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Meilleur metteur en scène de la planète ?

 

           Bien, installons-nous confortablement et mettons en route la belle cassette HK de The Blade. Observons ce film comme si c'était la première fois et surtout avec l'œil d'un critique professionnel, avec le délire obsessionnel d'un étudiant en maîtrise de cinéma. Essayons d'être objectif. Cela sera bien sûr impossible, car dès les premières images du film on ne peut que craquer, fondre en larmes devant tant de beauté. Mais bon, aller, aller, essayons de ne regarder que le strict niveau de la mise en scène. Et que peut-on en conclure après un peu plus de 100 minutes de métrage ? Et bien que c'est incroyable, évidemment, que les Peter Jackson et autres Terry Gilliam ont du soucis à se faire. Et oui, la mise en scène de Tsui Hark est phénoménale, non, elle est bien plus fabuleuse que cela. Pourquoi ? Parce qu'elle d'une complexité effroyable, que le travail de montage et de post-production est tétanisant. Et surtout qu'à aucun moment la mise en scène ne prend le dessus sur l'histoire qui est racontée. Et c'est en cela que Tsui Hark est un génie absolu qui ne bataille qu'avec une petite poignée d'autres au titre de plus grand metteur en scène de ce siècle.

        Car les films de Tsui Hark sont avant tout des histoires merveilleuses, magiques, bouleversantes, souvent très drôles, toujours exemplaires, fréquemment tragiques et évidemment d'une beauté qui dépassent les mots. Avec une maîtrise que les américains peuvent lui envier, avec une intelligence d'écriture que les européens peuvent toujours continuer à chercher, avec une perfection digne des plus grands artistes, Tsui Hark a créé une œuvre cohérente, extrêmement riche, parfois inégale mais tellement foisonnante que les défauts sont noyés dans un déferlement d'images extraordinaires et de personnages fabuleux. Oui, je peux en faire trop en exposant mon admiration pour Hark, mais tant qu'il ne sera pas reconnu à sa juste valeur (et il y a encore du travail), tant que The Lovers ne sera présenté à sa place méritée de meilleur film du monde, tant que l'on ne considérera pas Green Snake comme l'acme du 7e Art, tant que les gens refuseront de reconnaître que des films comme Zu ou Once Upon A Time In China sont de très loin les plus fabuleux que l'on puisse voir au cinéma, et bien tant que Tsui Hark ne sera pas cité en exemple aux côtés de Kubrick et de Laughton, je continuerais à déverser des flots de superlatifs dans tous les sens, je persisterais dans ma destinée de Dr Wong de l'hagiographie du cinéma asiatique, alignant les métaphores enthousiastes à la vitesse des enchaînements de Jet Li.

        De Tsui Hark je suis encore assez loin d'avoir vu tous les films. D'une part parce qu'en France ils ne sont pas encore tous sortis (je parle en vidéo, bon courage pour les voir au cinéma), d'autre part parce que les DVD direct from HK ne sont pas parmi les moins chers du marché (et rien ne vaut l'acquisition du DVD dans le cas de films dont on sait très bien qu'ils feront bientôt partie de nos favoris) et ensuite parce que je manque toujours autant de temps. La filmographie suivante est relativement complète. Je dis bien : relativement. Car Tsui Hark a produit un nombre incroyable de films (dont pratiquement tous les premiers John Woo et Histoires de Fantômes Chinois, dont je parlerais aussi quelque part en ces lieux) et qu'il a collaboré étroitement à l'achèvement de certains d'entre eux. La filmographie officielle de Hark n'est sans doute en fait que la partie visible de l'iceberg. Mais les films signés de son nom sont en majorité de purs Chefs-d'Oeuvre. Les présentations détaillés des films se feront progressivement car j'ai envie de prendre mon temps pour parler de ces merveilles qui pour la plupart se trouvent très haut dans mon top du top.

