- Neu : 1 / 2 / '75

- Neutral Milk Hotel : In The Aeroplane Over The Sea

- The New Pornographers : Twin Cinema

- Nico : Desertshore

- Plaid : Not For Threes

- Michel Polnareff : la compilation

- Michel Polnareff : les Premières Années

- Porno For Pyros : Good God's Urge

- Portishead : Dummy / Portishead

- Queen : Innuendo

- The Ramones : Loco Live

- Lou Reed : Street Hassle

- Renaud : l'Absolutely Meilleur Of

- The Residents : The Third Reich Rock'n'Roll

- The Shangri-Las : Mymirdons Of Melodrama

- Slint : Spiderland

- The Slits : the Peel Sessions

- The Slits : Cut

- The Smashing Pumpkins : Adore

- Sonic Youth : Washing Machine

- Phil Spector : Back To Mono

- Bruce Springsteen : Darkness On The Edge Of Town

- Bruce Springsteen : Nebraska

- Suicide : Suicide

- The Sundays : Reading, Writing and Arithmetics

- Supergrass : I Should Coco & In It For The Money

 

  - Neu! : 1 / 2 / '75 (72/73/75)   

        Figure majeure du Krautrock et du rock progressif des années 70, le duo allemand de Neu! est sans aucun doute l'un des plus influents de son époque, et bien sûr encore de nos jours (de Sonic Youth à Aphex Twin en passant par Joy Division, on entend du Neu! partout). Même ce petit malin de Quentin Tarantino a réussi à glisser un des morceaux de Neu! 2 sur la BO de Kill Bill Volume 1. 

        Le premier album de Neu! est un classique taillé dans le marbre, encore peu électronique et respectueux de certains canons "rock". Mais dès son ouverture mythique, Hallogallo, le disque envoûte par la richesse de ses climats. Avec peu de choses, Neu! construit des cathédrales. Comme sur l'étonnante errance "ambient" avant l'heure de Sonderangebot. Avant de partir pour un voyage onirique sur Weissensee. Sur le sublime Im Glück, on jurerait entendre tout le Selected Ambient Works 2 d'Aphex Twin avec 20 ans d'avance. Negativeland est peut-être le morceau le plus connu du premier Neu!. C'est sans doute le plus immédiatement impressionnant. Avec sa basse conquérante et ses larsens de guitare tournoyants, culminant sur un final d'une intensité rarement égalé dans le monde du rock. Enfin, l'expérimentation apaisée Lieber Honig, touchante et inquiétante à la fois, conclue ce pur chef-d'oeuvre.

        Neu! 2 n'est pas moins légendaire. La première moitié est d'une rare sophistication, améliorant les percées musicales et émotionnelles du premier album, essentiellement avec le grandiose Forever qui ouvre le disque et qui n'a pas que peu influencé un groupe tel que Tortoise. Ce tour de force s'enchaîne sur le très violent et franchement industriel avant l'heure Spitzenqualitat, qui s'effondre sur le vent glacial de Gedenkminute. Lilac Angel est un rock effroyable, agressif et d'une bizarrerie sans limites, posant les bases des futurs hymnes quasi punks du troisième album. Après le crescendo terrifiant de Lilac Angel, la deuxième moitié de Neu! 2 débute. Maltraité par sa maison de disques, le duo vise la provocation en offrant des versions accélérées ou ralenties de certaines chansons. Ainsi Neusachenee est d'abord présentée en 78 tours. Super sera lui carrément proposé en 78 et en 16 tours par minute. Ironiquement, le résultat de ces pieds-de-nez est passionnant et impressionnera durablement les auditeurs de Neu! 2. Il faut dire que la rythmique en folie des versions 78 tours ou l'aspect effroyablement gothique de Super 16 ne cesse de ravir. Il n'empêche que sur cette seconde face il y a aussi Hallo Excentrico! et une version "normale" de Super qui laissent bouche bée. Neu! 2 s'affirme donc comme extrêmement novateur et se refuse à prendre la moindre ride.

        Neu! '75 débute de manière aussi apaisée que Neu! 2 était violent. C'est le gracieux Isi, frère siamois des oeuvres de Kraftwerk (l'un des membres de Neu! a d'abord fait partie de Kraftwerk), qui ouvre l'album. Une petite perle d'une grande beauté. Aussitôt suivi par la perfection "prog" de Seeland, qui erre à la poursuite d'un thème sublime. Puis, pendant 9 minutes oniriques, Leb' Wohl déroule un univers enchanteur, entre bruits de vagues, piano délicat et voix lointaine. La seconde face de Neu! 75 surprend immédiatement en retrouvant les accents de Neu! 2. En particulier sur l'épique Hero, étonnant rock déclamé à la manière d'un John Lydon ou d'un Kurt Cobain, bien avant ces messieurs... E-Musik est plus traditionnel mais parvient à captiver pendant 10 courtes minutes. Enfin, Neu! '75 s'achève sur un autre rock à la manière de Hero, l'impressionnant After Eight. Conclusion idéale pour cette trilogie d'albums, tous aussi rigoureusement indispensables à toute discothèque idéale.

 

 

   - Neutral Milk Hotel : In The Aeroplane Over The Sea (1998)

        Face à l'oeuvre de Jeff Mangum, sous le nom de Neutral Milk Hotel, il n'y a que peu de place pour la demie-mesure. Les tièdes seront vomis, la prophétie est ainsi écrite. Soit on ne parviendra même pas à dépasser les trois premières chansons de In The Aeroplane Over The Sea, soit on ira jusqu'au bout, plusieurs fois d'affilées, avec une passion sans cesse grandissante. D'où le statut généreusement culte de cet album, outrageusement méconnu de ce côté de l'Atlantique. Car ceux qui aiment In The Aeroplane Over The Sea, l'aime plus que tout. Ce disque est une drogue, une drogue dure, une drogue qui dure, qui coule dans nos veines comme le liquide délicieux et acide qui semble jaillir à chaque seconde de ce chef-d'oeuvre à nul autre pareil. 

