Cinema 2001
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Final Fantasy : Les Créatures de l'Esprit de Hironobu Sakaguchi
Je l'ai déjà dit et redit sur ce site, la série des Final Fantasy de Squaresoft est ce qui se fait de plus génial en matière de jeux vidéos (à peu près à égalité avec les Zelda de Nintendo). Tous les chanceux joueurs de bon goût qui se sont aventurés dans les territoires de FFVI, FFVIII, FFIX et surtout FFVII (mon favori, il faut bien l'avouer), ne sont pas près d'oublier leurs expériences dans des univers et des histoires extraordinaires. Le seul problème des Final Fantasy, c'est qu'ils en viennent à me faire admettre la supériorité possible et sans doute probable des jeux vidéos sur le cinéma dans un avenir proche. FFVII est une œuvre plus intense, émouvante, riche, passionnante, originale que tous les films (ou presque, bien sûr) que l'on puisse voir. Inutile donc de répéter à quel point on pouvait attendre énormément du film Final Fantasy. La grande question était : comment faire tenir la magie de 60 heures de jeu en 1h30 de "cinématiques" ?? La réponse, il faut bien l'avouer, c'est que la magie des jeux n'est que très brièvement présente. Les meilleurs moments du film sont d'ailleurs directement issus des jeux. Et le reste des Créatures de l'Esprit n'est finalement qu'une succession d'emprunts extrêmement voyants aux plus grands classiques de la SF (AlienS, Starship Troopers, The Thing...). On peut avoir pire références, mais on demandait à Square de faire preuve d'un peu plus d'originalité plutôt que d'essayer de flatter le public occidental (bien en vain, le film a été un bide hénaurme aux USA). Donc ici, pas d'Aerith, pas de Sephiroth, et même s'il y a une jolie histoire d'amour en apesanteur, ce ne sera pas FF8. Les personnages ne brillent pas d'une grande complexité, tout est très linéaire, prévisible. Lara Fabian chante à la fin (mais c'est pas trop grave). Voilà, ça c'était pour les aspects négatifs. Maintenant voyons pourquoi Final Fantasy, Les Créatures de l'Esprit, est le film le plus enthousiasmant de l'année.
Tout simplement parce qu'il offre la possibilité de découvrir sur grand écran des images, des monstres et des merveilles que nous n'avions jusqu'à présent qu'entre-aperçu au détour des cinématiques de nos jeux favoris. Avec FF, le dragon Vulcania de Zelda devient "réel", avec FF, la rivière de la vie de FF7 est à portée de la main. Avec un budget hallucinant (plus de 150 millions de dollars), des années de travail, une équipe passionnée, FF ne pouvait pas faire dans la demie-mesure. Et c'est formidable. Tour à tour apaisé comme un rêve devenu réalité et agressif comme le pire des cauchemars, Les Créatures de l'Esprit nous donne à voir les songes, pour de vrai (ou presque...). Et c'est cela qu'atteint cette œuvre hors normes, nous faire toucher l'intensité du rêve comme rarement auparavant. Une expérience unique, fulgurante, troublante, parfois éprouvante, toujours sublime.