 

 

        The Butterfly Murders (1979)

 

        We're Going To Eat You (1980)

 

        Don't Play With Fire (1980)

        Si la barbarie de Histoire de Cannibales était modérée par l'humour et l'excès, L'Enfer des Armes n'offre lui aucune porte de sortie. Censuré à Hong-Kong mais miraculeusement retrouvée par HK vidéo, la première version du film insiste sur l'anarchisme de ses héros et renforce l'absence de manichéisme de l'histoire. Mais la version finale n'en demeure pas moins effroyablement sombre et cruelle, réservant quelques scènes particulièrement éprouvantes et un pessimisme à toute épreuve. 15 ans avant The Blade, Hark avait déjà osé dynamiter les codes du cinéma HK et délivrait ainsi son film le plus "réaliste". L'Enfer des Armes est un tournant dans la carrière du metteur en scène qui allait aussitôt après rejoindre la voie de la comédie et du pur spectacle. Si le cynisme de l'histoire et une mise en scène finalement assez sobre, font de l'Enfer des Armes un film moins impressionnant que les chefs-d'oeuvre suivants de Hark, l'oeuvre demeure un véritable choc d'une noirceur inhabituelle.

 

        All The Wrong Clues (1981)

 

Zu2.gif (158717 octets)        Zu : Warriors From The Magic Moutain (1983)

        Si avec ce film Tsui Hark semble abandonner la folie furieuse d'Histoire de Cannibales et de l'Enfer des Armes, ce n'est vraiment qu'en apparence. Zu est un monument de délires visuels, un manga live bien souvent abstrait de part son déluge d'images incroyables montées à un rythme inhumain. 94 minutes qui impressionnent mille fois plus qu'un blockbuster hollywoodien de 2h30. Monstre cinématographique révolutionnaire, Zu ne ressemble à rien de connu dans notre univers. Symbiose entre kung fu délirant, effets visuels surréalistes, décors formidables, humour potache et autres explosions de féerie décalée, Zu est un fabuleux livre d'images, un fastueux résumé des merveilles des légendes asiatiques. Démons, vieux sages, disciples délurés, guerriers, amazones... Ils font tous partie de cette merveille absolue qui laisse le spectateur épuisé, tétanisé, dépassé mais au 7e ciel.

 

        Aces Go Places III (1984)

 

        Shangai Blues (1984)

 

        Working Class (1985)

 

        Peking Opera Blues (1986)

 

        Laser Man (1986)

 

 I Love Maria       I Love Maria (1988) (co-réalisateur)

 

A Better Tomorrow III        A Better Tomorrow III (1989)

 

        The Master (1989)

 

 Swordsman        Swordsman (1990)

 

 Once Upon A Time In China       Once Upon A Time In China (1991)         Once Upon A Time In China

 

        The Banquet (1991)

 

 Once Upon A Time In China II       Once Upon A Time In China II (1992)

        Après avoir planté le décor et le Mythe avec le premier film, Tsui Hark fait exploser les dernières limites avec cette suite phénoménale qui reste à ce jour le meilleur segment de la saga. Jet Li est extraordinaire, encore plus que d'habitude sans doute. Le film est parfait, un grand Best Of de la magie du cinéma HK. C'est drôle, intelligent, politique, impressionnant, aérien, violent, émouvant, sublime... Deux heures emplies à ras-bord de grand spectacle et de féerie, le point limite du cinéma d'action à la fois divertissant, touchant et thématiquement très riche. De l'entertainment total mais avec un vrai scénario, de vrais morceaux de réflexions dedans, un film qui écrase toute la production hollywoodienne sans même le faire exprès. Chef-d'oeuvre évidemment.

 

 

        Chess King (1992) (co-réalisateur)

 

        Twin Dragons (1992) (co-réalisateur)

 

Once Upon A Time In China III         Once Upon A Time In China III (1993)

 

Green Snake         Green Snake (1994)                 Green Snake

        Au panthéon de mes films favoris et donc de ceux qui m'ont le plus impressionné, Green Snake est très haut. Très très haut même, cotôyant The Lovers (du même Tsui Hark), Heavenly Creatures et autres Batman Returns. Objectivement, Green Snake doit être le plus beau film du monde. Je n'ai jamais vu une telle magnificence des images, chaque plan est un pur bijou esthétique. L'histoire de ces deux serpents essayant de s'intégrer dans le monde des humains est à la fois drôle, philosophique, poétique et bouleversante. La même perfection qui habite The Lovers, traverse Green Snake. Effets spéciaux réussis, décors formidables, musique de toute beauté, acteurs fantastiques, tout est sublime. Encore, et toujours, un Chef-d'Oeuvre Absolu, un des meilleurs films de l'histoire du cinéma, etc... Ce n'est même pas de la routine, car quand on pense avoir tout vu du génie de Tsui Hark, on découvre de nouvelles merveilles.