        Acide, la musique de Neutral Milk Hotel l'est, essentiellement par la voix de Jeff Mangum, c'est elle qui porte l'émotion. L'accompagnement des deux sommets bouleversants de l'album, Two-Headed Boy et Oh Comely, est pour le moins discret. A peine une guitare acoustique pour le premier, une guitare acoustique juste secondée aux 3/4 du morceau par une section de cuivres mourants sublimes. Donc, la messe est dite. Si vous ne supportez pas la voix de Jeff Mangum, fort particulière il va sans dire, vous ne survivrez pas aux huit minutes dix-huit secondes de Oh Comely. Et cette voix, divine ou atroce, tout cela est tellement subjectif, chante des paroles étranges, surréalistes, parfois douloureuses, d'un érotisme cru, souvent déchirantes, d'une poésie hors normes. 

        Sur le reste du disque, la musique navigue entre fulgurances acoustiques et surcharges sonores grandioses et ludiques qui ne sont pas sans rappeler les meilleures heures des Flamings Lips ou de Mercury Rev. On pourra aussi largement évoquer Pavement et The Olivia Tremor Control (groupe dont Mangum a fait partie). Mais aucune comparaison ne rend grâce à cette musique épidermique, nerveuse, dense. Qui navigue entre saturation sonore et saturation émotionnelle. Il est à présent grand temps pour vous de découvrir Neutral Milk Hotel et In The Aeroplane Over The Sea.

 

 

        The New Pornographers - Twin Cinema

        Il advient parfois des moments où l'on est plus sensible aux oeuvres d'art. Des périodes où l'on a besoin, consciemment ou inconsciemment, d'être transporté, où l'on recherche ce frisson qui transcende, où l'on voudrait être charmé par une découverte accueillante. On attend sans attendre, on s'y attend sans être forcément prêt. On laisse couler les premières mesures entraînantes de Twin Cinema sans voir venir la déferlante. On se dit que voilà du pop-rock de belle facture, que notre dose d'énergie sonique va être servie sur un plateau d'argent, c'est déjà bien, c'est déjà beaucoup. Les deux premiers albums du groupe, solidement formé autour d'A.C. Newman, aussi créateur d'un excellent album solo en 2004, étaient déjà très réussis, du moins on y découvrait des perles flamboyantes au sein d'un magma inégal mais hautement adorable. Bref, on ne pouvait oublier le mirifique The Laws Have Changed présent sur Electric Version et on espérait croiser une poignée de perles de ce niveau. Mais on ne voulait pas croire au chef-d'oeuvre, pas déjà, pas encore.

        Dès que A.C. Newman laisse le micro à la chanteuse de country "alternative" Neko Case, fidèle partenaire des New Pornographers, sur The Bones Of An Idol, c'est l'extase, la révélation, la lumière divine qui s'allume au fond du placard où nos oreilles prennent la poussière. Le groupe a tout compris a ce qui fait le prix d'une grande chanson immédiatement inoubliable, en particulier au niveau de l'évolution spectaculaire de la musique au fil du morceau, le plus brillant des exemples étant sans doute The Bleeding Heart Show, plutôt proche d'un certain idéal jouissif, à la droite du Dreaming de Blondie. Tout débute en douceur avec la voix de Newman, un petit piano, une rythmique lointaine, la voix de Neko Case qui vient soutenir discrètement, puis la chanson prend son essor, gonflant ses ailes, les voix s'entremêlent, et au bout de deux minutes, les guitares prennent l'assaut, les choeurs se font généreux et le rythme devient compulsif. C'est la déferlante, le tremblement de terre, le débordement mélodique, Neko Case raconte n'importe quoi ("we have arrived to late to play the bleeding heart show"), mais peu importe, c'est gigantesque, incommensurable, un final qui dure la moitié de l'oeuvre. The Bleeding Heart Show est l'équivalent musical d'une demoiselle gironde qui s'offrirait à danser dans nos bras. Soudain on comprend enfin la véritable signification de l'intrigant patronyme du groupe...

        La magie de Twin Cinema fait durer cette danse libertine tout au long de l'album, sans temps mort. Avec des slows, tel le gracieux These Are The Fables, des hymnes rock'n'roll comme le single Use It, des brutalités presque punk (The Jessica Numbers), des objets inclassables d'une sensualité voluptueuse (les circonvolutions indécentes de Falling Throught Your Clothes), des cavalcades euphorisantes qui donnent envie d'aimer (Sing Me Spanish Techno), un funk branlant et titillant (Three or Four), des ballades à reprendre autour du feu de camp (Streets of Fire), et un final qui voisine avec le pompeux pour mieux prendre la clef des champs (Stacked Crooked, dotée de la plus belle gâterie jamais entonnée par Neko Case, un "whooooooooooo" qui donne à croire que les fées existent). The New Pornographers se moquent des étiquettes, mettent des cuivres là où il faudrait des cordes, de l'écho quand on s'attend à de l'acoustique, des ruptures rythmiques enivrantes, de la complaisance pour la luxure mélodique. On leur pardonne tout, on se prend de passion pour leurs audaces, pour leurs largesses, pour leur fraîcheur stimulante. Twin Cinema s'installe dans le lecteur de CD, prend ses aises, refuse les habitudes et s'impose durablement, définitivement, séducteur infaillible de nos radieuses journées.