On pourra donc beaucoup pleurer sur un scénario qui aurait pu faire plus, mais ce sera après la fin du film, bien après. Car pendant la projection, on se retrouvera devant du jamais vu, émerveillé, fasciné, emporté. Et on se moquera bien que les héros soient caricaturés à l'extrême et que décidément Starship Troopers, ils ne s'en sont pas remis. Oui, on se moquera bien de tout cela. Et même plus ! On ira jusqu'à être ému par des scènes toutes simples et qui ont demandé un tel travail qu'on pensera une nouvelle fois à monsieur Cameron nous offrant son Abyss. Car voilà, dans ses plus beaux instants, FF effleure certes une parcelle de l'émotion des jeux, mais surtout évoque le chef-d'œuvre de James Cameron. Derrière un défi technologique affolant, derrière un quitte ou double financier, derrière une machinerie monstrueuse, il y a la grâce d'images vraiment en apesanteur (pour une fois c'est bien le cas de le dire). Final Fantasy est donc une œuvre "d'expérience", et c'est en cela qu'elle rejoint les jeux vidéos. Certes c'est une expérience moins émouvante que purement sensorielle, mais cela reste un moment de cinéma comme on en vit très rarement. Et c'est surtout le plus beau film de l'année, pour l'instant. Mais il sera difficile de dépasser le choc visuel de ces "fantômes", de cette planète au bord de la destruction, de ces images finales tétanisantes. FF est même peut-être "trop" beau, il en vient à écraser le spectateur sous des tonnes d'émerveillements, quand la moindre ombre, quand le plus petit détail nous fait ouvrir la bouche en extase. 1h30, c'est trop court, mais c'est déjà tellement, face à une richesse visuelle qui fera date. Non, ce n'est pas seulement une belle succession de cinématiques. Et en attendant le Avalon d'Oshii, la révolution 2001 cinématographique c'est Final Fantasy, Les Créatures de l'Esprit. Tout simplement.
Après la renaissance d'un Tim Burton plus grand que jamais, le choc prévu et prévisible de l'été 2001 tient lui aussi toutes ses promesses ou presque. On attendait une œuvre digne des jeux vidéos et ce n'est pas vraiment le cas, du moins, pour ce qui est de l'histoire. Mais Final Fantasy écrase toute réticence par sa splendeur visuelle, du jamais vu, tout simplement. Et c'est de cette beauté que surgit l'émotion. Final Fantasy atteint ainsi par moments la pureté et l'effroi du rêve. Un événement à vivre ABSOLUMENT en salles. Comme le Burton, FF a souffert du cynisme triomphant qui règne sur les critiques de cinéma et sur le public qui a perdu la faculté de s'émerveiller. Le symbole est l'œil d'Aki, tout est là. Final Fantasy invite à ouvrir les yeux. Et rien n'est plus précieux que cela. |
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de Joe Johnston
Jurassic Park 3 est un film important. Si, si, im-por-tant ! Car il répond à une question essentielle à l'humanité contemporaine : pourquoi, diantre, a-t-on inventé le téléphone portable ? Et bien, le très sympathique film de Joe Johnston nous donne enfin la solution. Le téléphone portable existe uniquement dans le but de créer quelques uns des gags les plus drôles vus sur un écran ces dernières années. Et JP3 (Jurassic Park 3, hein, pas Jean-Paul III (vous allez un peu vite en besogne, là, les enfants)), donc, JP3 va même plus loin en justifiant les ignominieuses sonneries de l'engin, qui font franchement exploser de rire dès leurs apparitions dans le film. Le message est de surcroît émouvant, le portable a sa place dans le parc jurassique. Même si bien sûr, d'un autre côté, c'est ce même portable qui sauve la mise aux héros lors d'un final hilarant digne de Mars Attacks ! Car Jurassic Park est, aux trois quarts, une parodie. Une parodie franchement réussie des deux premiers opus, bien sûr. Mais aussi une parodie d'un genre : le "survival". Très court, très rapide (sans être abrutissant, bien rythmé donc), Jurassic Park 3 ne s'embarrasse d'aucun développement de personnages, ni d'aucun "grand discours" (les barbouillis écolos de tonton Steven sont oubliés). En ce sens, le premier Jurassic Park serait l'un des chefs-d'œuvre d'un genre et le 3 serait le "Bart Simpson" de ce chef-d'œuvre. Là où Spielberg construisait de grandes séquences de suspens raffiné (l'attaque du T-Rex, les raptors dans la cuisine, la fin...), Johnston désamorce presque toutes les scènes spectaculaires avec des gags bien sentis et des références pour nerds (donc pour nous) tout à fait jouissives (c'est moi ou les raptors ont des looks de Gremlins ??). Ceux qui prenaient la série au sérieux (difficile après un Monde Perdu ridicule), vont détester. Ceux qui, dès le premier film, ont pris JP pour une formidable machine à divertir, vont être aux anges. Car niveau divertissement qui file à toute vitesse en déversant du plaisir par tous les pores de la pellicule, JP3 rejoint la liste des "supers séries B de l'été", liste où récemment nous avons croisé des petites perles telles que Pitch Black ou La Momie.
