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L'événement cinématographique du moment se déroule en vidéo. En DVD pour être plus précis (pour une fois qu'il se passe quelque chose d'intéressant en DVD Zone 2...). Je veux bien évidemment parler de la sortie en édition collector de Dark Crystal, avec les mêmes bonus que dans l'édition Zone 1. C'est à dire : l'un des 10 plus beaux films de tous les temps dans une copie ultra luxueuse (en VO), avec bandes-annonces (en VO), Making Of d'une heure (en VO) et 7 scènes coupées (dont l'ultra fameuse séquence de l'enterrement de l'empereur Skekses). Si vous avez un lecteur de DVD, vous ne pourrez pas passer à côté de ce joyau, si vous n'avez pas de lecteur DVD, vous allez en acquérir un, juste pour Dark Crystal (et les Criterion, bien sûr)). Dans tous les cas, voici le plus primordial des cadeaux de Noël. |
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de Hiroyuki Okiura
Ce nouveau chef-d'oeuvre (décidément) issu des studios d'animation japonais. Jin-Roh, à un mois de l'an 2000, a désormais de fortes chances d'être le meilleur film sorti en France en 1999 (même si Center Stage sort le 1er décembre). C'était prévisible, mais c'est toujours aussi miraculeux. Okiura n'est pas un inconnu, il a collaboré avec Otomo et Oshii (pour donner un ordre d'idées, c'est un peu comme s'il avait été l'assistant de Kubrick et de Laughton). Jin-Roh est son premier long-métrage en tant que metteur en scène, un dessin animé entièrement fait à la main (mais je vais y revenir). Le scénario est de Mamoru Oshii (LE Oshii, celui de Ghost In The Shell) et cela se remarque très rapidement. Jin-Roh est un mélange parfait entre une ultra-complexe histoire de politique fiction (les opposants au régime totalitaire, l'armée, la police, les paramilitaires, tout le monde se tire dans les pattes, au sens propre comme au sens figuré) et un conte de fée. Dans De Beaux Lendemains, c'était le Joueur de Flûte, ici c'est le Petit Chaperon Rouge. Bon, il faut l'avouer, par moment la symbolique s'avance avec une évidence à la limite de la redondance. Mais la retenue, la lenteur parfaitement gérée, la grâce qui habitent l'oeuvre ne laissent pas le temps de s'arrêter sur la lourdeur de certaines images. Bien au contraire. Comme pour Ghost In The Shell, tout semble couler de source. En clair, Jin-Roh contient : des scènes d'action rares, ce qui renforce logiquement leur puissance et leur magnificence (accrochez-vous pour le final dans les égouts, vous allez être secoués). Tout le contraire de films comme Matrix ou Star Wars 1, quand la surenchère détruit tout émerveillement, dans Jin-Roh la moindre apparition des fameuses tenues de combat (Dark Vador n'est pas si loin, en plus) est toujours un choc. Des scènes de dialogue longues, complexes ou faussement anodines, limite maniérées par endroit (mais j'ai bien dit : limite !). Une beauté formelle à tomber à la renverse. Des décors hérités de Ghost In The Shell, toujours aussi sublimes, ainsi que des scènes qui ont déjà prouvées leur efficacité (le tramway sous la pluie... on ne s'en lasse pas !). Une animation de folie pure (entièrement à la main et en reproduction de mouvements d'acteurs réels). Une musique tétanisante (le minimum, donc, le minimum maximum...). Et une progression dans l'émotion qui se nourrit brillamment de la complexité des relations entre les personnages principaux et des rebondissements fichtrement malins (ce n'est pas Perfect Blue, mais presque...). Moins ambitieux que Ghost In The Shell, moins prophétique, Jin-Roh aborde néanmoins une réflexion sur l'humanité qui n'est pas loin d'être aussi profonde que celle du film d'Oshii. Dans GITS on se demandait beaucoup : qui sommes-nous ? d'où venons-nous ? où allons-nous ? Dans Jin-Roh la question centrale et explicite est : pourquoi ? Un pourquoi des actes humains, un pourquoi des sentiments, un pourquoi bien souvent sans réponse. Formidable, forcément formidable. Dans un an, Jin-Roh ne sera pas loin d'avoir pris les mêmes proportions que Ghost In The Shell. Vous êtes prévenus, ce film ne vous quittera jamais plus. |
| L'invité très particulier d'Edwood : Jeanne d'Arc de Luc Besson par Pejeeha |
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Fight Club de David Fincher
Ce qui est vrai, par contre : Fight Club est un putain de bon film
! On s'amuse, de l'humour noir, de l'humour potache,
de l'humour partout. Et, c'est un grand cynique qui vous le dit, c'est un plaisir de
cynisme pur ce film, c'est l'anti-Matrix. Dans Matrix on nous balançait, sans rire :
"faut péter la société qui est illusion, faut pas hésiter à en venir au
terrorisme, la vérité est en toi, etc...", ça OK c'était dangereux. Dans Fight
Club, tout le monde est renvoyé dos à dos, c'est le bordel, et quand au final monte
lentement la voix sublime de Black Francis, on est heureux, ah le putain de bon film.