 

 

 

    - Nico : Desertshore (1970)

        Nico, la plus belle femme du monde qui détestait la beauté. Sans elle, pas de Siouxsie Sioux. L'histoire de Nico ne se limite ni à la musique, ni au cinéma, et il faut avoir vu le superbe documentaire Nico Icon pour commencer à saisir tout ce qu'elle a pu représenter (et tout ce qu'elle représente encore). Principalement connue pour avoir posé son incroyable voix dés-enchantée sur les plus belles chansons du premier Velvet Underground (Femme Fatale, All Tomorow's Parties, I'll Be Your Mirror), Nico a aussi signé de son nom (mais avec l'aide de grands artistes, dont John Cale et Lou Reed), une poignée de chefs-d'œuvre, tous aussi indispensables les uns que les autres. Chelsea Girls, The Marble Index, Desertshore et The End, essentiellement, toute discothèque idéale se doit de les posséder. Si j'ai choisis Desertshore, c'est parce qu'il incarne la quintessence de l'univers torturé, étrange, "brisé" de Nico. Certes, John Cale joue un rôle des plus importants, mais sur une chanson comme My Only Child, c'est la voix qui fait tout, qui surgit tel un fantôme médiéval, une âme en peine, personne ne peut rester de marbre. Et l'on sait que tout ici respire une sincérité bouleversante. Je le disais plus haut, Siouxsie lui doit tout ou presque, c'est flagrant sur les premiers albums des Banshees. C'est sûr, si vous cherchez des musiques pour danser, pour vous amuser ou pour aller à la plage, passez votre chemin. Par contre, si vous n'avez pas peur du grand frisson, si vous cherchez des chansons "habitées", des morceaux débordant d'âme, vous ne pouvez pas ignorer Nico, l'un des personnages les plus attachants, les plus tragiques et les plus romantiques du 20e siècle.

 

 

- Plaid : Not For Threes (1997)

        Avec le I Care Because You Do d'Aphex Twin, ce que la techno "intelligente" (c'est à dire pas dansante) a produit de meilleur. Cet album est tout simplement fabuleux. Et surtout il contient LE morceau qui clouera définitivement le bec aux détracteurs de la musique électronique : le sublime Rakimou, ni plus ni moins que le plus beau morceau sorti en 1997 (cela tombe bien, Not For Threes étant le meilleur disque sorti en 1997). Le reste de l'album est du même niveau. Des rythmiques destructurées qui partent dans tous les sens, des mélodies qui se faufilent délicieusement dans un dédale de sonorités inédites, des voix sorties de nulle part qui virevoltent (Myopia) ou se fondent dans un univers électroniquement magique (Extork). C'est du très très grand Art. Prague Radio est peut-être ce que l'on a fait de plus génial dans l'univers de ce style de musique. Et Ol est le morceau techno le plus pur depuis Trans Europe Express. Il y a une véritable Magie dans ce Not For Threes. C'est un disque drôle, riche (inépuisable, oui !), émouvant, léger et complexe à l'extrême. Primordial pour toutes, mais vraiment toutes, les discothèques.

WarpNet

Ma page Not For Threes

 

 

        - Michel Polnareff : la compilation(1991)

    Entre 1966 et 1972 (aller, disons 1975) et sa séparation d'avec lui-même, Polnareff fut les "fab four" français à lui tout seul. Sur cette double compilation (36 titres, rien que du top), c'est effarant. Polnareff a une voix inhumaine, divine. Ses mélodies sont phénoménales. Ses textes sont poétiques en diable. Souvent c'est sublime (Goodbye Marylou, On Ira Tous Au Paradis, Qui a Tué Grand Maman, Le Roi des Fourmis, Le Bal des Laze, Lettre à France, Âme Câline, Fame à la Mode, Love Me...) et, à part ses trucs des années 80 qui logiquement sont ceux qui ont le plus mal vieilli (le synthé et la batterie Indochine ne pardonnent pas), tout est parfait. Le mieux, bien sûr, c'est d'avoir les albums, mais cette formidable compilation s'avère le strict minimum indispensable. Non, c'est clair, les chansons de Polnareff valent bien celles des Beatles, la voix angélique et les textes géniallissimes en plus. Attention quand même, c'est très addictif et une fois qu'on est lancé, on a bien du mal à décrocher. A noter : le coffret Les Premières Années ,où l'on trouvera trois disques plein à ras-bord de génie (avec en particulier des monuments absents de la compil tels que Mes Regrets, Tous les Bateaux Tous les Oiseaux, Un Train Ce Soir, Pourquoi Faut-Il Se Dire Adieu...), se révèle bien plus indispensable que cette compilation assez bancale.

 

 

    - Michel Polnareff : Les Premières Années (1997)

        Un coffret regroupant sur 3 CD tous les premiers albums et 45 tours de Michel Polnareff. En gros tout ce qu'il a pu créer entre 1966 et 1972. N'y allons pas par quatre chemin, tout tient du chef-d'œuvre. Le seul artiste français de l'époque à avoir pu longuement rivalisé avec les anglo-saxons. Certes, il y avait aussi Gainsbourgh, mais finalement son génie était plus épars (malgré l'impressionnant Melody Nelson). Même si on est loin de la poésie absolue de Brassens, Polnareff s'impose comme l'un des rares très artistes populaires de la musique française de la seconde moitié du 20e siècle. La force de Polnareff ce sont bien sûr des mélodies hallucinantes de grâce, des textes audacieux qui se jouent des mots et des sentiments et surtout des expérimentations parfois étonnantes (écouter au hasard l'incroyable Dame Dame ou Computer's Dream). Polnareff sait aussi passer de l'amour à la trivialité, du rire aux larmes avec une malice sans pareille. Parfois déchirant (Mes Regrets, Jour Après Jour, Pourquoi Faut-Il Se Dire Adieu, Dans la Maison Vide), parfois cartoonesque (Y a qu'un Ch'veu, Ring-a-Ding, le fantastique Né Dans un Ice-Cream), parfois percutant (le Bal des Lazes, L'Oiseau de Nuit), souvent prêt à créer des chansons pop parfaites (Love Me, Please Love Me, L'Amour Avec Toi, Le Roi des Fourmis, Tout Tout Pour Ma Chérie...), n'hésitant jamais à tutoyer les étoiles (Ame Caline, Holidays, Qui a Tué Grand  Maman), Polnareff accumule les chansons merveilleuses avec une facilité apparente totalement déconcertante. Si le coffret en lui-même n'est pas très beau (mais bon, c'est Polnareff...) et si les visuels des albums et des singles sont représentés de manière microscopique, l'achat se révèle rigoureusement vital. Que vous aimiez la chanson française ou non, que vous aimiez la pop ou non, les premières années de Michel Polnareff font intégralement partie de la discothèque vraiment idéale. Et quelle voix, bon sang, quelle voix !