On se fout un peu de ce que raconte le film. Il faut juste noter que Sam Neil fait son grand retour et c'est un bonheur qui nous ferait presque fondre en larmes. Tant monsieur Neil est un formidable acteur, et surtout un merveilleux comique à ses heures. Face à lui les autres ont du mal à exister, à part William H. Macy qui se demande souvent ce qu'il fait dans cette galère (mais elle paye bien, la galère). Laura Dern passe, aussi, et c'en est presque émouvant, aussi, là, il fallait le dire. Ceux qui, comme moi, ont vécu le déferlement du premier JP et qui ont adoré le film en 93 (7 ans ? Putaing que le temps passe) vont prendre un gentil coup de jeune pendant ces 1h30. Les images de Isla Sorna accompagnée du thème très grandiose de John Williams, et hop, on se rend compte combien Jurassic Park fait désormais partie de la mémoire du 7e art.
Et ne vous inquiétez surtout pas, vous aurez droit à votre lot de séquences "pan dans ta figure, boum dans tes oreilles !". Notamment grâce à un Spinosaure en pleine forme, mais moins bien exploité que les T-Rex des deux premiers volets. Dommage. Les Raptors nous refont AlienS, c'en est troublant. Mais le bonus de luxe, c'est une séquence de volière déjà mythique. Pour le reste, pas vraiment le temps de s'ennuyer et on visite le film comme on va dans un musée. Oh c'est beau ! Il est bô le dino ! Et bah oui, il est bô le dino et on ne demande pas plus. Il faudra le revoir ce JP3, je l'avoue, ça doit valoir la peine. On pourra, oui, je l'accorde, reprocher le fait que le véritable héros du film ne soit ni le Spinosaure, ni Sam Neil, mais bien le portable. On pourra me dire que certains gags, qui me font bien rire, sont en fait involontaires. Mais oui, mais non. JP3, nous sommes d'accord, c'est un blockbuster, une grande usine à divertir (à faire du fric ? Certes, mais ça a coûté du fric aussi, depuis quand travaille-t-on à pertes ?). Et pour être divertis, nous le sommes, et en grande quantité. Rapport durée, prix d'entrée (20 balles de part chez moi), satisfaction à la sortie, c'est limite luxueux. Joe Johnston (déjà responsable d'un amusant Jumanji) s'en sort avec les honneurs, même si cela aurait pu être n'importe qui derrière la caméra. C'est le plus divertissant de la série. Bien meilleur que Le Monde Perdu, moins sérieux que Jurassic Park, JP3 a tout pour plaire. Entre des gags hilarants, un Sam Neil délicieux, quelques scènes formidables et un rythme impeccable, voilà un film parfait pour oublier les aléas des vacances et du mois d'août. En attendant les deux grands films avant la rentrée (Final Fantasy et La Planète des Singes) courrez visiter le Park. Vous ne verrez plus les portables de la même façon. |
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A voir durant l'été et la rentrée 2001
Un Kitano rigolo, Getting Any. Niveau prout-caca-vulgos, ça nous changera joyeusement de Hana-Bi. (15 août 2001) Un Spielberg tellement ambitieux que c'en est indécent, A.I. Ce n'est pas parce que le thème est chanté par Lara Fabian et que le look de Jude Law nous fait bien rire, qu'il faut déjà désespérer, enfin, quand même, il y a 30 ans de recherches par monsieur Kubrick derrière tout cela. (septembre 2001)