 

 

Once Upon A Time In China V         Once Upon A Time In China V (1994)

 

The Lovers                     The Lovers (1994)                                              The Lovers

        C'est mon film favori de Tsui Hark, c'est mon film favori tout court. C'est le meilleur film de Tsui Hark, c'est le meilleur film de l'histoire du cinéma, d'ailleurs, aussi. Je lui ai consacré une page très vaine, car aucun mot, aucun superlatif ne peut décrire The Lovers. C'est parfois bien difficile de ne pas savoir quoi dire pour faire comprendre qu'une œuvre est tellement sublime qu'elle en devient vitale. Donc c'est bien simple : il faut voir The Lovers.

                                         The Lovers

 

 

        A Chinese Feast (1995)

 

LoveInTime.jpg (43506 octets)                 Love In A Time Of Twilight (1995)

        On a dit de ce film qu'il était une simple exploitation du succès phénoménal de The Lovers, comme on a dit que Fire Walk With Me n'était qu'une exploitation de Twin Peaks... De l'exploitation de ce style, j'en redemande ! Dans La Nuit des Temps est un pur chef-d'oeuvre de la comédie dramatique fantastique romantique (dans le même style on pensera à The Ghost And Mrs Muir (l'autre grand rôle de Gene Tierney) ou aux œuvres d'Harold Ramis (Un Jour Sans Fin, Multiplicity)). Des comédies intelligentes, romantiques sans être totalement mièvres, bourrées de spectacles et de talent(s). Dans le cas du Tsui Hark, c'est bien simple, on retrouve le couple de The Lovers (le plus beau de l'histoire du cinéma, donc, rien que cela) dans des situations pas si éloignées des quiproquos du film précédent. Ils se croisent, se recroisent, au sein d'une histoire Fantastique originale, entre cartoon et classicisme, dynamitée par un scénario de dingue (Retour Vers le Futur à côté c'est du pipeau). Les effets spéciaux sont épastrouillants, la mise en scène comme d'habitude (géniale, sublime, etc...), c'est incroyablement drôle, ludique, touchant... on ne s'ennuie pas une fraction de seconde, Charlie Young est la plus belle actrice de la planète et, comme pour venger les Amants Papillons, Tsui Hark offre une fin délicatement optimiste... Un film parfait, même plus-que-parfait, ce qui n'est vraiment pas facile à conjuguer...

       

    Tri-Star (1996)

 

The Blade         The Blade (1996)                     The Blade

        Encore un Chef-d'Oeuvre Absolu et peut-être le film le plus dur, le plus sombre de l'oeuvre de Hark (quoique l'Enfer des Armes...). The Blade est un gigantesque résumé du génie de Tsui Hark. Personnages tragiques, situations marquantes, mise en scène de folie pure, combats hallucinants, émotion pure à tout instant, rythme endiablé, richesse inépuisable, images magnifiques, ambitions philosophiques, mythiques et romantiques parfaitement maîtrisées. Bref c'est une nouvelle fois totalement parfait. C'est l'ultime film de sabres, c'est en quelque sorte le Impitoyable du genre. C'est encore une adaptation d'une histoire très populaire en Chine, et de nouveau Hark transcende les données de base pour en tirer une œuvre crépusculaire, traumatisante et pourtant tout simplement magique. Un Chef-d'Oeuvre Absolu, je ne sais plus comment le dire, mais c'est ainsi !

 

Once Upon A Time In China And America        Once Upon A Time In China And America (1997) (co-réalisateur)

        Le dernier film en date de Tsui Hark à Hong-Kong n'est pas vraiment de sa main, mais de celle de Samo Hung. Tsui Hark est néanmoins producteur et monteur, ce qui n'est pas rien et c'est pourquoi le film porte indéniablement la marque du grand Tsui, comme il porte la main du gros Samo en particulier dans le bordel thématique final. Le 6e épisode de la saga de Wong Fei-Hung (le plus exemplaire des héros asiatiques) est un retour aux sources, grâce à la présence de Hark, mais surtout grâce à Jet Li qui reprend enfin son rôle légendaire. Si le film n'a pas la portée politique et la maestria époustouflante des 3 premiers films de la série, il n'en demeure pas moins une pure merveille. C'est en quelque sorte le western ultime. Si les américains avaient enterré le genre avec le Unforgiven de Eastwood, si Sergio Leone avait dynamité le genre en l'implantant en Italie, Hark et Hung lui offre un ultime tour d'honneur en lui appliquant les cadres des films d'action HK. C'est tout simplement fabuleux, tous les clichés du western sont présents (TOUS !) mais avec la magie des histoires et de la mise en scène HK, on ne s'ennuie pas une seule seconde, c'est extrêmement beau, c'est ludique à l'extrême, c'est grandiose. Once Upon A Time In China And America est peut-être le dernier chef-d'oeuvre du Western...

