Cinéma 2011
The Tree of Life (3/3) |
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The Tree of Life (2/3) |
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The Tree of Life (1/3) |
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Mini-Critiques(parce qu'on n'a pas toujours quelque chose d'intéressant à dire...)
L'Exercice de l'Etat
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Shamede Steve McQueen
Ultra moderne solitude chantait Alain Souchon, il y a presque 25 ans. Ce pourrait être le sous-titre de Shame, qui, à l’instar de La Solitude des Nombres Premiers, évoque l’impossibilité des sentiments avec la plus grande âpreté. Autre point commun avec le film italien : une mise en scène extraordinaire. Rien de surprenant de la part de Steve McQueen dont la première œuvre, Hunger, était avant tout un tour de force formel. Depuis ce coup d’éclat, McQueen a mis de l’eau dans son vin. Loin d’abandonner ses artifices, il les met au service de personnages plus approfondis et d’une histoire plus complexe.
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Mini-Critiques(parce qu'on n'a pas toujours quelque chose d'intéressant à dire...)
Rare Exports : a Christmas Tale
Un vrai film d'horreur pour mômes, à la fois chouette oeuvre de Noël et conte angoissant caviardé de scènes chocs. Pour un premier long-métrage, c'est une vraie réussite. Beaucoup de bonnes idées et une ambiance soigneusement construite. Loin d'être parfait, mais le mélange des genres, bien casse-gueule, fait plaisir à voir. Par défaut, c'est LE film de Noël 2011.
Hanna
Les 45 premières minutes sont très prometteuses, mais le film est un long decrescendo assez remarquable dans sa capacité à décevoir les attentes. Saoirse Ronan est très bien, comme toujours, mais elle est la seule, le reste du casting assurant le service minimum. La mise en scène et le scénario ne cessent de surligner tous les symboles et autres révélations. Quant à l'énergie promise au début du film, elle tourne à vide, comme la musique des Chemical Brothers. Dommage.
L'Irlandais
Le Brendan Gleeson Show, mis en scène par le frangin du réalisateur de Bons Baisers de Bruges. Encore un polar humoristique britannique plein de bons mots et de "fuck you attitude". Le côté très décontracté de l'ensemble est assez plaisant, mais ça ne va pas beaucoup plus loin, à un ou deux gags près. Si vous êtes fan de Gleeson, vous pouvez y allez sans crainte. Pour les autres, ça semble un peu superflu.
Minuit à Paris
On pouvait craindre le pire de ce film en forme de carte postale idéalisée de la capitale française. Mais Woody Allen est loin d'être gâteux et très loin d'être le premier venu. Minuit à Paris contient sa propre critique et désamorce sans cesse ses pires penchants. L'aspect romantique est peut-être du Woody en roue libre, mais la flopée de citations, de personnages historiques et d'anecdotes dessine une oeuvre joyeusement élitiste et cultivée. Intellectuel et drôle, à l'image du réalisateur, le film sait se faire charmant malgré un casting pas toujours très heureux (et je ne parle pas seulement de madame Sarkozy).
La Couleur des Sentiments
En route pour les Oscars ! Enfin, non, car le gros Weinstein a décidé que The Artist gagnerait alors on peut déjà passer à autre chose. La Couleur des Sentiments est l'archétype du mélodrame édifiant pour faire pleurer les spectatrices du défunt Oprah Show. C'est parfaitement exécuté, rien ne dépasse. C'est drôle quand il le faut, tire-larmes juste après. Mise en scène impersonnelle au possible, écriture posée et sans trop de chocs, conté du point de vu des blancs, à recommander de 7 à 77 ans. Détestable, donc ? Pas plus que Le Discours d'un Roi. Point positif qui tire le film vers le haut : l'interprétation. Une ribambelle d'actrices toutes plus excellentes les unes que les autres, le trio de dindes blanches en tête.
Cars 2
Faire une suite au Pixar le plus "faible" ? Pourquoi pas ? On a bien vu ce qu'a donné la saga Toy Story, crescendo émotionnel unique. Dans le cas de Cars, c'est plutôt le chemin contraire. Purement ludique, ce second opus ne repose que sur des gags innombrables, des scènes d'action folles et un rythme ébouriffant. C'est moins inoubliable que d'habitude, mais c'est tout aussi divertissant. Mineur mais attachant.
Une Séparation
Lourdeur de la mise en scène ("énergique", "prise sur le vif"), lourdeur de l'écriture (rebondissements à toutes les séquences), lourdeur de l'interprétation (tellement "naturelle"), lourdeur des thèmes... Une Séparation ennuie tout en provoquant l'indigestion. En voulant échapper à toute force au manichéisme, le film avance de manière mécanique en refusant tout point de vue. Cela devient prévisible, du moindre décadrage à la prochaine révélation forcément "bouleversante". Reste un portrait terrifiant de la société Iranienne et de ses archaïsmes. |
Les Immortelsde Tarsem Singh
C’est 300 avec un cœur, Troie avec des tripes, Le Choc des Titans avec un vrai metteur en scène. C’est, bon an mal an, le meilleur rejeton de la vague des néo-péplums mythologiques. Poète de la barbarie, styliste avant tout, Tarsem Singh est un des auteurs les plus passionnants d’Hollywood. Conspué à tort ou à raison depuis The Cell, auteur d’un des plus beaux films de ce début de siècle avec The Fall, le cinéaste galère à tourner, survit à la force de la passion mais aussi des concessions. Ses Immortels se situent entre l’opéra classique et le ballet contemporain, mi-Wagnérien, mi-Pina Bausch. Les protagonistes sont tiraillés entre le poids des corps, massifs, marqués, salis, torturés, et la légèreté des étoffes et des chorégraphies. C’est un grand spectacle entre barbarie et pureté.
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Crazy, Stupid, LoveSexe entre Amis
Etat des lieux de la comédie romantique américaine : la suite. Après les cauchemars de Love & autres drogues et de Bad Teacher, nous voici dans le « haut du panier ». Ou non. Crazy, Stupid, Love et Sexe entre amis partent du même principe : se moquer des comédies romantiques et de leurs codes. Pour aboutir au même point : être des comédies romantiques on ne peut plus classiques. D’une première partie qui affiche sa pseudo subversion, on bascule vers une seconde moitié qui se réjouit de gommer tout penchant un peu libertaire. Le plus détestable du lot serait probablement Crazy, Stupid, Love qui tente de bouffer à tous les râteliers en se rêvant Magnolia alors qu’il n’est au final qu’un remake de Love Actually en moins rigolo. Malgré son casting correct, mais sans imagination (Steve Carell dans le rôle de Steve Carell, Julianne Moore dans le rôle de la femme dépressive, Ryan Gosling dans le rôle de Al SuperGay, etc.), le film aligne tous les poncifs et ne surnage que pour quelques scènes amusantes (l’ado qui fait des photos coquines, la baston générale dans le jardin). Mais ça ne fait pas lourd, surtout que l’ensemble se croit plus malin que la moyenne. Toutes les possibilités proposées dans la première heure sont soigneusement niées et même cruellement punies dans la seconde. Beurk.