 

- Porno For Pyros : Good God's Urge (1996)

        Perry Farrell est dingue, mais vraiment dingue. Depuis Jane's Addiction on le savait déjà et il l'a plus que confirmé avec son Porno For Pyros. Ce deuxième effort sous le nom de PFP est en quelque sorte l'apothéose Farrell (et le meilleur album sorti en 1996 par la même occasion). Il n'y a pas grand chose à dire sur ce disque inclassable, qui ne ressemble pas à grand chose et qui remet tout le monde en place. Lorsque l'on a écrit une chanson comme 100 Ways ou Tahitian Moon, on peut mourir tranquille. Bien sûr Good God's Urge est un disque de drogué (Bali Eyes), de psychotique (l'hallucinant Freeway), de barge au dernier degré (le hurlement de saxo sur Wishing Well, l'une des plus belles retranscriptions de la folie sonore, les choeurs sortis des Beach Boys (Brian Wilson ? Où ça ?). En clair c'est un Monument que l'on visite avec crainte, admiration, respect, émerveillement permanent. On s'extasie devant la simplicité apparente d'un Kimberly Austin comme devant la complexité d'un Good God's/Urge ! En fait il faut écouter pour comprendre.

 

 

 

    - Portishead : Dummy / Portishead     

        Les deux albums du meilleur groupe de Bristol, ensembles car aussi bon l'un que l'autre et tout à fait complémentaires. Tout d'abord, pourquoi Portishead est-il un plus grand groupe que Massive Attack ? Parce que sa musique vieillit moins vite, parce que la voix de Beth Gibbons est phénoménale, parce que c'est moins auto-complaisant et donc bien moins ennuyeux, parce que les chansons sont plus belles. Rien que ça... Sur Dummy rien à jeter, tout est extraordinaire. Le groupe se réservant même de sublimes petits morceaux tout en douceur (It Could Be Sweet, Wandering Star, It's A Fire) qui parachèvent le chef-d'oeuvre. Sur l'album éponyme, on s'aperçoit rapidement que l'option est plus dure, plus sombre, plus agressive. La voix de Beth fait peur, tout est acide, tout sonne tourmenté. Et pourtant c'est aussi magique que Dummy. Certaines chansons sont phénoménales (All Mine, Mourning Air, Only You, Elysium...). Et dans l'ensemble c'est aussi excellent et marquant que Dummy. Certes, c'est un peu toujours la même chose, et alors ?

 

 

 

    - Queen : Innuendo (et tout le reste)

        Comme 95% de la population mondiale, j'ai été fan de Queen. Simplement, j'ai du être un poil plus fans que certains. Résultat j'ai tout simplement encore aujourd'hui ni plus ni moins que 35 disques (c'est pas énorme mais je ne suis pas si vieux que ça quand même) de Queen (et 6 de Freddie Mercury), 11 vidéos, 7 bouquins (mais vrais bouquins pas des magazines à 20 balles) et une foultitude de produits dérivés plus ou moins rares. ce qui signifie que je sais à peu près tout sur Queen, de Smile au 24 novembre 1991, et que j'aurais très bien pu faire un site web entièrement dédié au groupe (mais bon il y en a déjà tellement). Je suis une encyclopédie Queen et je connais la moindre de leur face B, la moindre petite version japonaise qui diffère de l'originale, l'intégralité dans l'ordre des chansons interprétées à Wembley en 86, etc... Et je ne renie pas cela, foulala non ! Tout ce que je sais à l'heure actuelle c'est que je connais tellement par coeur les albums de Queen que dès que j'essaie d'en écouter un j'ai l'impression de l'avoir déjà écouté la veille. Ca fait peur quelque part. Et je n'ai jamais été très objectif avec Queen. J'aime tout et j'en suis fier. J'aime aussi bien Queen II que Hot Space (et toc !), je craque autant sur The Miracle que sur News Of The World. Donc je n'ai pas un choix particulier à faire, pas même dans les chansons puisque j'adore la moindre bêtise chantée par Mercury (ah !! Mister Bad Guy !!!). Bon, j'avoue que pour un certains nombres de raisons plus sentimentales les unes que les autres, Innuendo demeure mon Queen fétiche. Il me semble le plus riche, le plus émouvant (évidemment), l'un des plus ludiques aussi, le plus Queen quoi. Innuendo, la chanson est quand même une certaine idée de la perfection. Et lorsque l'on ose dédier une folie telle que Delilah à son chat, je ne peux que m'incliner : fan de Queen j'étais, fan de Queen je resterais. Et dans 20 ans je craquerais toujours autant face au Show Must Go On.

 

 

   - The Ramones : Loco Live (1991)

        Là, j'en vois d'ici qui lèvent un, voire même deux, sourcil(s) interrogateur(s). Loco Live ? C'est loin d'être le plus fameux live des Ramones et puis en plus, un live des Ramones, c'est pas du suicide, quelque part ? D'une part, non ce n'est pas un suicide, loin de là, c'est même le contraire ; et c'est un concert fabuleux... 32 titres, 32 tubes, ça dure 70 minutes, le morceau le plus long fait 3 minutes pile (c'est Rock'n'Roll Radio, c'est dire si on pardonne la "durée"), le plus court fait 48 secondes. Ca va à toute vitesse en permanence, tout est expédié dans la précipitation totale et ceux qui voudrait découvrir le groupe avec ce disque risquent d'avoir un peu de mal. Mieux vaut débuter avec l'incontournable premier (et meilleur) album des Ramones. Et pourtant ce live a quelque chose d'indispensable. Je ne sais pas si c'est l'énergie à la fois dévastatrice sans oublier d'être mélodique, ou tout simplement l'accumulation d'hymnes monstrueux (Teenage Lobotomy, Blitzkrieg Bop, Sheena is a Punk Rocker, Pet Semetary, I Don't Wanna Walk Around With You, Pinhead, Beat On The Brat, Judy Is A Punk...). Enfin bon bref, suivant les écoutes c'est soit fatiguant, soit dynamitant. Pour ma part c'est le 2e cas de figure qui domine largement. Un des meilleurs lives de l'histoire. Et cela ne vous dispense pas d'acheter le All The Stuff And More volume 1, qui contient les deux premiers albums du groupe, aussi indispensables que London Calling ou que le premier Velvet Underground (pour bien situer la chose).