C'est ludique, c'est parodique, c'est bourrin, c'est n'importe quoi, on ne s'ennuie pas
une seconde, le message on s'en tamponne, et c'est tant mieux. Le message de Fight Club ?
Rien n'est bien, tout est pourri, ET ALORS ? On
rigole de l'esthétique clip, on rigole de la pub, on rigole de la mode, on rigole de tout
et même de soi-même. |
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Une Histoire Vraie (The Straight Story) de David Lynch
Merveilleux conte réel, The Straight Story brille par une évidence, une pureté, une délicatesse miraculeuses. Le seul problème que l'on puisse noter c'est qu'il n'y a rien à dire sur The Straight Story, à part : allez le voir. Ce film va changer votre vie (peut-être pas tout de suite mais dans 20 ou 30 ans vous comprendrez). Ici, tout est lumineux, simple, pas de polémique possible, pas d'interprétations délirantes. On accueille le film avec paix, avec Bonheur infini. Je me plaignais qu'avec Lost Highway, Lynch finissait par tourner en rond. Avec Une Histoire Vraie, il change totalement de ligne directrice, mais sans modifier son brio de mise en scène et ses décors fétiches. Il est le seul à réussir ces lents mouvements de caméra empreint de sérénité, il est le seul à savoir filmer ainsi les forêts et les routes, il est le seul à magnifier l'intérieur des maisons rustiques. L'année du retour de Terence Malick (La Ligne Rouge étant l'autre chef-d'oeuvre en état de grâce de 99), Lynch délivre un film qui aurait très bien pu se nommer Les Moissons du Ciel. Plus troublant encore, Sissy Spacek, qui avait trouvé chez Malick son premier grand rôle, brille à nouveau de mille feux au cur du Lynch. Émouvant sans la moindre once de démagogie, le film sait éviter tous les écueils du mélo. La musique (sublime, forcément sublime) est utilisée sciemment, la fin est géniale et même plus. Mieux qu'une histoire vraie, nous sommes en présence d'une histoire exemplaire, au milieu du bruit et de la fureur, le metteur en scène qui a su si bien démystifier la famille, le couple, la passion, offre ici un message d'espoir, de paix, de grandeur d'âme, la beauté à son acme. The Straight Story traumatise par sa grâce et l'on sait pertinemment qu'avec le temps qui passe, il deviendra un film de chevet. Une uvre pour le futur, un miracle pour la vie. Une Histoire Vraie possède la simplicité d'un ciel étoilé et la profondeur de ce même ciel vu par la caméra en état de grâce de Lynch. Le film consensus de l'année 1999, sans aucun doute, mais c'est plus que mérité, c'est évident, rien ne peut remettre en cause la réussite historique de cette uvre tout "simplement" parfaite. |
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L'Eté de Kikujiro de Takeshi Kitano
Dans nos contrées Kitano est victime d'un assez énervant effet de mode. D'un coup toute l'intelligentsia a décrété qu'il était de bon ton d'adôôrer Kitano (comme il est de bon ton de se pââmer devant les horreurs de la vaste farce du Dogme danois). Je n'aime pas les effets de mode, même si, dans le cas de Kitano, il peut sembler mériter. Premièrement cela ôte toute distance critique et la moindre réserve sur l'Oeuvre fait passer pour un barbare. Deuxièmement, pourquoi Kitano et pas Tsui Hark, qui le mérite tellement plus (on y arrive doucement, mais bon) ? Troisièmement, il y a toujours un plaisir égoïste à aimer un cinéaste talentueux mais méconnu, mais là, je chipote. Kitano est un ancien comique potache de la TV japonaise, en passant derrière la caméra il a délivré des films plutôt porté sur la tragédie et la violence (Violent Cop, Kids Returns, Hana-Bi...) mais sans négliger un humour à froid du plus