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Il Etait une Fois en Anatoliede Nuri Bilge Ceylan
Cela débute comme un rêve. Au crépuscule, où ne transparaît plus qu’un coin de ciel rosé. Trois voitures, une route de campagne vallonnée, les faisceaux des phares. Dans les véhicules, des policiers, des coupables, un corps est recherché. Débute alors une quête tragi-comique, comme si Jacques Tati rencontrait Andréi Tarkovski au milieu d’un champ. Les deux génies défunts discutent du cinéma d’aujourd’hui. Et pourquoi pas de Quentin Tarantino ? « Et si nous faisions un film de Tarantino ? », se disent Tati et Tarkovski, « on s’adonnerait à un plaisir qu’on s’est souvent refusé, celui du dialogue ! ». La chose la plus improbable, la plus impossible de l’histoire du 7e Art. C’est le tour de force d’Il Etait une Fois en Anatolie, une œuvre qui fait honneur à son titre ambitieux, qui évoque tout autant l’univers du conte que celui de Sergio Leone.
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Hors Satande Bruno Dumont
Dans la profusion des super-héros qui déboulent chaque semaine sur nos écrans, en voici un pour le moins inattendu : le super exorciste Ch’ti. A mi-chemin entre John Constantine et Pharaon de Winter (de L’humanité), l’intrépide gaillard n’hésite jamais à payer de sa personne pour chasser le Malin. Le protagoniste idéal pour Bruno Dumont qui s’offre une sorte de remake bourrin du Ordet de Dreyer, mâtiné, bien sûr, de Bresson et de Bernanos (on va pas laisser moucher Mouchette). A priori, on n’est pas là pour plaisanter. Le vent souffle tout le temps comme chez Dreyer, le paysage est décharné, les mots sont rares et ridicules. On se demande d’ailleurs pourquoi Dumont n’a pas carrément supprimé toute parole, si ce n’est pour lui donner un ressort comique.
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Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licornede Steven Spielberg
Il semble impossible d’aborder une critique de ce premier volet des Aventures de Tintin sans passer par la case « souvenirs d’enfance ». J’aimerais pouvoir vous épargner la nostalgie gluante, mais je me dois quand même d’avouer que Tintin fut l’un des premiers livres que mes parents ont mis entre mes mains, bien avant que je n’apprenne à lire. On m’a raconté Tintin, j’en ai appris les images avant d’en savoir les mots. Puis je les ai tous lus, et relus. Ce fut la première collection de BD complète en ma possession, d’ailleurs ce fut très longtemps la seule bande dessinée dont je possédais tous les albums, même les Soviets et sa propagande adorablement naïve. J’ai aimé Tintin et je l’aime toujours, au point d’avoir acquis une partie de la littérature parallèle que le personnage a engendrée (oui, je possède le génial Tintinolatrie d’Albert Algoud). Oui, j’ai toujours regretté que les adaptations cinématographiques soient aussi calamiteuses (les longs-métrages animés très raides et les deux versions live embarrassantes). Et comme beaucoup j’ai aussi adoré la version télévisée des années 90. Tout en continuant de rêver à un vrai film de cinéma consacré à Tintin. Un film promis à Steven Spielberg depuis le début des années 80.
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La Dernière Piste (Meek's Cutoff)de Kelly Reichardt
Ce pourrait être le dernier des Westerns. Celui qui clôt le genre en l’ayant fait revenir à son point de départ. La Dernière Piste est aussi la première, celle qu’on suit pour atteindre cet Ouest fantasmé, celui des vertes prairies, des terres pour tous, de l’or qui vous tombe sous le pied par hasard, celui de tous les possibles. Celui qui n’existe que dans votre esprit. Fable mythologique, le film de Kelly Reichardt lance une petite troupe de colons dans un voyage digne des hébreux égarés 40 ans dans le désert. Le texte biblique s’adapte à la réalité historique de ces Etats-Unis en devenir, qui semblent se chercher éternellement. Les nouveaux habitants ne comprenant rien aux signes d’un pays qui n’est pas vraiment le leur. Dans sa deuxième partie, les migrants choisissent de suivre un indien. Vers où ? Vers l’eau ? Vers l’océan ? Vers les vertes prairies ? Vers la mort ? Vers un paradis mystique ? La Dernière Piste s’apparente alors à un cousin lointain du Nicolas Roeg de The Walkabout et du Peter Weir de Pique-Nique à Hanging Rock. On y retrouve le même onirisme, le même sens du détail, la même splendeur formelle. Tournée en format 1,33:1, l’œuvre de Reichardt est la seule à pouvoir tutoyer Terrence Malick cette année. Que ce soit sur la beauté ou sur la portée du propos, La Dernière Piste dépasse toutes les attentes. J’avais été enthousiasmé par Old Joy, mais la réalisatrice atteint ici de nouveaux sommets. Elle est plus accessible et plus ambitieuse, privilégiant toujours le réalisme, mais en le confrontant directement à l’étrangeté et aux mythes. L’important c’est le voyage et non la destination, semble-t-elle nous conter. Tous les personnages errants de La Dernière Piste ne sont peut-être que des fantômes qui hantent les territoires sauvages des Etats-Unis. Ombres maudites, mauvaises consciences, âmes en peine, autant de reflets d’une époque qu'on croyait épuisée par la représentation cinématographique. C’est le Western qu'on attendait, celui qui balaie tout romantisme, tout héroïsme, celui qui revient à la source pour faire entrer définitivement le genre au panthéon des légendes humaines.
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The Artistde Michel Hazanavicius
C’est le grand récit romantique de 2011. C’est aussi le film le plus mignon vu depuis longtemps. Pourtant c’est ici exactement la même méthode qui a présidé aux réussites ironiques de OSS 117, le Caire nid d’espions et OSS 117, Rio ne répond plus : une imitation absolument parfaite des règles cinématographiques d’une époque et d’un genre donnés. The Artist c’est le film muet idéal, celui qui aurait eu 80 ans pour digérer la technique, pour en filtrer l’essence et pour la resservir dans un bel écrin contemporain. Oui, c’est en 1,33:1 (comme la Dernière Piste, tiens donc), en noir et blanc, avec une bande-son qu'on jurerait interprétée par un orchestre dans la salle. Oui, les interprètes grimacent et s’agitent comme au théâtre, oui, le mélodrame est surligné jusqu’à plus soif, oui, le moindre détail visuel, le moindre accessoire, décor, costume, est choisit avec un soin maniaque. Pourtant The Artist est bien une œuvre des années 2010 et le réalisateur sait judicieusement nous le rappeler. Par un tour technique ici, par un traveling là, pour une utilisation maligne du son à des moments clefs. S'il faut chercher la véritable inspiration de l'oeuvre, c'est bien sûr du côté de Chantons sous la Pluie et d'Une Etoile est née qu'il faut se tourner. Les thèmes étant très similaires, en particulier avec le classique de Stanley Donen.