 

 

        Double Team (1997)

        Bon... Il y a une malédiction pour les cinéastes HK qui s'expatrient. Entre John Woo qui navigue entre le grotesque (Broken Arrow) et l'auto-parodie gnan gnan (Face Off) et Ronny Yu qui assure le minimum syndical (Bride Of Chucky), ce n'est pas très brillant tout cela. Le système américain n'est pas fait pour les artistes de Hong-Kong. Même les acteurs ne sont pas mieux lieu logés (Yun Fat de marbre, Li sous-exploité dans un nanar, etc...). Double Team n'est pas si nul que cela, il y a encore un génie du cadrage et du montage derrière cette série B sans éclat. Oui, c'est l'un des meilleurs Van Damme, mais cela n'a rien de très glorieux. Oui, donc, il y a bien de gros nanars dans la filmographie de Tsui Hark (un homme qui a quand même réussi à tourner 27 films et quelques en 20 ans, dont une très large majorité de très grandes réussites). Alors bon, on peut pardonner ses deux impairs ricains.

 

 Knock Off        Knock Off (1998)

        Une grosse comédie potache très lourde qui si elle avait été tournée à Hong-Kong n'aurait pas été si mal reçue par les fans de Hark. Bon c'est clair, il ne reste pas grand chose du génie de The Lovers et de The Blade à l'écran. Mais... Mais... Je préfère ce film à Matrix, par exemple. Ce qui prouve que je ne dois pas être très objectif et que ce n'est pas la peine que je m'étende plus sur le cas des deux films hollywoodiens de Hark. La bonne nouvelle c'est que depuis le grand Tsui est retourné chez lui et qu'il va donc se venger avec panache de ses deux affronts américains. Vite, vite , The Flow ! Et puis le remake de l'Enfer des Armes ! Et puis la suite de The Blade ! Et la suite de Zu !!!

 

 

    Time and Tide (2000)

        Avant Legend Of Zu, Tsui Hark est revenu au business avec ce polar "limite" qui est l'une de ses œuvres les plus palpitantes. Dans la forme, bien sûr, par son incessante inventivité visuelle et son rythme incroyable (la déjà légendaire séquence du HLM vaut à elle seule tous les McTiernan (OK, là j'abuse, mais quand même)). Mais aussi dans le fond, car en contant une histoire que l'on a déjà vu mille fois (en gros c'est toujours le système Syndicat du Crime/The Killer/A Toute Epreuve), Tsui Hark ne s'embarrasse plus des détails et joue la carte de l'ellipse. On connaît le scénar par cœur ? Alors on va trancher dans le vif pour ne garder que l'action et les pauses humanistes indispensables aux sensations et aux sentiments du spectateur. Finalement Legend Of Zu est une radicalisation de cette démarche. Plus besoin de traîner les pieds dans des scènes d'exposition ou d'explication, le spectateur comprend très bien ce qui se passe sans ; car finalement toutes les histoires ont déjà été contées. Ce qui est essentiel dans le cinéma c'est l'impact immédiat, la vie plus grande que la vie et les instants fugitifs (un regard, une ébauche de parole, une maladresse) qui émeuvent par leur spontanéité. Tsui Hark peut alors tout se permettre, les chorégraphies impossibles comme les "niaiseries" les plus niaises, la raison étant dépassée, il ne reste que les sentiments. Alors on y croit dur comme fer. Avec Legend Of Zu et Time and Tide c'est bien le grand Tsui qui aura eu la peau du cynisme. Car il est allé plus vite que lui, le tuant avant même qu'il n'agisse. Si c'est génial ? C'est bouleversant ! Parce que c'est frais, décomplexé, magique, que tout le cinéma est là. Et que c'est encore le meilleur film de l'année et que bordel de fichtre st-gris, 2001 cinématographique fera date !

 

 

The Legend Of Zu : aussi le film de l'année (toujours d'après Edwood)     The Legend Of Zu (2001)

 

 

Seven Swords (2005)

 

 

 

Liens :

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Daniel's Action Web: TSUI HARK (biography)

 

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