 

 

        - Lou Reed : Street Hassle (1978)

        Bien sûr le chef-d'oeuvre de Lou Reed en solo c'est Berlin, et pas loin derrière il y a New York et Transformer. Mais que tout cela est classique, que tout cela est routinier. Mon Lou Reed favori, contre vents et marées, c'est Street Hassle. Pas de production impeccable comme dans Berlin, pas de procédés usités comme dans New York, pas de Bowie ricanant dans les coulisses comme dans Transformer. Non, Street Hassle est le fameux "album punk" de Lou Reed. Et c'est monstrueux. Rien ne sonne juste, Reed semble être (et il était) drogué jusqu'aux yeux, tout respire la méchanceté crasse, la misanthropie et le sordide. C'est même l'un des disques les plus sordides qui soit, le plus sordide de ce pourtant habitué de la chose qu'est le Lou. Tout semble se barrer en couilles, tout n'est que dissonances et rock'n'roll vraiment trash (et pas thrash, musique de lopettes, d'ailleurs, à côté de monstruosités comme Dirt ou Leave Me Alone). Du Rock fatigué, du Rock dans le caniveau, du Rock dans les toilettes les plus craignos de la Factory. Et pourtant il y a le long et magique Street Hassle, brillamment écrit, magnifiquement mis en musique, l'une des perles de la carrière de Reed. Il y aussi les tout simplement magiques Shooting Star et Wait. Mais cela ne suffit pas à tirer Street Hassle de ses ténèbres d'arrière-salle de bistrot enfumé et délabré. Lou Reed touche le fond, jamais plus il ne retrouvera le génie apocalyptique de cet album monstre, c'est donc son plus grand disque.

Ma page Street Hassle

 

 

    - Renaud : l'Absolutely Meilleur Of(2000)

        Vous connaissez sans doute la fameuse distinction entre les gens qui ont un cœur et ceux qui n'en ont pas. Je vais vous donner un bon moyen de distinguer très facilement et très rapidement ces deux types de personnes. Asseyez l'être humain que vous voulez tester dans une pièce calme, sur un siège agréable (mais c'est facultatif), puis faites-lui écouter la dernière piste du CD 1, la 15. Mistral Gagnant. Si la personne reste de marbre, parle d'autre chose, plaisante, rigole, s'énerve, s'endort, est bien embarrassé pour vous, c'est clair, le cœur ne lui a pas été placé en série sur la chaîne de montage. Par contre si la personne reste rêveuse, que son regard s'embue, que les mots lui manquent, voire qu'elle ne peut s'empêcher de verser une inévitable larme. Alors, voilà, vous avez trouvé quelqu'un qui a un cœur, un vrai, un qui bat, un qui marche. Et c'est sans doute pour cela que cette double compilation est à ce point vitale à toute discothèque. Parce que c'est de l'émotion et de la sincérité par tonnes. Peut-être faut-il avoir été jeune dans les années 80, je ne sais pas, peut-être. Mais toutes ces chansons sont si drôles, si tristes, si vraies, si dures, si tendres. Certes ce n'est pas tout à fait Brassens (mais j'ai bien peur qu'on ne puisse jamais égaler Brassens), mais par moment... oh que oui... On touche les étoiles. Oui, Renaud on l'a caricaturé, c'est le symbole d'une époque, mais maintenant que le temps a passé, que la nostalgie joue à fond, que l'on peut se replonger dans la beauté simple de tubes fanés, on redécouvre, on se souvient, on est bouleversé. Et, il faut l'avouer, facilement la moitié des chansons de cette compilation pourront faire sortir le mouchoir des gens qui ont quelque chose qui fonctionne entre les deux poumons. "Pourquoi c'est toujours les ptits chats et jamais les hommes qui tombent des toits ?"

 

 

 

    The Residents : The Third Reich Rock'n'Roll (1976)

        Les mystérieux pères spirituels du KLF font partie de ces grands manipulateurs du rock'n'roll. Souvent considéré comme leur chef-d'oeuvre, The Third Reich Rock'n'Roll est un concept-album foutraque qui massacre une trentaine de standards pop plus ou moins célèbres (de James Brown aux Beatles en passant par les Rolling Stones) dans un délire sonore ininterrompu (deux morceaux en tout et pour tout, pour les deux faces du vynile : Swastikas On Parade et Hitler Was a Vegetarian). Mais des milliers de bruitages stupides ou inquiétants, des chants dissonants, des bribes de n'importe quoi au loin... Au-delà de la provocation de l'assimilation de la musique pop à du fascisme, The Third Reich Rock'n'Roll, à force de faire n'importe quoi, finit par inventer des expériences sonores jamais entendues ailleurs auparavant, ni depuis. Follement brillant, d'une intelligence parodique qui ne finit pas de surprendre et d'une richesse incroyable, The Third Reich Rock'n'Roll est un excellent moyen d'entrer dans l'univers des Residents, avant de s'attaquer à d'autres perles telles que Eskimo ou God In Three Persons.