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Melancholiade Lars Von Trier
C’est l’antithèse de The Tree of Life. A la bienveillance et à l’amour prodigués par le film de Terrence Malick, Lars Von Trier répond par la haine et le cynisme. Haine de soi, haine des autres, jusqu’à l’anéantissement. Au lieu de mettre fin à ses jours, la Justine de Melancholia, double du réalisateur, préfère pourrir l’existence de son entourage, jusqu’à provoquer/fantasmer la fin du monde. Quitte à en finir, autant tout emporter avec soi. On la voit ainsi prier la bonne étoile de précipiter l’Apocalypse. Cette méchanceté absolue, à peine compensée par un geste dérisoire dans les dernières minutes de l’œuvre, est l’énergie qui nourrit Melancholia.
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Drivede Nicolas Winding Refn
Nicolas Winding Refn est un grand formaliste de cinéma. Ce n’est pas nouveau. On le sait depuis la trilogie Pusher (surtout les 2e et 3e volets). Que son œuvre déborde d’idées et d’énergie comme dans Bronson ou qu’il n’ait quasiment rien à raconter comme avec Valhalla Rising, Refn en met plein les yeux et les oreilles. Drive se situe à mi-chemin entre le génie de Bronson et la neurasthénie de Valhalla. Sur les bases d’un scénario d’une banalité sidérante, le réalisateur iconise à chaque plan un héros quasi autiste, sorte de sociopathe un peu demeuré. Ryan Gosling est parfait dans le rôle de l’amibe énervée, il conduit, serre le poing, conduit, ronge son cure-dent, conduit et remplit jusqu’à la dernière image son rôle de héros au grand cœur. Le début du métrage surprend d’ailleurs par son côté gnan-gnan. Ryan promène bobonne et son fiston, sourit vaguement, joue avec le petit et débute une passion platonique avec Carey Mulligan (impeccablement décorative). Pour secouer tout cela : un casse qui tourne forcément mal, des gangsters qui veulent récupérer leur argent et… c’est tout. Vous pouvez prévoir intégralement le déroulement de Drive dès les dix premières minutes.
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Green Lanternde Martin Campbell
C’est l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Ou dans le cas d’un film moyen de savoir s’il vaut mieux se féliciter de ses qualités ou s’indigner de ses défauts. En ces temps d’inondation continue de films de super-héros, il est bien difficile de se faire une place. On l’a vu avec les machins plus ou moins interchangeables pondus chez Marvel (à quelques X-Men près). Face à la surenchère de son principal concurrent, DC Comics se repose en ce moment sur une seule franchise au cinéma (Batman), ce qui lui convient assez bien. Superman galère pour retrouver la magie de l’adaptation de… 1978 (on remet ça l’année prochaine sous la houlette de Zack Snyder…). Les exécutifs tergiversent et ne savent plus comment gérer un panthéon superbe mais complexe à porter à l’écran dans les années 2000. Tous ces héros sont nés dans les années 40 et 50, soit bien avant les icônes pop et ados de chez Marvel. Ce sont des protagonistes adultes mis en scène dans des mondes obsolètes, souvent kitsch. Difficile alors de vendre aux mômes d’aujourd’hui les tourments de The Flash ou de Wonder Woman. Le ridicule guette. Il semble que la solution des séries animées soit la meilleure (voir les excellents petits films mettant en scène la Justice League). Seul Batman s’en sort avec les honneurs, son univers de ténèbres se prêtant mieux aux réinterprétations hi-tech et au cynisme ambiant, quitte à perdre toute fantaisie.
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Bad Teacherde Jake Kasdan
Pourquoi s’infliger ça ? Voilà la seule question qui mérite d’être posée devant Bad Teacher. Parce qu’on aime bien Cameron Diaz, Justin Timberlake et Jason Segel ? Soit. Parce qu’on est généralement assez réceptif aux comédies trashouilles américaines (Mes Meilleures Amies c’était pas si mal) ? Admettons. Parce qu’on veut faire plaisir à sa copine ? Certes. Parce qu’on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, surtout quand toute la presse vous clame que c’est de la merde (remember, remember Southland Tales !) ? Bon, OK, il y a Justin dans les deux films, mais Bad Teacher ce n’est pas du Richard Kelly. C’est même plutôt la kryptonite de The Box (avec Cameron Diaz, justement, comme quoi je ne délire pas dans le vide). C’est l’antithèse de tout le cinéma que j’aime. Le rien. Le vide. Mais aussi l’horreur, la vraie. La nullité absolue de la comédie, sans gag, sans timing, sans mise en scène, avec des acteurs qui jouent comme des tanches. Une ignominie. Une erreur.
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Restlessde Gus Van Sant
C’est l’histoire du film trop mignon. Vous voyez le genre. Le truc vachement clean, tout propre, bien de sa personne. Avec des jeunes gens un peu bourgeois, un peu bohèmes, qui affrontent la mort en chantant. Non ce n’est pas La Guerre est Déclarée, ni les Bien-Aimés, je me respecte suffisamment pour ne pas m’infliger ça sur grand écran. Il s’agit du dernier film de Gus Van Sant, auteur génial mais ayant tendance à la complaisance. Après la reconnaissance méritée de ce qui est peut-être son meilleur film (Milk), Van Sant s’offre une récréation en forme de jolie porcelaine à poser sur le bord de la cheminée. Restless c’est aussi choupinet que totalement insignifiant. Une seule idée vaguement originale : le héros, obsédé par la mort, est hanté par un kamikaze japonais (ou il développe plutôt une schizophrénie contagieuse, mais nous préférerons l’interprétation poétique). Car le film se veut une petite ode à la vie en forme de manuel du bon goût. Jeunes et jolis comédiens furieusement tendances (le fiston Hooper et Mia Wasikowska), chansons trop classes (Elliott Smith, Pink Martini, Nico, on dirait un film de Wes Anderson), décorum limité à trois fois rien, grandes tirades sur la vie, l’amour, la mort. Le tout emballé dans une mise en scène discrète, où rien ne dépasse. C’est de la comédie romantique néo-classique où l’on roupille tranquillement, en comptant les clichés comme d’autres comptent les moutons. Contrepoison ? Attenberg. |
Tucker & Dale VS Evilde Eli Craig
Le slasher est un genre moribond. Il a été retourné dans tous les sens depuis le début des années 70. Il est passé par les chefs-d’œuvre (Massacre à la Tronçonneuse, Halloween), par les nanars (Vendredi 13 & co), par les parodies (Scream) jusqu’au point limite qu’est la mise en abyme de The Devil’s Rejects. Le vrai problème étant de savoir comment continuer à raconter des histoires d’ados débiles se faisant trucider par des tueurs sadiques et dégénérés. Hollywood ne se pose pas vraiment la question, produisant des remakes à la pelle, tous plus minables les uns que les autres (le fond étant touché par le Vendredi 13 torché par l’impayable Marcus Nispel).
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Into Eternityde Michael Madsen
Dans La Grotte des Rêves Perdus on découvre les vestiges de nos ancêtres d’il y a 35 000 ans, quelques peintures, quelques objets… Dans Into Eternity, la démarche est inverse : qu’allons-nous laisser à nos successeurs, dans 100 000 ans ? Réponse : une grosse poubelle radioactive. Dans toute son absurdité, ce documentaire vertigineux affirme qu’il ne restera peut-être de notre civilisation que des déchets. Enterrés plus précieusement que n’importe quel objet de culte, préservés avec davantage de soin que tous les chefs-d’œuvre de l’art, les déchets nucléaires pourraient survivre à des milliers de génération d’humains et de leurs successeurs.
