois hallucinante de Marilyn Chambers (célèbre star du porno), Rage est encore une série B gore qui transcende son statut en visant une nouvelle fois au-dessous de la ceinture. Le mal se transmet par le sexe, le mal se transmet par l'organique, toute l'oeuvre de Cronenberg est déjà contenue dans ses deux premiers films. Rage n'est certainement pas une œuvre mineure, c'est une folie excessive et enthousiasmante. Genre que Cronenberg avait un peu délaissé ces derniers temps avant d'y revenir pour un eXistenZ tout aussi primordial.

 

    Fast Company (1979) : un film inédit en France où Cronenberg s'attarde longuement sur l'une de ses principales passions : les voitures. Crash, 20 ans avant.

 

 The Brood    The Brood (1979) : Chromosome 3, Cronenberg poursuit son exploration des terreurs organiques et décrit sa première histoire de modification biologique par action du mental. Si le début du film est souvent laborieux et échoue dans la création d'un suspens palpitant. La fin de The Brood fait partie des instants les plus puissants de la filmographie de son auteur. Samantha Eggar et son vagin externe, ces nains mutants et effrayants, une nouvelle fois la série B (voire Z) se transforme en œuvre dérangeante et fascinante.

 

 Scanners    Scanners (1980) : Cronenberg poursuit dans la veine de The Brood est délivre un film très inégal, parfois laborieux, souvent passionnant, pas toujours maîtrisé mais finalement très intéressant. Les pouvoirs de l'esprit sont poussés à leur paroxysme dans cette histoire de pure science-fiction dominée par des acteurs cabotins ou inexpressifs au possible (les acteurs de Cronenberg sont toujours ainsi d'ailleurs). Là encore le final donne tout son impact au film.

 

Videodrome     Videodrome (1982) : le premier chef-d'oeuvre de David Cronenberg. Laminé par presque tous les critiques de l'époque (qui font du révisionnisme en ce moment) et ignoré par le public, Videodrome est un film primordial de cette fin de siècle. Violent, organique, illuminé, prophétique, dingue, Videodrome impressionne dans le moindre de ces moments. Une oeuvre qui carbure au rythme d'un concept génial toutes les 30 secondes et qui ne semble jamais pouvoir atteindre ses limites. James Woods y trouve l'un de ses meilleurs rôles et notre Debbie Harry à nous y gagne ses galons d'actrice fantastique (dans tous les sens du terme). Une œuvre fascinante qui signe la fusion absolue entre machines, esprits et corps dans un délire psycho-biologique qui trouvera le nom de Nouvelle Chair. Les humains deviennent des magnétoscopes, les télévisions apportent une nouvelle sexualité terrifiante, les armes fusionnent avec les êtres, la vie réelle n'est plus que le reflet du tube cathodique, Eros et Thanatos perdent les pédales. Un film fou, excessif, quasi surréaliste, en avance de 30 ans (si ce n'est plus) sur son temps, culte et toujours pas redécouvert à sa juste valeur. Le meilleur film de Cronenberg aux côtés de Faux-Semblants et par la même occasion l'un des plus importants et marquants de l'histoire du cinéma.          

                                                                videodrome, une oeuvre phare

 

 Dead Zone    The Dead Zone (1983) : est une antithèse de Videodrome à première vue, c'en est une continuation en fait. Cronenberg adapte l'un des meilleurs romans de Stephen King, ici, pour une fois, c'est la fin (moins forte que celle du livre) qui pêche. Mais l'interprétation hallucinante de Walken, la beauté classique des images, l'impact du drame psychologique si rare dans les productions de ce type et quelques scènes chocs vraiment choc font de Dead Zone un grand film, un poil surestimé par certains mais qui a tout d'un beau Classique.

 

The Fly    The Fly (1986) : est le plus célèbre film de David Cronenberg et aussi son plus grand succès public. C'est un mélodrame fantastique, comme Dead Zone, mais au lieu de s'intéresser aux mutations de l'esprit, Cronenberg se préoccupe ici tout d'abord des très impressionnantes mutations physiques de son héros. Comme Carpenter avec The Thing, Cronenberg fait de son film remake une débauche d'effets spéciaux organiques qui n'excluent pourtant jamais la portée psychologique de l'ensemble. C'est parfois très éprouvant pour un film soit-disant commercial. Certes la fin est assez mélodramatique mais on est loin du Patient Anglais quand même. Une merveille, reconnue et appréciée à sa juste valeur par la majorité des cinéphiles.