bel effet. Issu d'une culture Kurosawesque, Kitano filme avec lenteur et un magnifique sens de la contemplation. Malheureusement, parfois il est bien trop indulgent avec lui-même et ses uvres paraissent durer le double de leur temps réel. Mais il y a une passion et un cur chez Kitano qui transcendent même les fautes de goût (la musique de Hana-Bi qui réussit presque à couler le film). Avec l'Eté de Kikujiro, Kitano lorgne sur la copie de Chaplin et de Keaton mais sous l'égide d'une sensibilité asiatique pleinement maîtrisée. On pense aussi beaucoup à Tati (c'est un peu "l'été de mon oncle"), avec bien évidemment une ambition et une dimension moindres, mais la finesse est la même. Je prends des risques mais je crois que Kikujiro est son meilleur film. Car la tragédie fait désormais corps avec l'humour et la poésie, au point que l'alchimie touche à la perfection. Le film est diantrement drôle, délicatement émouvant, poétique en permanence... On ne s'ennuie pas une seule seconde (c'est déjà une bonne nouvelle). Kitano est grandiose, son personnage, que l'on imagine ancien Yakuza, est anthologique. On sent que la majorité des situations est improvisée et cela donne une incroyable symbiose entre perfection plastique et dérisoire apparent des scènettes. De plus, et ce n'est vraiment pas rien, la musique de Joe Hisaishi, compositeur fétiche de Miyazaki (rien que ça !), est tout simplement sublime. Le thème principal étant, pour le moment, le plus beau entendu en 1999 dans les salles obscures. Tout concours à faire de Kikujiro une pure merveille, pas très éloignée finalement des Chefs-d'Oeuvre de Tati (enfin, au niveau des méthodes de tournage, oui, mais au niveau de la thématique et de la sensibilité, non). Grand petit film, futur classique. |
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Star Worst, Episode Un, La Menace Fantoche de George Lucas
J'en sors juste, ce sont mes impressions à chaud, je vous le
dis tout de suite : je suis HORS DE MOI, comme jamais je ne l'ai été à la sortie d'un
film. Ce que je vais dire sort plus que du cur, ça sort des tripes (donc ce n'est
pas joli à voir, me direz-vous). Je sais que l'on va me dire que j'y suis allé bourré
de préjugés (ce qui est totalement faux, je voulais du spectacle, je ne demandais qu'à
retrouver l'émerveillement de ce CHEF-D'OEUVRE qu'est Le Retour du Jedi (je viens de le
réévaluer en flèche). Je sais que l'on va me dire que je suis un sale élitiste, un
sale con, que je ne sais pas rêver, etc... Je sais que quoi que je dise je serais le
méchant de l'histoire. Mais je vais m'exprimer quand même. T'es qu'un enfoiré, George, tu a pourri mes souvenirs avec ton
machin virtuel, tu as profité de ton statut pour nous servir un mauvais épisode d'un
dessin-animé idiot de mercredi après-midi. Tu as falsifié la Force, les Jedis, toute
une magie qui ne méritait pas un tel traitement. Je ne comprends décidément rien à ce
film, véritable affront à la face du Cinéma. Pour sûr, dans la salle, les gamins entre
5 et 10 ans, étaient émerveillés. Émerveillés devant tant de débauche visuelle, mais
pas du tout intéressés par ce qui était censé se dérouler dans le film. C'est idiot,
Lucas tend une bougie pour que des papillons viennent s'y brûler les ailes. Une nouvelle
génération va adorer Star Wars, un Star Wars uniquement en creux, un
Star Wars
uniquement visuel, un Star Wars démonstratif, un Star Wars pornographique en quelque
sorte. Film déprimant, film dégoûtant, La Menace Fantôme n'est effectivement qu'un
fantôme de cinéma, un fantôme de Star Wars, un film de vieux gamin qui se fait plaisir.
Tant mieux pour lui, tant pis pour nous.