 

- The Shangri-Las : Mymirdons Of Melodrama

 

 

    - Slint : Spiderland (1991)

        Peut-on encore écouter du métal quand on a plus de 20 ans ? La réponse est oui, quand ce métal possède la classe de l'album ultra-culte de Slint, Spiderland. Mais cette musique, tortueuse, tourmentée, qui inspirera plus que largement un groupe tel que Tools de nombreuses années plus tard. Cette musique, donc, peut-elle être qualifiée de "métal" ? Non, certes, non. Son ambiance lourde, ses rythmes angoissés et pesants, ses guitares souvent tranchantes, tendent vers le métal le plus sophistiqué et le plus intense. Mais l'univers de Slint ne se laisse pas aisèment cataloguer et la légende affirme que chacun des membres du groupe a connu un internement en hôpital psychiatrique avant, pendant ou après l'enregistrement de cet album. 6 morceaux, 6 errements douloureux, fascinants, parfois étouffants, sans doute difficiles d'accès, mais offrant une récompense à la hauteur de l'ambition de l'auditeur. Car Spiderland est peut-être le plus touchant des disques de métal des années 90.

 

 

    - The Slits : The Peel Sessions (1977 - 1981)

        Que l'on aime ou non leur unique album officiel, Cut, on ne peut nier l'importance primordiale qu'ont eu les Slits sur le rock post-punk. Un groupe de filles avec autant de force, de talent et d'audace, cela ne pouvait que faire école. Plusieurs générations de girls enragées citent les Slits comme exemple, de L7 à Bikini Kill en passant par les Breeders. Mais il faut bien reconnaître que l'on voit mal ce qui lie L7 et les Slits à l'écoute de Cut, album bien plus Reggae que Punk. La solution est ailleurs (pour Dames, bien sûr). En effet, entre la formation du groupe en 1977 et la sortie de l'album en 1979, le son des Slits a totalement changé. Les premiers témoignages sonores et visuels le confirme : les Slits étaient à leur début un monstrueux combo punk-hardcore brutal et jouissif. Pour retrouver cette étincelle qui peut, encore aujourd'hui, mettre le feu aux poudres, il faut écouter ces Peel Sessions. Si les trois derniers morceaux, enregistrés en 1981, sont de longues jams Reggae/Funk assez discutables (même si foutrement bien fichues), les sept premiers titres du disque sont des bombes. De vraies bombes. Les versions de Love und Romance, New Town ou Shoplifting, tous les trois présents sur Cut, sont incroyables d'énergie et de folie. Les Slits étaient en train de tout révolutionner, apportant une terrible féminité exacerbée, décomplexée, hystérique et enjôleuse à un univers à l'époque exclusivement masculin (à part les Banshees, et encore). A l'écoute de ces Peel Sessions, on se rend compte à quel point Love und Romance, New Town et Shoplifting ont leur place aux côtés de Fast Cars, White Riot et autres Blietzkrieg Bop, dans le panthéon des singles les plus explosifs de la période. Formidable, au sens littéral du terme.

 

    - The Slits : Cut (1979)

         Parmi les grands oubliés de la meilleure période musicale de cette fin de siècle, les Slits peuvent figurer en bonne place. On se souvient parfois d'elles pour avoir été un groupe de filles dans la tourmente punk, ce qui n'est déjà pas si mal, mais on oublie souvent leurs œuvres musicales qui valent pourtant leur pesant d'or. Pour les Slits, ce n'est pas difficile, il y a la Peel Session très punk et leur unique album, Cut, très reggae, très clashien donc. Je parle de Cut en particulier parce que c'est un disque presque totalement enterré qui tient encore extrêmement bien la route, surtout à notre époque où l'on semble découvrir avec émerveillement certaines horreurs de Public Image Limited. Voyons, voyons, on préférera toujours les Slits à John Lydon. Il suffit d'écouter juste une seule fois les merveilleux Instant Hit, Shoplifting, Newtown (bon OK ça sonne très Clash, et alors ? Vive les Clash au féminin !), Adventures Close To Home... Peut-être le meilleur groupe entièrement féminin de l'histoire du rock, ce n'est pas rien !

 

 

   - The Smashing Pumpkins : Adore (1998)

        J'étais déjà très fan de leur gargantuesque Mellon Collie, mais là on touche au sublime avec Adore. Les Smashing ont signé le meilleur album de Depeche Mode de tous les temps. Non, sans blague, on sent bien l'influence de DM mais aussi de Cure (comme d'habitude, quoi) et il y a une terrible qualité mélodique pour lier tout cela. Rien à jeter, tout est grandiose. Non, décidément, on s'en était déjà aperçu avec les We Only Come Out At Night et autre By Starlight de l'album précédent, mais Corgan ne réussit bien que dans le domaine de la ballade toute simple. Adore regorge de perles de ce style : To Sheila, Once Upon A Time, Crestfallen, The Tale Of Dusty and Pistol Pete, Annie-Dog, For Martha (sublime, digne des meilleurs moments de Disintegration, c'est dire !), Blank Page... Et lorsque que Corgan s'essaie aux rocks électroniques torturés, c'est tout aussi excellent (Ava Adore, Tear, Pug...). Incroyable mais vrai, Adore est l'un des plus fabuleux recueils de mélodies de cette décennie. De loin le meilleur album des Smashing Pumpkins et un futur classique. Si cela avait été le premier (ou deuxième album) du groupe, avant le succès quoi, on aurait crié au chef-d'oeuvre, au génie, etc... Et bien il n'est pas trop tard. Avec ce disque, Corgan a laissé les U2 et autre R.E.M. très loin derrière, en faisant copuler avec brio Cure, Suicide et les Beatles.