 

Dead Ringers     Dead Ringers (1988) : est LE chef-d'oeuvre du David Cronenberg psychologue et chirurgien raté. C'est aussi l'un des plus grands films d'horreur pure de l'histoire du cinéma. Tous les spectateurs se souviennent (ou essaient d'oublier) avec effroi des moments surpuissants de ce monument cinématographique. Portée par la musique phénoménale du fidèle Howard Shore, c'est une descente aux enfers froide comme un miroir gelé et tranchante comme un rasoir. Jeremy Irons y trouve son meilleur (double) rôle. Ce n'est pas du Fantastique, c'est finalement l'un des plus éprouvants drame psychologique du cinéma. Un Amour fou à trois qui transcende toutes les frontières physiques ou spirituelles, une histoire de frère siamois unis par leur âme qui tentent en vain de pratiquer une séparation impossible, c'est le plus bouleversant des films de Cronenberg. Le prix à Avoriaz était mérité car cette œuvre mérite tous les prix possibles et imaginables. Entre émotion pure et cérébralité exacerbée, Cronenberg venait de trouver la dialectique miraculeuse entre ses œuvres passées et à venir. Un film cerveau comme dirait Deleuze, le pendant purement cérébral et complémentaire de l'inégalable Videodrome.

                        une scène traumatisante, s'il en est                             Amour fou à trois

 

Naked Lunch     Naked Lunch (1991) : adapter Burroughs au cinéma tient de la folie pure. Cela tombait bien, Cronenberg est dingue, dingue juste ce qu'il faut pour tirer un film regardable du monstrueux Festin Nu. Dans un délire organique, drogué et éprouvant, pas très éloigné de celui de Videodrome, Cronenberg prend l'excuse de remonter aux origines de la création littéraire pour se plonger comme à son habitude dans un méandre de mutations sexuelles délirantes. Visuellement c'est admirable, parfois c'est presque fatiguant mais encore une fois la fin parachève la réussite de l'ensemble. Grandiose.

 

M. Butterfly     M. Butterfly (1993) : un drame intimiste, qui donne une nouvelle fois l'occasion à Irons d'oeuvrer dans des tourments inimaginables. Nouvelle fable de sexualité décalée, M. Butterfly est une œuvre franchement sous-estimée qui crée un pont étrange entre Dead Zone et Dead Ringers. Un classicisme au service d'une histoire d'amour aussi forte que celle de The Fly et de Dead Ringers.

 

 crash    Crash (1996) : n'est pas un chef-d'oeuvre. Cronenberg se noie dans un esthétisme glacé qui n'arrive pas à faire oublier la nullité de la majorité des acteurs. C'est un enchaînement de séquences parfois magnifiques (l'accident que l'on visite en touristes, comme dans un rêve) et souvent à la limite du ridicule (on y est quelque fois en plein dedans). En poussant au maximum l'expérimentation, en cherchant au maximum à rendre son film antipathique, Cronenberg dépasse son objectif. Crash est un film figé, à moitié réussi, qui ennuie bien trop souvent et fascine bien moins que les précédentes œuvres de son auteur. La magie Cronenberg tourne à vide, heureusement l'auteur va rapidement se reprendre après cet inégal roman-photo maniéré.

 

eXistenZ     eXistenZ (1999) : est une grande réussite. Après l'ennui de Crash, Cronenberg revient à la pure série B et signe un de ses films les plus prophétiques. Et oui, un jour l'humanité se noiera dans le virtuel. eXistenZ a reçu une volée de bois vert de la part des critiques (les mêmes qui conchiaient Videodrome il y a peu) et c'est assez amusant. Car je ne serais pas surpris de voir eXistenZ devenir rapidement un film culte et que celui-ci soit grandement réévalué dans les décennies à venir. Un futur grand classique qui brille d'humour, de délire visuel et d'intelligence.

 

    Spider (2002)

 

    index cinéma

    m'écrire