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Attenbergde Athina Rachel Tsangari
C’est une comédie. Une comédie grinçante comme on en voit habituellement chez nos amis du nord de l’Europe. Les habitués du cinéma belge ou scandinave ne seront donc pas dépaysés, pour les autres le choc culturel risque d’être un peu rude. Il faut avouer que la réalisatrice ne fait rien pour rendre son film accessible. Malgré la multiplication des clins d’œil, ceux-ci ne sont guères fédérateurs. Godard, les Monty Python, Alan Vega, Daniel Johnston, autant de personnalités de la culture populaire d’avant-garde, pas forcément des chouchous du commun des mortels. Une fois posé l’élitisme guilleret d’Attenberg, la vision du film s’avère une expérience assez unique, souvent hilarante tout autant que glaçante. Vaste parodie d’un certain cinéma d’auteur complaisant, l’œuvre égrène tous les clichés : cancer, Oedipe, identité sexuelle, autisme social, dépucelage glauque, tout y passe. Mais sur le mode de la blague, de l’humour noir jamais sordide. Il faut voir l’héroïne affronter la mort imminente de son père en gesticulant sur le kitschissime Be Bop Kid de Suicide pour bien comprendre le sens très particulier du burlesque ici mis en place. Scandant le rythme du film, on trouve aussi de petites scènes hommages au Ministère des Démarches à la Con des Monty Python. Oui, oui. On croise encore des humains en proie à des comportements animaliers impromptus, sorte de référence dégénéré et hautement comique aux grandes heures du Living Theatre des années 70. Par instant, le doute nous étreint : et si telle scène était sérieuse ? Mais immédiatement une réplique, un geste, une musique, viennent nous rappeler la nature bouffonne d’Attenberg. Un traitement aussi radicalement décalé désarçonne complètement avant de séduire. On pourra reprocher à la réalisatrice une certaine cruauté envers ses personnages, fréquemment ridiculisés. On y lira plutôt une critique virulente des tics du cinéma d’auteur nombriliste, ici bousculé au-delà du grotesque. La performance d’Ariane Labed (récompensée au Festival de Venise) mérite toutes les louanges, tant la jeune actrice se donne corps et âme dans cette expérience démente, par ailleurs d’une grande beauté formelle.
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Arrietty, le petit monde des chapardeursde Hiromasa Yonebayashi
C’est un film parfait. Une histoire minuscule à propos d’êtres minuscules, une aventure en miniature sur quelques mètres. Arrietty est une œuvre infime où naissent des émerveillements immenses et une émotion gigantesque. Tout ici crie le nom de Miyazaki (producteur et scénariste), dans sa veine la plus épurée. Au début on pense au méconnu Kiki la petite sorcière, bien vite c’est le chef-d’œuvre Totoro qui se pose en figure tutélaire. On y retrouve la même innocence inquiète, la même douceur, le même sens du détail d’un quotidien idéalisé.
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Love, et autres droguesde Edward Zwick
La comédie romantique n’est pas le genre le plus novateur du monde, mais c’est un des plus populaires. Comme dans le cinéma d’horreur, on se contente souvent de peu. Un peu de frisson, deux ou trois scènes gores, tout ça. L’équivalent avec les passages obligés du « ils s’aiment un peu, beaucoup, plus du tout, oh et puis finalement ils s’adorent ». Love et autres drogues est un fond de tiroir particulièrement lamentable, d’autant qu’il se rêve plus malin que la moyenne. Problème : il fait tout à l’envers. De la vulgarité totalement déplacée pour être dans l’air du temps (une Pyjama Party qui ferait honte aux frères Farrelly). Un sujet de société traité par-dessous la jambe (c’est au contraire une véritable pub pour l’industrie pharmaceutique). Une dose de clichés romantiques usés jusqu’à la corde (Love Story encore et toujours). Un couple de stars en vogue (faut avouer qu’ils sont tous les deux impeccables). Le pire ? Situer l’histoire en 1996 et ne jamais cesser les références grossières à l’époque pour mieux flatter un public nostalgique (« Ah ouais, délire, on écoutait ça dans les années 90 ! »).
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Thorde Kenneth Branagh
Le marasme Marvel se confirme avec cette énième présentation d’un futur membre des Avengers. Le succès du sympathique Iron Man (de loin le meilleur film de cette laborieuse mise en place) a donc fait plus de mal que de bien au monde des super-héros. De Marvel, il ne faudrait finalement retenir que les univers « parallèles » que sont ceux des X-Men (surtout le second et le First Class) et des Spider-Man de Sam Raimi (surtout le second aussi). Mais dans le cas de Peter Parker, nous aurons déjà droit à une remise à zéro l’année prochaine, probablement pour pouvoir faire intervenir l’homme-araignée dans… les Avengers. Il ne reste plus qu’à espérer la naissance d’une franchise vraiment marrante et spectaculaire. Mais rien n’est moins sûr.
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Alicede Jan Svankmajer
De Jan Svankmajer on connaît surtout les courts-métrages d’animation qui, de Tim Burton à Terry Gilliam, ont influencé plusieurs générations de cinéastes. Ce n’est qu’au bout de 24 années de pratique du petit format que le réalisateur tchèque s’est lancé dans l’aventure d’Alice, son premier et plus célèbre long-métrage. Sorti à l’origine en 1988, cette relecture du classique de Lewis Carroll en est paradoxalement l’une des plus fidèles. L’illustration n’appartient qu’à Svankmajer et à sa passion pour le surréalisme, mais le texte est en grande partie suivi avec une plaisante acuité. Certes, le chat du Cheshire manque à l’appel, mais on appréciera que, au contraire des versions Disney et Burton, il n’y a pas ici de confusion avec De l’Autre Côté du Miroir. Il ne s’agit que d’Alice au Pays des Merveilles, transformé en un huis-clos quasi horrifique.
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Attack the Blockde Joe Cornish
Mine de rien, la bande d’Edgar Wright est en train de prendre d’assaut le cinéma de divertissement des années 2010. Formée autour de l’excellente série Spaced, cette fine équipe ne cesse de grandir en influence et en qualité. D’abord il y eut Shaun of the Dead et Hot Fuzz, puis Scott Pilgrim pour Wright, Paul pour Frost et Pegg, à présent Attack the Block pour Joe Cornish. Et à la fin de l’année, nouvelle étape de la consécration, ils contribueront tous au Tintin de Steven Spielberg (Pegg et Frost comme comédiens et Wrigh et Cornish comme scénaristes). Leur secret ? Un mélange drôle et dynamique d’hommages au cinéma qu’ils adorent et un dynamitage de ce même cinéma. Dans Attack the Block, Cornish fait sa fête à John Carpenter, AlienS et les Goonies. Le crime est presque parfait.