Un Disney, Atlantis, totalement pompé chez Miyazaki (qui lui nous réserve un chef-d'œuvre absolu comme il en a le secret). Pour Disney c'est pas nouveau, on se souvient du Roi Lion, photocopie quasi conforme du Roi Léo japonais, photocopie juste sauvée du naufrage par l'hallucinante musique de Hans Zimmer, dont on ne vantera jamais suffisamment les mérites (surtout qu'il nous la ressert depuis à toutes les sauces dès qu'on lui demande de sonoriser un blockbuster (cf Gladiator)). (28 novembre 2001) Un David Lynch digne (paraît-il !!) de Fire Walk With Me et Sailor et Lula (on s'en évanouit de bonheur à l'avance), Mulholland Drive. Qui nous revient de Cannes avec un prix de la mise en scène, quand même. (21 novembre 2001)
Rollerball de John McTiernan. Remake sans doute déjà supérieur à l'original du film top bab de Jewison. Même si le film, repoussé à février 2002, vient de subir un remontage encore plus ignoble que celui du 13e Guerrier. McTiernan est décidément le metteur en scène le plus malmené de notre époque. Même Tarkovski, du temps du communisme russe, n'était pas soumis à autant de pressions débiles... Le nouveau Miyazaki, Sen To Chihiro No Kamikakuchi, qui sera beau comme un ange. (2002) En attendant, bien sûr, le film (les films, pardon) qui vont changer l'histoire du 7e Art, les chefs-d'œuvre tellement annoncés que l'on veut tout faire, sauf en parler. Dois-je préciser que j'évoque le Seigneur des Anneaux de celui qui est désormais le nouveau Dieu du cinéma (Kubrick est mort, vive Jackson) ? Bon je le précise quand même. (19 décembre 2001)
Mais ! Car il y a un mais ! Peter Jackson nouveau Dieu du cinéma ? Peut-être... Mais du cinéma occidental alors. Car il ne faudrait pas oublier le vrai Dieu du cinéma mondial et même universel, Tsui Hark. En attendant de découvrir enfin Time & Tide, on bavera devant la bande annonce de Zu 2 : Legend of Zu. Et on pleurera de bonheur à l'évocation de Black Mask 2 avec notre Traci Lords à nous dans le rôle de la méchante. What a wonderful world, c'est moi qui vous le dit. |
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Le Pacte des Loups Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain
Le cinéma français en 2001 ? Année faste ! Mais pas forcément dans le sens attendu. Avec le Pacte des Loups (que je suis toujours tenté de nommer le Ctepa des Loups tant le patronyme lui va si bien), la France s'est vu offrir un nanar en diamant pur. Christophe Gans, dans sa passion et sa sincérité infinies, nous a donné notre Flash Gordon. Et donc essentiellement le film le plus poilant, le plus "too much", le plus généreux, que l'hexagone ait connu depuis fort longtemps. Un Nanar, msieurs-dames, un vrai de vrai, avec un big N. A noter aussi, le casting le plus raté depuis l'invention du cinématographe (ou peu s'en faut). Il ne fallait pas manquer Le Pacte des Loups en salles, tant le culte qui va suivre cette folie sur pellicule n'aura bientôt rien à envier à ceux de La Soupe aux Choux ou de Robot Monster. On attendait de Gans qu'il ressuscite la série B made in France, il a fait mieux, il nous a offert le film le plus jouissivement nul, le plus sympathiquement foireux de la première à la dernière image, le plus sincèrement portnawak, le plus bourré de références timbrées depuis des lustres. Merci monsieur Gans, moi, votre film, je l'adore.