 

- Sonic Youth : Washing Machine (1995)

        On a tous son petit Sonic Youth fétiche (enfin il parait qu'il y aurait des gens qui n'aimeraient pas Sonic Youth, grand bien leur fasse). Ca pourrait être un Evol précurseur, un Whitey Album "gigantesque", un Daydream Nation reconnu comme un Classique, un Goo plus abordable mais pas moins génial, etc... Je cite toujours Washing Machine en premier. Il n'y a pas de raison particulière. Comme il n'y a pas de véritable meilleur album de Sonic Youth. C'est toujours la même chose, après tout. Plus (Daydream Nation ou Sister) ou moins (Goo et Dirty) mais c'est toujours le même système. Le style Sonic Youth doit à peu près tout au Velvet Underground, il ne faut pas se le cacher. C'est toujours un peu European Son et surtout Sister Ray (avec un peu de Femme Fatale pour la voix de Kim Gordon). Mais on marche et on en redemande. Washing Machine n'apporte pas grand chose de nouveau, le principe est connu, il est efficace et il est merveilleusement bien utilisé. Un peu de Daydream Nation (Junkie's Promise, c'est Eric's Trip), un peu de Goo (No Queen Blues). Et beaucoup de pur Sonic Death. Mais tout est excellentissime. Washing Machine est sans problème l'une des meilleures "chansons" du groupe. Unwind est une perle plus Velvet que jamais. Little Trouble Girl est une balade déjantée et très "Loaded" que l'on pourra trouver, suivant les écoutes, soit délicieuse soit insupportable. Panty Lies est juste génial. Et les quasi 20 minutes de The Diamond Sea sont un plaisir pour pervers, une sucrerie pour tous ceux qui connaissent par cœur Sister Ray dans ses moindres larsens, une grande pièce sonique pour malade des tympans, la mer de diamants qui fait la différence immédiatement entre les fans de Sonic Youth (qui s'en délectent) et les autres (qui s'enfuient en hurlant avant la moitié).

 

 

    - Phil Spector : Back To Mono(1958-1969)

        Dans toute ma discothèque idéale, je ne conseille jamais de disques "à gros investissements", d'une part parce que le prix du disque est toujours dans l'ensemble exorbitant et d'autre part parce que bien souvent les meilleurs albums sont à prix cassés (des Clash aux Talking Heads en passant par les Pixies et Neil Young). Mais là, il faut absolument faire une exception à la règle. Il s'agit d'un coffret. Quatre disques (5 vinyles pour les puristes absolus), un livret hallucinant et un badge (?!?). Bon, ça c'est juste l'emballage, on n'est pas là pour collectionner les trucs qui rendent les potes jaloux, on est là pour la musique. Et bien justement, j'ai gardé le suspens suffisamment longtemps (en particulier pour ceux, encore trop nombreux, qui ne savent pas qui est Phil Spector (ou ceux qui sont bourrés de préjugés, mais ceux là on les emmerde)). Ce qu'il y a dans ce coffret ce n'est pas n'importe quelle musique, c'est LA musique. Phil Spector est un producteur (un peu compositeur sur les bords et totalement mégalo/démiurge/génial pour le reste), un producteur de la grande époque des défricheurs en tout genre (des Beatles aux Beach Boys). Phil Spector, comment le présenter mieux ? Hum... C'est le héros de Brian Wilson, c'est celui qui se cache derrière le plus grand disque de Noël de tous les temps (ne rigolez pas, franchement. Vous n'avez jamais entendu Frosty The Snowman sonner plus "rock" que du Ministry ? Et bien le Christmas Album est aussi dans ce coffret), c'est celui qui a inventé un son à jamais unique (The Wall Of Sound, ça ne vous dit vraiment rien ? Oh quand même !), celui qui a été parmi les premiers à donner à la musique populaire (la pop music, quoi) ses règles fondamentales. Tout en explosant ces mêmes règles à longueur de tubes. Car des tubes il y en a, des tonnes, des montagnes (River Deep Mountain High, justement, par exemple, vous savez, l'une des fameuses "la plus belle chanson du monde", quand Tina était encore avec Ike et que ça dégageait plus que tous les hard rocks du monde). Parce que ce qui marque le plus avec le Wall Of Sound, c'est que tout cela sonne à la fois terriblement mélodique (rien n'est plus mélodique que ce que contient ce coffret) et incroyablement puissant, incroyablement "rock'n'roll" (sans rire, please...). Tout est beau à en pleurer. Et tout ce qui s'est fait de bien pendant et après dans le genre (des Beach Boys à Blondie en passant par Eels (si, si, je vous assure !)) ne peut cacher sa dette envers ce malade de Phil Spector (qui produira, plus tard, en particulier, le fabuleux End Of The Century des Ramones). Je précise quand même, car il le faut, que tout cela n'a aucun rapport avec l'easy listening ou avec un quelconque kitsch. On écoute ce Back To Mono comme on écoute Doolittle ou London Calling, une Œuvre fondamentale dans l'histoire de la musique du 20e siècle (et sans doute du siècle suivant, aussi, au moins). Phil Spector faisait de la pop, du rock, de la soul, de la teen music, du punk et que sais-je encore ! Tout est là, et même plus. Back To Mono est la fierté essentielle de toute discothèque vraiment idéale.

    Note : On demande parfois ce qu'est le "rock'n'roll", on cherche à définir à la fois le son, l'esprit, l'essence du rock. Et bien dans ce coffret je crois que l'on peut trouver la meilleure des réponses. Disque 3, piste 11, River Deep Mountain High. Tout est là. On ne peut pas faire plus "rock" que ce Monument. Alors, pour mettre la pression aux malchanceux/chanceux qui n'ont jamais entendu cette chanson (l'une des dix meilleures du 20e siècle, une paille...), je les préviens que croiser l'Idée (avec une majuscule, l'Idée platonicienne) du Rock'n'Roll n'est pas une expérience dont on revient (si on en revient) sans séquelles.