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Captain Americade Joe Johnston
C’était déjà le cœur de ma critique de The Green Hornet : y en a marre des origines de super-héros ! Y en a marre des films qui ressemblent à des bandes-annonces et qui s’achèvent plus ou moins là où ils devraient commencer. Dans le cas de Captain America, on entre dans le domaine de la frustration pure et dure. Plutôt malin et sympathique lors de sa première moitié, le film file ensuite à toute vitesse en devenant sa propre publicité, diluant tous les enjeux quitte à les expédier par la fenêtre. Avant de se terminer en négation de lui-même et en un énième teaser pour des Avengers dont on n’attend finalement plus grand-chose. Autopsie d’une occasion manquée.
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La Grotte des Rêves Perdusde Werner Herzog
C’est l’allégorie de la caverne de Platon, mais inversée. Renvoyé à sa vacuité, le philosophe qui méprisait l'art peut retourner maugréer dans son coin. La vérité est relative et finalement les ombres qui dansent sur les murs sont peut-être plus essentielles que les êtres qui les produisent. Des dessins sur des parois, figés par les millénaires, qui content la naissance de l’humanité. Des squelettes d’animaux disparus depuis des âges immémoriaux, qui ont fait corps avec la pierre, qui ont fusionné avec la Terre. Un vaste livre, un film d’avant le cinéma, un récit qui s’est transcrit pendant des dizaines de siècles, il y a de cela plus de 30 000 ans. La nature vue par l’esprit des premiers hommes, la création de l’art, les œuvres originelles, jamais décrites comme naïves ou obsolètes. Sous la caméra de Werner Herzog, les peintures rupestres de la grotte Chauvet se révèlent aussi importantes que n’importe quel chef-d’œuvre moderne. Elles le sont peut-être même davantage, vestiges d’une vision de l’univers qui nous échappe aujourd’hui.
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La Planète des Singes : les Originesde Rupert Wyatt
Hasta la victoria siempre ! César le chimpanzé est aussi poilu que le Che, mais autrement plus sympathique. Dans cette biographie filmée qui se voudrait prophétique, mais surtout apocalyptique, on découvre les jeunes années d’un leader révolutionnaire. Orphelin, surdoué, cloitré, éveillé à l’adolescence aux tourments de son peuple, il guidera celui-ci vers la liberté. Freeeeedom !!! Tout le monde pourra se reconnaître dans la métaphore. Les indiens d’Amérique, les noirs réduits en esclavage, les peuples et les minorités opprimés en général. Mais comme presque tous les humains ont eu droit à leur(s) film(s) prônant la tolérance, Hollywood a décidé d’étendre son champ d’action et de s’adresser à des peuplades pas encore franchement concernées par les problèmes identitaires. Comme ça, le jour où les singes se révoltent, on leur montrera ce film en disant : « Cool, les mecs, on est vos potes depuis toujours, la preuve. » Malin.
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Super 8de J.J. Abrams
Paulde Greg Mottola
Deux hommages aux émerveillements cinématographiques des années 80. Deux approches similaires sur le papier et radicalement différentes au final. Attention, le meilleur n’est pas forcément celui qu’on croit. Avec Super 8, on est dans la reconstitution historique. Steven Spielberg produit, mais se pose comme grand démiurge, comme lorsqu’il reluquait avec grande attention les copies des petits Joe Dante, Robert Zemeckis ou Barry Levinson. Bref, Spielberg semble se rendre hommage à lui-même. A part pour les inénarrables effets de « lens flare » (des halos lumineux partout à l’écran) et un déraillement de train qui rappelle le crash de l’avion du pilote de Lost, impossible de savoir si c’est J.J. Abrams qui réalise ou Tartempion. Sa mise en scène, très pro, sans bavure et donc sans grande imagination, ne fait que reprendre les figures Spielbergiennes avec un amour non feint. On a même droit à la séquence de destruction massive, complètement injustifiée à part pour nous rappeler le génial 1941. Si la première partie de Super 8 n’est pas dénuée de ce charme à l’ancienne, elle n’aboutit nulle part. Prévisible, étrangement froid, le film tente bien d’esquisser les sentiments mais laisse de marbre. La conclusion vire au ratage intégral. Aucune empathie n’est créée avec la menace, qui s’est avérée bien trop monstrueuse (surtout pour un film pour mômes). Le retournement de situation attendu arrive trop tard et le final vire à la parodie. De même, certains éléments immanquables passent à la trappe (le meilleur ami du héros et rival en amour ne participe même pas à la fin du film !). Reste donc le début du métrage avec ses adorables gosses qui se prennent pour des cinéastes en herbe. L’hommage aux débuts de Spielberg, en particulier l’épique Firelight qu’il tourna en Super 8 dans son jardin, est savoureux. L’interprétation des enfants est parfaite, en particulier la déjà fanée et magnétique Elle Fanning. Mais on reste malheureusement loin du cœur, la nostalgie n’étant pas ici suffisamment forte pour effacer les tares d’une œuvre très ambitieuse mais bancale. A comparer avec le dessin animé Monster House sorti il y a quelques années, avec les mêmes intentions et autrement plus de piquant et d’innocence.
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Mes Meilleures Amiesde Paul Feig
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The Womande Lucky McKee
Il arrive parfois, malheureusement très rarement, qu’un film d’horreur se révèle à la fois vraiment atroce et vraiment intelligent. Qu’il dépasse le cadre du choc et de la provocation pour servir un propos plus élevé. Si, de surcroît, ce film repousse les limites du genre, secoue et interroge tout en créant le traumatisme, le terme de chef-d’œuvre n’est pas galvaudé. C’est le cas avec The Woman de Lucky McKee, déjà auteur de May, très célébré en ces lieux. Il faut remonter à The Descent, et surtout à The Devil’s Rejects, pour retrouver la même puissance alliée à une réelle profondeur.
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The Tree of Lifede Terrence Malick(3/3)
Dans la seconde partie de ma critique de The Tree of Life je m’étais attardé sur certains aspects liés à la réception du film. A présent il est temps de conclure (provisoirement, sans doute) en revenant à l’essentiel : pourquoi est-ce que j’aime autant ce film ? Triomphe de la subjectivité, cri du cœur, peu importe les autres, il n’y aura plus que The Tree of Life et moi. Une manière aussi de répondre à l’insulte la plus répandue aujourd’hui dans les avis cinématographiques, celle qui suppose qu’on aime certains films parce qu’on est un (prenez votre souffle) : mouton-intello-bobo-snobinard-parisianiste-gaucho-droitdelhommiste (on respire). Bref, interdiction d’encenser certaines œuvres, quelles qu’elles soient, et surtout d’en parler sans le quota minimum de fautes d’orthographe. D’accord, j’exagère encore, on va me répondre que c’est l’inverse, qu’on n’a pas le droit de ne pas porter aux nues ce que les intello-journaleux-parisiano-UMPS ont décrété comme étant l’Evangile. La bonne blague. Peu de films auront été aussi conspués cette année, aussi bien par les spectateurs que par la presse, que The Tree of Life. Fin des hostilités, place à la bienveillance.