Amélie Poulain ? Où ça Amélie Poulain ? Juste histoire de remettre en place ceux qui citent Tati à tout bout de champ pour parler du Jeunet. Euh... Ces gens là, fort mal intentionnés, feraient bien mieux de voir au moins un film du grand Jacques (je n'ose même pas dire "comprendre") avant de raconter de telles calembredaines. Faites un test, vous, tous, fans d'Amélie (qui n'avez donc jamais vu de films de Tati, ou du moins jamais "vraiment" vu de films de Tati). Regardez Play Time et vous comprendrez tout. Jacques Tati reste le meilleur metteur en scène que la France ait connu jusqu'à présent. En lui se trouve déjà aussi bien Burton que Lynch, Gilliam que Jeunet, et bien plus, mille fois plus. Amélie Poulain est une série Z californienne face à seulement un quart d'heure de Play Time. Tati était le génie du non-dit, de la finesse, de l'émotion simple, pudique, de la poésie modeste, du bonheur délicatement triste, tous ses films pouvaient se nommer "Le Sens de la Vie" sans rougir. Vérité vraie, nécessaire, universelle, indubitable, inaltérable. Le sujet est clos. |
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Babe, Le Cochon Dans la Ville de George Miller
De tous les films de mon top 10 de l'année 99, Babe 2 était le dernier que je n'avais pas revu au moins une fois depuis sa sortie en salles. Film de début d'année, je l'avais finalement un peu "oublié" pour les inévitables rétrospectives pré-2000. On peut encore voir sur ce site que je l'avais classé 9e sur ma liste, ce qui n'est pas une mauvaise place, loin de là. Mais là, en le revoyant, après avoir eu l'occasion de me passer et de me repasser les autres chefs-d'œuvre de la fastueuse année 99 (La Ligne Rouge, Le 13e Guerrier, Une Histoire Vraie, Fight Club, Jin-Roh...), je me disais, pendant tout le métrage, dont je gardais un souvenir fabuleux : "bon sang, fichtre, mais aaaaattendez, stoppez les machines !" Je sais qu'à la sortie de la salle j'avais aussitôt qualifié Babe 2 de "meilleur film pour enfants de l'histoire du cinéma". Affirmation affolante et bien sûr très fausse (il n'y a pas de meilleurs films quels qu'ils soient), mais bien représentative de mon enthousiasme du moment.
En revoyant le film, là, deux ans plus tard, dans d'excellentes conditions, et bien j'ai été tout aussi impressionné, disons même que j'ai été encore plus impressionné. Qui, par son originalité à tous niveaux (visuel, histoire, personnages...), est peut-être, vraiment objectivement (le plus possible en fait), LE chef-d'œuvre de l'année 99. Hein ? Babe 2 supérieur à La Ligne Rouge et à Fight Club ? En bien des points, oui. Car, et c'est ce que je me disais à certains moments du film, il y a dans Babe 2 tout ce qui fait de La Ligne Rouge et de Fight Club de si grands films. Il y a la même humanité, la même force, oh certes, voilà, ce n'est pas du tout le même traitement (déjà, on va me dire que La Ligne Rouge et Fight Club sont deux films que tout oppose en apparences...), et justement, c'est cette différence de traitement pour aboutir au final à la même puissance cinématographique et artistique qui fait que Babe 2 m'a impressionné encore plus que Fincher, Malick ou McTiernan.
Car ce que j'affirmais à la sortie du film est toujours aussi vrai et même de plus en plus vrai. Que Babe 2, une histoire avec des animaux qui parlent, propose quelques uns des personnages de cinéma les plus saisissants de ces dernières années (ne serait-ce que le singe Thelonius qui a lui seul fait du film un chef-d'œuvre). Que Babe 2 se permet de créer une galerie de seconds rôles comme il n'en existe nulle part ailleurs (La Ligne Rouge réussit à développer luxueusement 5 ou 6 caractères admirables, dans Babe il y a en plus d'une dizaine). Et surtout, surtout, et c'est là l'essentiel, Babe 2 est un film qui réussit à inscrire une vraie féérie dans le monde le plus réel, le plus sombre qui soit. Ce tour de force, le premier film l'avait déjà accomplit. Mais Babe 2 va encore plus loin. Dans une représentation de la Métropole à la fois la plus poétique (toutes les capitales en une) et la plus glauque (toutes les visions du monde extérieur à la ferme et aux animaux sont d'une cruauté et d'un réalisme saisissant, les êtres humains étant en quelques scènes catalogués comme des monstres sans âme), donc au cœur de cette ville, Miller réussit le même exploit que le Burton d'Edward, il va faire entrer le rêve, l'imaginaire, l'espoir, les valeurs auxquelles l'humanité aspire le plus mais qui sont ainsi incarnées par des animaux. Si c'est sublime ? Vous ne pouvez pas imaginer à quel point.