Phil Spector`s Wall Of Sound

Ma page Back To Mono

 

 

    - Bruce Springsteen : Darkness On The Edge Of Town (1978)

        Souvent occulté par les triomphants Born To Run et Born In The USA, par le fondamental The River ou par le pur chef-d'œuvre du Boss, Nebraska ; Darkness On The Edge Of Town est à redécouvrir. Car c'est un recueil de chansons formidables. Certes l'effet de surprise n'est plus aussi présent (quoique...) et certes il y a quelques petites choses inégales ici et là. Mais dans l'ensemble, il ne faut pas en douter, ce disque est indispensable. De l'ouverture grandiose de Badlands au rock intense de Adam Raised A Cain ou de Streets Of Fire, en passant par les instants magiques de Something In The Night, Candy's Room ou de la chanson titre. Darkness On The Edge Of Town ne faiblit jamais. C'est un concentré de l'énergie et de l'humanité de Springsteen. Et, bon, le petit plus qui fait de ce disque un chef-d'œuvre, c'est bien sûr Racing In The Street. Nebraska hors concours, Racing In The Street est la plus belle chanson du Boss. Tout y est, la peinture prolétaire lyrique, le culte de la voiture naissant du désœuvrement, le temps qui passe, les petits détails qui font les histoires bouleversantes, la voix déchirante, la musique entre silences élégiaques et montées pleines d'espoir...

 

- Bruce Springsteen : Nebraska (1982)

        Chef-d'oeuvre d'émotion et de sensibilité, Nebraska est non seulement le meilleur album du Boss mais aussi l'un des meilleurs disques du siècle (carrément). Tout y est parfait, bouleversant, sincère et fascinant. Nebraska est un reflet de tristesse absolue enregistrée sur un 4 pistes par un Springsteen absolument seul. Les textes sont incroyables (celui de Highway Patrolman a même inspiré à Sean Penn son très beau Indian Runner) et les mélodies simples et magiques. Loin des arrangements discutables de ses albums habituels, le Boss délivre, avec sa guitare accoustique et son harmonica, une certaine idée de la pureté (on dirait du Brassens). Mais derrière ce dépouillement musical se cache un album très très sombre, désespéré et franchement bouleversant. Du Serial Killer par ennui de Nebraska aux souvenirs d'une enfance pauvre (Mansion on the Hill, Used Cars) en passant par des errances nocturnes soit habitée par l'énergie du désespoir (Open All Night) soit par une folie oppressante très proche du premier Suicide (State Trooper), ou par les histoires émouvantes (et c'est un euphémisme) de Highway Patrolman et du traumatisant My Father's House, Nebraska ne ménage que très peu d'espoir, dissimulé au détour d'un génial Atlantic City et surtout sur le dernier morceau de l'album, le superbe Reason To Believe. Nebraska est donc un disque parfait et indispensable à absolument toutes les discothèques.

 

 

    - Suicide : Suicide (1978)

        Que dire de celui-ci ? Que tous les groupes de musique électronique cherchent depuis plus de 20 ans à revenir au point où étaient Vega et Rev dès 1977 ? Effectivement. Tout est déjà dans le premier (le seul ?) album de Suicide. Le minimalisme, la froideur, la torpeur, la violence, la terreur, l'industrialisation, la provocation, la folie, la mélodie et l'Apocalypse. Cet album est un Monstre, un Mythe, quelque chose que l'on cherche encore à comprendre sans en saisir totalement encore toute l'importance. Une oeuvre qui dépasse assez largement ses créateurs (ils voulaient faire du disco au départ, et c'est du disco, du disco de l'an 2125). Bien sûr Ghost Rider reste un classique tétanisant, bien sûr Cheree et Girl restent parmi les morceaux les plus érotiques (et malsains) de tous les temps. Bien sûr Johnny semble toujours sorti d'un cartoon de pervers sous amphétamines. Bien sûr Frankie Teardrop est toujours (et à jamais) la "chanson" la plus terrifiante du siècle. Mais il y a quelque chose de plus dans ce monument de la folie humaine. Un truc insaisissable qui fait les Chefs-d'Oeuvre, les vrais. Sans compter la version remasterisée, rééditée, etc... augmentée de bonus et surtout d'un deuxième disque live qui comporte les effroyables 23 Minutes Over Brussels. Un concert de malades qui finira en émeute et qui donne une bonne idée de ce que l'on veut signifier lorsque l'on qualifie la musique de Suicide d'agression permanente. Un album vital, carrément oui, VITAL !

 

- The Sundays : Reading, Writing and Arithmetics

 

 

    - Supergrass : I Should Coco & In It For The Money   

        Lorsque Supergrass surgit au milieu des années 90, un vent de fraîcheur souffle sur la pop britannique. En effet, les Oasis, les Suede et même les Blur sont en train de tourner en rond. Et ils manquaient sans aucun doute au paysage musical de l'époque des héritiers aux Kinks, aux Buzzcocks et aux Pixies. Ce furent les petits rigolos de Supergrass qui se dévouèrent et avec quel talent ! Leur premier album est un modèle d'énergie adolescente brute et de petites chansons défoulantes. On s'en prend plein la figure comme en 1967 ou en 1977. Grâce notamment à quelques perles fulgurantes telles que Caught By The Fuzz, Alright ou Strange Ones. L'album s'avère au final très varié, jamais ennuyeux, stupide mais jamais idiot. Et on se trouvait alors en droit d'attendre beaucoup de la suite de leur carrière.

        Et on ne fut pas déçu. Leur deuxième album, In It For The Money (titre en hommage à Frank Zappa), est supérieur à leur déjà impressionnant premier effort. L'énergie est toujours présente, mais les compositions deviennent de plus en plus complexes. Elles n'hésitent pas à virer au grandiose (In It For The Money), au bizarre (Sometimes I Make You Sad), à l'épique à guitares (le sublime Sun Hits The Sky), au mélancolique (Late in the Day), au plagiat de Frank Black en solo (Richard III)... Mais sans jamais rien perdre de leur qualité musicale. La deuxième moitié de l'album, en apparence moins aventureuse que la première partie, impressionne par la beauté de ses (petites) chansons. Going Out, It's Not Me, Cheepskate, You Can See Me et le désabusé Hollow Little Reign, forment un tout cohérent, prenant, réussi. Grand disque, encore aujourd'hui. Grand groupe, toujours aujourd'hui.

 
 
 
 
 
 
 
 
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