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Jane Eyrede Cary Fukunaga
La formule pour un film « d’art » est finalement aussi bien calibrée que celle d’un blockbuster. Avec cette nouvelle adaptation du Jane Eyre d’Emily Brontë, on voisine avec la « qualité Weinstein » que j’évoquais pour Le Discours d’un Roi. On prend un réalisateur étranger auteur d’un ou deux films remarqués (ici Cary Fukunaga, célébré pour Sin Nombre). On lui adjoint des acteurs en or (Mia Wasikowska, Michael Fassbender, Jamie Bell et l’indéboulonnable Judi Dench). On entoure ce beau monde d’une équipe technique parfaitement rodé. Et c’est parti pour une production made in BBC impeccablement emballée. C’est très beau, très bien fait et prévisible de la première à la dernière image tant, à un flashback près, le film colle au court roman.
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Harry Potter et les Reliques de la Mort (parties 1 & 2)de David Yates
Je l’avais écrit en préambule de la critique du sixième volet, cela fait bien longtemps que les spectateurs peu ou pas intéressés par l’univers d’Harry Potter n’ont plus besoin se déplacer en salles à chaque nouveau chapitre. Les adaptations cinématographiques du sorcier à lunettes existent en tant que bonus luxueux à la lecture des livres. C’est du cadeau sur mesure pour les fans. Avec de vraies surprises et des trésors, mais aussi de longs trous noirs. Revenons un instant en arrière avant d’en finir.
Nous en arrivons au septième et dernier livre, scindé en deux pour les besoins de l’adaptation cinématographique. Au-delà des rentrées d’argent supplémentaires qui ont sans doute essentiellement motivé ce choix, il faut reconnaître qu’il s’avère judicieux. La première partie est dédiée au désespoir croissant des protagonistes et développe une impressionnante sensation d’angoisse et de fin du monde. On est à la limite du survival post-apocalyptique. Qu’il est bien loin le temps des enfantillages de la Chambre des Secrets, maintenant on meurt pour de vrai. C’est en constatant le chemin parcouru depuis les premiers films qu’on est d’autant plus touché par la tonalité étouffante du film. La narration, comme le visuel, tendent peu à peu à la disparition, jusqu’à une très belle scène de danse entre Harry et Hermione, désormais « seuls » au monde. Il ne leur reste presque rien, juste un petit coin de forêt invisible, un fragment d’espoir, une ambigüité entre l’amour et l’amitié, c’est tout simple, naïf et émouvant. C’est aussi le cœur d’un volet encore un peu longuet mais globalement saisissant grâce aussi à deux ou trois morceaux de bravoure (en particulier une réjouissante scène d’infiltration du Ministère de la Magie).
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The House of the Devilde Ti West
L’art de l’imitation, peut être, comme son nom l’indique, un art à part entière. Quand il est accompli avec amour, il peut même donner naissance à des œuvres dégageant leur propre personnalité malgré le poids des références. Il suffit de penser à l’incroyable The Box de Richard Kelly, imitant soigneusement l’apparence des thrillers des années 70 pour mieux déployer son univers vénéneux. Plus humble, The House of the Devil de Ti West n’en est pas moins remarquable. On a d’abord un peu peur quand débute le générique d’ouverture, décalque conforme, musique et police de caractères comprises, d’un bon vieux Carpenter du début des années 80. Double effet : nostalgie en plein dans la poire et frémissement perplexe. Va-t-on vers la parodie ? Va-t-on vers l’hommage appliqué et sans saveur ? C’est délicieux, mais on reste sur ses gardes.
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The Tree of Lifede Terrence Malick(2/3)
Depuis ma première critique, The Tree of Life a logiquement remporté la Palme d’Or du Festival de Cannes et a connu un succès relatif. Malgré tout, le rejet, parfois virulent, engendré par le film est assez hors du commun. Beaucoup d’œuvres plus difficiles d’accès sortent chaque année, chaque semaine même. Certes, The Tree of Life a attiré en salles un public peu ou pas du tout habitué à une narration et des thèmes originaux. Certes, le double marketing Europa Corp (la maison de distribution de Luc Besson) et Festival de Cannes a drainé des spectateurs qui ne savaient pas du tout à quoi s’attendre. Pourtant, comme je l’avais déjà mentionné, les œuvres précédentes de Terrence Malick, ainsi que la magnifique bande-annonce, annonçaient plus que clairement le contenu du film. Les réactions outragées et outrancières paraissent souvent motivées par des refus plus profonds, voire inconscients. Nul problème à comprendre cela, tant le propos de Malick touche certains des points les plus sensibles et tourmentés de notre esprit (enfance, culpabilité, doute, croyance, mort…). L’effet miroir, plus ou moins évident, ne peut que perturber, avant même que la forme ne nous décontenance.
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Insidiousde James Wan
Certains spectateurs sont hermétiques au cinéma de Terrence Malick, d’autres à celui de David Lynch. Pour votre serviteur, c’est l’œuvre de James Wan qui demeure un mystère. Après avoir fondé la médiocre franchise Saw, le bonhomme s’est fendu de deux navets (Dead Silence et Death Sentence) qui ont trouvé des adeptes. Il revient aujourd’hui avec un nouveau nanar de compétition, Insidious, à la fois son film le plus désolant, mais aussi le plus drôle. Composé dans sa plus grande partie d’un remake/plagiat minable de Poltergeist, cet effort déborde d’instants du plus haut comique. Le suspens s’ébauche dans les prémisses d’un Paranormal Activity de sinistre mémoire avant de rapidement céder aux effets les plus éculés, ici poussés au paroxysme du grotesque (« Ah mon Dieu, y a un gothique caché dans ma chambre ! »). Il faut ajouter un méchant sosie du Darth Maul de la Menace Fantôme qui se révèlera un clone arthritique de Freddy Krueger mâtiné du Jeepers Creepers, dont le réalisateur ne fait strictement rien. De séances de spiritisme ridicules en verbiage ésotérique sans intérêt, Insidious pourrait nous endormir sans mal... Heureusement, l’humour l’emporte. Des séquences du style « Ah mon Dieu, un ptit gueux fait des claquettes dans mon salon, j’ai peur ! », en passant par l’attaque d’Helena Bonham Carter période Tim Burton, ne peuvent que nous tirer des sourires, voire de francs éclats de rire. Très content de lui, James Wan va jusqu’à citer son ineffable Dead Silence et en reprendre plus ou moins le final. Tant qu’à faire. Au point où il en est. Mais seulement après avoir versé dans l’hommage involontaire au Pedo Bear du net avec une photo de Darth Maul dansant un twist endiablé avec un gamin en pyjama. Cela ne s’invente pas. Au milieu du marasme, les comédiens s’avèrent tous nuls, et il faut voir les pauvres Patrick Wilson et Rose Byrne lutter avec les scènes de caractérisations les plus indignes (« Tu n’es jamais là, tu fuis comme tu as toujours fui ! »). La réalisation de James Wan est toujours aussi toc, avec tremblement, flashes et autres routines dignes d’un vieux clip de Marylin Manson. Souvent proche de la série Z, le film ne mériterait pas qu’on soit aussi méchant avec lui s’il n’était pas mis en avant comme un grand moment de cinéma fantastique. Dans un genre qui a vu la création des Innocents, de La Maison du Diable ou plus récemment de Dark Water et de L’Orphelinat, difficile de prendre au sérieux ce machin sans la moindre once d’originalité et dont le dernier quart d’heure ressemble à s’y méprendre à la visite du Manoir Hanté de Disneyland. Oui, présenté ainsi, ça peut créer l’effroi… |
X-Men : First Classde Matthew Vaughn
On pourrait aller à l’essentiel et ne pas développer inutilement ce qui ne mérite pas vraiment d’être expliqué : X-Men First Class est le meilleur film (et de très loin) de la franchise X-Men au cinéma. C’est même la meilleure adaptation Marvel (à égalité avec le Spider-Man 2 de Sam Raimi). Il renvoie toute la trilogie, plus ou moins chapeautée par Bryan Singer, au rang de vaste blague. Même le second opus, qui a des qualités, paraît très fade en comparaison. Il faut dire qu’il y a enfin un vrai metteur en scène aux commandes : Matthew Vaughn. Celui de Stardust (son sommet, bien aidé par Neil Gaiman) et celui de Kick-Ass (une relecture carrément supérieure à la BD complaisante de Mark Millar). Résultat ? Vaughn saisit les X-Men à bras-le-corps, tranche au maximum dans les besoins de continuité et signe une sorte de « reboot » idéal. Dans un monde parfait, les X-Men repartiraient de là. De ce plaisant mélange entre James Bond, thriller politique 70’s, bricolage 80’s et films de super-héros des années 90. Le spectre des genres couverts par First Class est impressionnant et sans doute un peu trop ambitieux, surtout que le film a été accouché dans la douleur. Mais peu importe, le résultat à l’écran est formidable. Avec de vrais enjeux et, enfin, de vrais acteurs, Vaughn parvient à faire exister sa ribambelle de héros aux pouvoirs plus ou moins grotesques. Même Banshee et Havoc nous semblent plus familier que cette endive de Storm au bout de trois longs-métrages.