Le film se permet d'être aussi drôle qu'émouvant, comme le plus grand des Tsui Hark, comme un Muriel's Wedding, en juste 1h35, on se retrouve avec un condensé de ce que le cinéma peut offrir de plus magique, de plus divertissant et de plus intelligent. Le plus gros reproche que l'on a pu lire à l'encontre de ce film c'est qu'il ne sait jamais à quel public s'adresser. Oui et non. Oui parce que l'on pourra juger que pour les enfants ce film est d'une agressivité, d'une violence, d'une cruauté, d'un réalisme, d'une philosophie très adultes. Et non, parce que c'est bien là la force des plus grands contes d'être aussi "adultes". On ne pourra pas nier la violence excessive d'un Petit Poucet ou d'un Hensel & Gretel. Et Babe 2, loin de la mièvrerie et d'une quelconque niaiserie trouve toujours le ton juste. Et enchaîne les scènes bouleversantes, bouleversantes pour les enfants mais aussi pour les adultes. Des scènes incroyables, impensable dans un tel film. Entre deux moments de pure comédie burlesque et parfois franchement noire (l'accident du fermier, les déboires de la fermière, le numéro de clowns ratés, la parodie de Mad Max 3 en final), on se retrouve au cœur de sommets de génie cinématographique. Avec comme cœur du film, justement placée en plein milieu, la poursuite entre Babe et le Pitbull (chapitre 13). Une séquence qui vaut tout l'or du monde, pour laquelle on échangerait volontiers tous les Disney (sauf Fantasia et Bambi). Une scène qui fait la liaison entre "adulte" et "enfant", la scène la plus universelle que vous puissiez voir. Où Miller se permet d'exploser les limites de l'intensité sur pellicule avec trois fois rien (et l'aide du Humming Chorus de Puccini, le même qui accompagnait la promenade finale de Heavenly Creatures, c'est pour donner une idée...). Est-ce que l'on s'attendait à être bouleversé autant par un "film pour mômes", bien sûr que non, Babe 2, encore plus que le premier (qui reste aussi un choc indélébile), nous prend par surprise, ose, invente, révolutionne, surprend, nous donne l'impression que l'on va au cinéma pour la première fois. Et chaque vision nous fait revivre l'instant où l'on s'est dit : "C'est ça le cinéma !".
Non seulement le génial metteur en scène des Mad Max et des Sorcières d'Eastwick signe là son meilleur film, mais il s'offre aussi une œuvre qui sera bientôt encore plus culte que Mad Max. Car nulle doute qu'une génération de kids entre 6 et 12 ans vient d'être traumatisée. Et que année après année, Babe 2 va les poursuivre, pour le meilleur et pour le pire. Et que arrivés à l'âge adulte, tous ces enfants reviendront vers Babe 2, comme d'autres générations sont revenues vers Fantasia, vers Dark Crystal, vers tous ces films pour "enfants" qui sont en fait des liaisons parfaites entre toutes les générations. On pourra me faire remarquer que dans la veine de Babe ; il y aussi le très réussi La Souris, mais il n'atteint pas la cheville de ce Babe 2 hallucinant. Qui, rétrospectivement, écrase, oui, écrase, tous les Eyes Wide Shut de 99. Bon, déjà, si vous êtes bourrés d'a priori, comme je le disais à l'époque du film, je me demande ce que vous fichez à lire mon site, qui n'est définitivement pas pour vous. Je veux dire, si vous n'aimez pas Babe 2, vous n'aimez pas Dark Crystal, vous n'aimez pas Edward Aux Mains d'Argent, vous n'aimez pas le Magicien d'Oz... Et bon, on n'est pas du tout sur la même longueur d'ondes cinématographiques. Ensuite, vous n'avez pas vu le film, ça c'est possible, et bah maintenant vous allez le voir. Je vous conseille la VF (pour une fois !), presque effrayante de justesse par instant (la voix de Thelonius par exemple), mais la VO lui reste quand même supérieur, bien sûr.