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The Tree of Lifede Terrence Malick(1/3)
The Tree of Life, le voir une première fois c’est laisser la graine entrer dans notre cœur. A présent le film va grandir, murir, avec les années, avec nous. Rien de ce que je vais écrire ne peut vous préparer à ce que vous allez découvrir. L’expérience cinématographique pure qui nous rappelle pourquoi nous aimons tant cet art et pourquoi il nous émerveille encore. Dans le nouvel opus de Terrence Malick, les images vraiment symboliques n’occupent qu’une toute petite partie du métrage, l’essentiel est un récit d’enfance, des plus intimes, et condensé sur l’espace d’un été. Par fragments, par petites perceptions, les sensations nous renvoient à nos propres souvenirs. Largement autobiographique, suprêmement Proustien, le film est tout aussi personnel qu’universel. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, il semble contenir toute l’existence en une fraction de temps. Après avoir traversé les millions d’années en quelques minutes, le récit adopte le rythme de la vie elle-même. La durée s’allonge, et d’ellipses en ellipses finit par se figer, jusqu’à l’éternité. The Tree of Life demande notre abandon, il fait corps avec nous. Il fait écho à notre histoire, notre apprentissage, nos conflits, nos regrets, notre vécu. S’il est une œuvre de cinéma à rapprocher évidemment de The Tree of Life, c’est Le Miroir d’Andréi Tarkovski, avec lequel il partage son thème principal et des plans entiers. Mais Malick, comme le réalisateur Russe, rêve d’un film total et en appelle autant à la musique qu’à la littérature, la science, la philosophie, la peinture ou même la danse. Rarement un film aura paru autant en mouvement, et tout aussi prêt à s'arrêter dans la contemplation. La caméra ne cesse de virevolter à toute vitesse, avant de monter lentement entre les branches des arbres. Tout ici est du niveau d’évocation des dernières minutes du Nouveau Monde (peut-être les plus belles du 7e art, rappelons-le). L’ambition est logiquement vaine, et le metteur en scène ne le sait que trop bien, mais l’essence est présente à chaque plan. Il est ainsi facile d’être écrasé par Th Tree of Life. Le film nous rend humble, nous renvoie à nos limites, nos peurs et nos faiblesses. Il demande le même travail d’interprétation, ardu, passionnant, théologique, que le Requiem de Mozart, que le retable de Grünewald ou que l’Ethique de Spinoza. Les réactions de rejet tombent sous le sens, comme toujours face aux chefs-d’œuvre exigeants. Mais quelle puissance immédiate ! Quelle richesse ! Mais aussi quelle douceur, pour ce qui est l’œuvre la plus apaisée de Malick, la somme de tout ce qu’il a raconté précédemment et peut-être une ouverture vers une nouvelle étape de sa carrière.
"Guide us...to the end of time..."
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Dream Homede Ho-Cheung Pang
Un drame social, voyez-vous. Une femme opprimée psychologiquement par le rêve capitaliste de posséder son propre appartement, dans un beau quartier de Hong-Kong, avec vue sur la baie. Ce n’est pas un film communiste pour autant, même si l’histoire s’écrit en rouge. En rouge sang. Un drame social sur fond de pré-crise. Une plongée dans l’esprit d’une demoiselle qui vacille. Flashbacks sur flashbacks, narration qui s’éclate, pour toujours revenir au soir du crime. Des crimes. Une boucherie, un massacre. Histoire de faire baisser la valeur des appartements dudit immeuble rêvé. Malin. Même si peu finement exécuté. Charcuterie. Gore ignoble. Un drame social inspiré d’une histoire vraie. Cela pourrait être votre affligeant film français (ou britannique) de la semaine. Mais non ! Pas parce que le trash se déverse à flot dans une fantaisie souvent hilarante par sa verve grand-guignolesque. Non, des films d’horreur « sociaux », on sait faire en France. Enfin, on essaie. En vain. Mais bon, on sait que ça existe. Si on ne voit pas de Dream Home dans notre gentil pays c’est avant tout parce que le film est beau. Le metteur en scène est un « show off », comme on les aime. Des plans tarabiscotés, des filtres partout, une haute définition à tomber à la renverse. De la première à la dernière image, Dream Home a une vraie gueule de cinéma, une vraie gueule de vrai film. Le plus formidable ? Il ne sort même pas en salles chez nous. Directement en DVD. Comme Room in Rome, comme The Fall, comme Southland Tales. Des œuvres sans doute indignes de polluer quelques salles de MK2. Le message est clair : si vous aimez le cinéma, restez chez vous ! Mais peu importe, en fait, un bon film reste un bon film, quels que soient le lieu, le support et l’occasion. Dream Home est remarquable, joliment porté par l’actrice Josie Ho et sa coupe piquée à Eleanor Friedberger. L'estomac bien accroché, il vaut mieux avoir. On y ressent les mêmes frissons dégoûtés et heureux que devant les plus ludiques exactions du genre. Avec un prime un cerveau (suintant), un cœur (perforé), des tripes (sur le parquet) et une vraie gueule de cinéma. Que demander de plus à une bonne tranche d’horreur ?