Je ne vous ai pas parlé de la photographie, de la mise en scène, de la musique, des effets spéciaux, du travail avec les animaux, car ils sont à ce point réussis que aucune parole ne pourra leur rendre justice. Babe 2 est un film parfait, vraiment parfait de la première à la dernière image. Cela fait presque peur, en fait cela fait peur, mais avant tout cela émerveille. Et voilà, c'est donc vrai, Babe 2 est un conte, un conte au sens le plus noble du terme, au sens le plus fort. Et c'est ce qui me permet de dire que c'est peut-être le film de l'année 99 dont on se souviendra le plus longtemps. Regardez Babe 2, montrez Babe 2, offrez Babe 2, vous ne pouvez pas vivre sans Babe 2. |
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de M. Night Shyamalan
Ils nous avaient gentiment bluffé avec un Sixième Sens tout en finesse et surtout plein de promesses. Et ces promesses alors ? Et bien elles sont tenues et même franchement dépassées avec l'incroyable Incassable (Unbreakabole in the text). Sixième Sens avait le mérite de proposer un film fantastique "à l'ancienne", qui trouvait ses marques plus près des Innocents ou du Cercle Infernal que de Hantise ou de Urban Legend. L'histoire n'était pas franchement originale, les ressorts dramatiques efficaces sans être révolutionnaires, et le fameux coup de théâtre encore trop hollywoodien pour vraiment nous transporter. Néanmoins, Sixième Sens (il faut enlever le "le" avant le titre sinon on parle du film kitsch de Michael Mann, vous savez, Manhunter) nous offrait une ambiance contemplative touchante, des acteurs sobres, une mise en scène intéressante et quelques très beaux moments de cinéma comme on l'aime. Il restait à transformer l'essai.
C'est définitivement chose faite avec Incassable, le meilleur film que nous ait offert Hollywood en l'an 2000, à égalité avec Sleepy Hollow et Pitch Black. Le coup de génie de Shyamalan est d'avoir transporté l'ambiance fantastique raffinée du Sixième Sens dans un univers totalement différent et franchement peu habitué à ce genre de traitements. Bon attention, je vais révéler quelques points importants de l'histoire et il vaut mieux arrêter de lire maintenant pour ceux qui n'ont pas encore dévoré cette perle sur grand (ou petit) écran. Ce serait vraiment dommage de gâcher l'œuvre ainsi. En résulte le film de super héros le plus touchant qui soit. Le complément indispensable au jouissivement coloré Superman de Donner, au cartoonesque Darkman de Sam Raimi et évidement aux crépusculaires Batman de Burton. Shyamalan offre aux clichés des Comics un traitement inédit, et la réussite est à la hauteur du challenge. Incassable est un drame intimiste, un thriller minimal, un réflexion délicate, un "actioner" intelligent. On pourra se moquer longuement et lourdement des prétentions affichées par le film. On aura tort. Comme on a tort de se gausser de 2001, de Stalker ou de La Ligne Rouge (toutes proportions gardées, bien sûr). Certes, Incassable n'est pas un grand spectacle boum-boum, un blockbuster tout pour le fun comme The Rock ou un blockbuster faussement évolué comme X-Men, c'est bel et bien un blockbuster "d'auteur", comme le sont les films de Burton, de Fincher ou l'Armée des 12 Singes de Gilliam (déjà avec Bruce Willis).