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Sucker Punchde Zack Snyder
C’est la Grande Evasion des Dindes. Panique au poulailler. Chicken Run, mais sans humour, sans scénario, sans personnage, sans mise en scène, sans rien. Comment rater des scènes impliquant un mécha lancé dans un univers de nazis steam punk, un dragon joliment conçu ou un évident plan séquence spectaculaire de combat contre des robots vindicatifs ? Comment se viander en choisissant pour emblèmes des nymphettes en guêpières et porte-jarretelles ? Comment louper le classique hymne au rêve et à la volonté ? Il faut sans doute le voir pour le croire, mais Zack Snyder y parvient totalement. Tout Sucker Punch confine à la nullité. Les propositions restent à l’état de possibilités ruinées par une histoire consternante, des protagonistes inexistants, une mise en scène d’une laideur indicible (et bien souvent illisible) et en particulier des choix musicaux voisinant avec le crime contre l’humanité. Déjà douteuses par le passé, les tendances musicales de Snyder se dévoilent ici dans toute leur ignominie. Les Beatles, les Stooges, Eurythmics, Jefferson Airplane, Queen et même les Pixies se font copieusement uriner dessus par des reprises purulentes qui donnent envie de vomir par les oreilles.
"Cot, cotcotcot, coooot, cot cot !"
A lire aussi : un chef-d'oeuvre pasolinien sur Sucker Punch car c'est bon de rire parfois.
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True Gritde Joel & Ethan Coen
Pour ressentir toute la grandeur de la dernière œuvre des frères Coen, il faut sans doute avoir une certaine tendresse pour le western. Comme il l’avait fait pour le cinéma des années 50, avec en particulier Miller’s Crossing, Le Grand Saut mais surtout avec The Barber, les Coen se penchent sur le western pour en tirer la quintessence. C’est donc une tension entre les figures attendues du genre, forcément taillées dans les images d’Epinal (dans la caricature, diront certains) et le style des frangins. On y retrouve donc leur goût pour la digression un peu absurde, leur gestion si particulière de la durée, leur passion pour le minimalisme spectaculaire qui ne fait que renforcer l’impact de chaque choc. Bref, la partition est classique, millimétrée, prévisible en somme. Sa réussite n’en a que plus de mérite.
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127 Heuresde Danny Boyle
Comment l’esprit humain réagit-il dans les situations extrêmes ? Le sujet a souvent été traité dans le cadre des films de guerre et des films d'horreur, genres si proches. Dans 127 heures, le contexte est à la fois beaucoup moins dramatique et d’autant plus réaliste. Un enchaînement de petites conneries et voilà l’homo sapiens lambda pris au piège de la nature tout autant que de sa propre bêtise. Pas vraiment plus malin qu’un autre, ni plus intéressant, juste physiquement assez résistant, l’anti-héros de 127 heures bascule peu à peu dans l’animalité réclamée. Survivre, en son corps mais aussi en son esprit, coûte que coûte. Sur des bases de huis-clos, Danny Boyle refuse le minimalisme et s’adonne à ses jeux psychédéliques habituels. Pas de craintes à avoir, ce ne sera pas la pyrotechnie fumeuse d’un Gaspar Noé, Boyle est avant tout un conteur. Il prend certes le contre-pied de son formidable Slumdog Millionnaire, finit la fuite, ici la privation de liberté est plus concrète. James Franco essaie bien de s’évader en suivant les divagations de son esprit, quitte à s’offrir des vignettes niaises avec l’endive Clémence Poésy. Tout le ramène à son point fixe, son rocher, son bras, les besoins immédiats, de plus en plus pressants. Le vrai méchant de 127 heures c’est le corps humain, dans sa fragilité, dans l’attention qu’il réclame, dans sa facheuse tendance à nous rappeler notre mortalité. C’est un crescendo, souvent désamorcé par le cabotinage de Franco, calqué sur le protagoniste d’origine. C’est un contre-la-montre sans véritable suspens mais qui fonctionne à l’effroi lancinant, à la douleur primitive. L’instant attendu, celui de la mutilation, fait mal, verse dans le cauchemar gore. Qu’importe alors que Boyle cède ensuite à la sentimentalité pesante, il nous a fait approcher une expérience monstre, voisine du tout aussi remarquable Touching The Void de Kevin MacDonald. |
Detective Deede Tsui Hark
Pour comprendre l’amour que je voue à Tsui Hark, autant vous référer à la page que je lui ai dédiée lors de la création de ce site (en 1998) et aux quelques mots accompagnant ma revisite de sa filmographie en 2011. Comme ça, à l’image du cinéma du génial hongkongais, nous allons nous passer de longues présentations et plonger dans le vif du sujet. Comme s’il avait été épuisé par la fureur créatrice de Time and Tide et Legend of Zu, les années 2000 furent rudes pour Tsui Hark. Malgré les beaux restes de Seven Swords, ses deux œuvres suivantes méritent d’être gentiment passées sous silence. Pour, peut-être, se redécouvrir un jour… Mais sonnez trompettes et faites battre tous les tambours de la ville, car Detective Dee marque le retour au sommet du meilleur réalisateur de la planète.
Au début, on s'émerveille du grandiose de l'univers proposé (la statue géante de Bouddha, joliment réaliste), puis on s'amuse des quelques clins d'oeil à la mode des "Experts". Bien vite on retrouve les plaisirs qu'on ne connaissait que chez Tsui Hark. La vitesse, l'inventivité, la manière de mêler magie et réalité, petite et grande histoire. Et, contrairement à Zhang Yimou, le réalisateur se plie au pouvoir Chinois mais en levant le poing. Le héros est un ancien rebelle qui ne se range que par obligation morale et non par geste politique. A l'image du cinéaste, Detective Dee préfère rester en marge, vivre dans l'ombre. Il est le plus grand des héros, mais il refuse tout honneur et toute forme de concession.
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Black Swande Darren Aronofsky
L’artiste qui se sacrifie au service de son art. La mort comme achèvement ultime, comme création absolue. Depuis The Fountain, ce thème parcours l’œuvre de Darren Aronofsky. Ici, en apparence, l’auteur s’assagit. Finies les métaphores psychédéliques, finis les catcheurs kitchs, place à la traditionnelle ballerine. On craint ainsi le remake bruyant des Chaussons Rouges (cité discrètement au détour de quelques plans). Puis on redoute le slasher bas de plafond, quelque part entre Brian De Palma (on pense à Carrie) et Dario Argento (la chambre de Natalie Portman pourrait presque sortir de Suspiria). Mais non. Après avoir évacué tous les clichés et lieux communs, Aronofsky fait table rase pour revenir à l’essentiel : l’intensité.
En état de grâce, Natalie Portman fait oublier des années de rôles médiocres et fades pour subir la même transformation que son personnage. Elle ne joue plus le cygne noir, elle est le cygne noir. Le réalisateur n’a pas son pareil pour emmener ses œuvres au-delà du niais et du prévisible par la seule force de sa mise en scène. Toutes les facilités, toutes les évidences qui précédent sont balayées par la puissance du drame, la passion qui s’en dégage, le goût de perfection qu’il nous offre. La partition romantique de Tchaïkovski n’appelle pas à la demi-mesure, elle ne peut qu’inspirer le majestueux, l’excès, l’éclat. Ce qui donne par ailleurs l’occasion à Clint Mansell de nous offrir une nouvelle bande originale remarquable.
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