Avouons-le, en sortant d'Incassable on se croit revenu à l'époque bénie où Michael Cimino, Martin Scorsese et Francis Ford Coppola dominaient Hollywood. L'époque où Spielberg enchaînait Les Dents de la Mer et Rencontres du 3e Type. L'époque pré Porte du Paradis, l'époque pré Coup de Cœur et Cotton Club. L'époque où l'on pouvait se permettre The Deer Hunter, Apocalypse Now, Raging Bull et récolter tous les lauriers et la bénédiction des studios. Avec La Ligne Rouge, Incassable et autre Fight Club, on pourrait croire cette époque revenue. Mais ne nous faisons pas trop d'illusions. Alors profitons amplement de ce que nous avons sous la dent en ce moment. Incassable est un film qui flirte en permanence avec la démonstration de style gratuite et le ridicule. Sans jamais y sombrer. On est toujours à la limite. Sur le territoire où fleurissent les chefs-d'œuvre (cf Burton ou De Palma). Incassable chef-d'œuvre ? L'avenir proche nous le dira. La sortie vidéo sera le révélateur. Mais voilà une œuvre qui devrait très bien supporter le petit écran et surtout le poids des ans et les multiples visions. Tout est bon, tout simplement. Les acteurs, bien sûr. Bruce Willis, plus sobre encore que dans l'Armée des 12 Singes, sans aucun doute aussi émouvant (c'est dire !), et déjà plus réveillé et concerné que dans Sixième Sens. Samuel L. Jackson, grandiose, qui forme un duo vibrant avec Willis. On n'ose imaginer ce que pourrait donner un Incassable 2... Robin Wright fait de la figuration simple et charmante. Et un nouvel acteur enfant tout à fait supportable, nous enchante.
La musique de James Newton Howard, très discrète pendant 90% du métrage, pour mieux nous clouer lors des lentes montées d'un thème qui fera date. A ne pas louper, la scène sublimissime du hall de gare où Willis fait usage pour la première fois de son "sixième sens". Un spectaculaire tout en intériorité, une sensibilité géniale qui impressionnent plus que tous les blockbusters feux d'artifice qui soient. La mise en scène est parfois très voyante sans pour autant être gênante. Le style Shyamalan fait partie de l'originalité du film, le résultat est tétanisant par instants. Le rythme, lent, contemplatif, envoûtant est parfaitement adéquat. Quand le final formidable survient, on en demande pour 2 heures de plus ! Dieu que l'on va attendre la suite avec impatience et espoir. Le défi sera terrible à relever, mais je place toute ma confiance en Shyamalan et son superbe duo d'acteurs. Paradoxalement, la sobriété d'Incassable, sa retenue de tous les instants provoquent un enthousiasme et un plaisir débordants chez le spectateur. On sort de la salle avec un sourire jusqu'aux oreilles et l'imagination en ébullition. Incassable propose un cinéma interactif, grâce à son concept riche en possibilités et à son ambiance qui touche parfois, et oui, à l'intensité du rêve. De là à dire que Incassable s'aventure sur les terres de Lynch, il n'y a qu'un pas que j'hésite à franchir. Du moins, pas avant la sortie vidéo. Mais... Ma foi...
Incassable, malgré l'aquaphobie de son héros, est une œuvre limpide comme l'eau claire. Dans une ambiance réaliste et non dépressive, Shyamalan n'est vraiment pas loin de nous offrir la synthèse de Raging Bull et de Superman. Ah oui, dit comme ça, ça peut paraître très bizarre. Et ça l'est. Mais en même temps, tout coule vraiment de source. On se laisse porter de la première à la dernière séquence. On entre dans le jeu, on tombe dans tous les pièges, on est touché. Shyamalan ose évoquer la vie, la mort, la famille, la souffrance physique, la souffrance psychologique, le doute, la quête de soi-même, au cœur d'un film de super héros. Car super héros il y a, un super héros à visage très humain. Amusant de noter que Bruce Willis était déjà le "héros ordinaire" du Piège de Cristal de Mc Tiernan, autre splendeur qui avait changé l'histoire du cinéma hollywoodien. |
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