+ ou - une semaine plus tard : Bon, je me relis et ça se voit que j'étais pas content. On peut expliquer une réaction aussi tranchée par plusieurs raisons, en particulier le fait que bon nombre de films attendus de 1999 ont été d'amères désillusions. Cube, Matrix, La Menace Fantôme, La Neuvième Porte... Tout cela n'était pas brillant et surtout imposé à grand renfort de pub. Bon je ne vais pas revenir sur le cas Matrix, celui-là, même six mois plus tard je n'en démord pas, c'est un irrécupérable. Si je me suis un peu plus nuancé sur les autres, c'est que j'ai de plus en plus tendance à être indulgent avec les pauvres metteurs en scène qui passent tellement de temps à délivrer des trucs consternants, en toute bonne foi de surcroît (quoique ça dépend, Jan De Bont ou Roland Emmerich, c'est pas la bonne foi qui fait marcher leur portefeuille). Bon, La Menace Fantôme dans tout ça ? Et bien disons qu'une semaine plus tard j'ai déjà oublié une bonne partie du film, c'est vraiment un produit vite vu vite dégagé. Je lis un peu partout des propos de fans de Star Wars qui prétendent que "oui mais ce film c'est l'ouverture vers une nouvelle saga, c'est avec les autres films qu'on commencera à l'apprécier, etc..." Ce qui dénote une assez pathétique tentative de pirouette pour sauver les meubles. Pirouette que j'ai assez pratiqué avec Eyes Wide Shut pour la reconnaître quand je la vois. Le film est une déception, alors on va se la jouer sceptique et suspendre prudemment le jugement. Bon, difficile de résister, si j'émets de doutes sur Eyes Wide Shut, je ne peux m'empêcher de partir en envolées lyriques sur ses qualités évidentes. Pareil du côté Star Wars, sauf que personnellement les qualités "visuelles" de la chose m'échappent totalement. J'en viens à adhérer à une opinion que je trouvais aberrante avant de voir la chose : le film est moche, délavé. Alors bon, le côté kitsch de l'affaire pourrait donner un charme de Fellini de la SF (tiens, voilà, je tends une perche aux fans, Fellini, voilà, comparez donc La Menace Fantôme à Roma (et non je ne vous expliquerai pas qui est Fellini !)). Mais, pour ce qui est de la poésie, faudra repasser. J'avoue quand même que le temps devrait résolument jouer en faveur de La Menace Fantôme (ça peut pas être pire de toute façon). En effet, quand on regarde les gros nanars des années 50-60 avec les varans maquillés en dinosaures, les filles en bikinis à fourrure (pas seulement celui avec Raquel, mais tout plein d'autres), les trucs avec les martiens en carton et tout et tout. Et bien à l'époque, on était consterné, limite si on se sentait pas insulté par cet océan de nullité. 50 ans plus tard, on leur trouve un charme nouveau à ces nanars. Ils sont marrants, naïfs, crétins mais attachants (pas tous, bien sûr, mais quand même...). Et c'est ce qui risque d'arriver à Star Wars 1, ce sera le It Came From Outer Space des années 2020. Bon, j'en viens à corriger un jugement hâtif. Le Plan Nine From Outer Space de 1999, ce n'est pas Matrix (c'est un trop beau compliment pour une telle bouse, Matrix c'est plutôt un truc de propagande soviétique des années 50, quoi). Le Plan Nine de 1999, c'est La Menace Fantôme ! George Lucas recyclé en Ed Wood, d'une part ça sauve les meubles (du moins dans mon cur à moi) et d'autre part ça peut au final assurer un charme au film. Le problème c'est que je vise à long, très long terme, parce que pour le moment et pour quelques années encore, Star Wars 1 c'est du dégueulis de pellicule, du ramassis de pub pour moins de 10 ans (dommage de niveler ainsi le niveau vers les profondeurs pour une nouvelle génération de spectateurs, je suis contre le système des films débiles pour les gosses, c'est se foutre du monde, c'est du formatage, c'est 1984). Allez, hop, "dégage (Ani) playmobil !" |
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Supercop 2 de Stanley Tong
Présenté comme un film entièrement à la gloire de la sublime Michelle Yeoh, Supercop 2 n'est pas aussi simple à cataloguer. Le véritable centre du film réside dans le personnage de Cheng, superbe traître, qui est le principal intérêt de cette suite à un film génial (avec Jackie Chan) qui était lui-même déjà une suite (à la non moins géniale série des Police Story). Supercop 2 est donc une série B au sens le plus noble du terme. De l'action impeccablement agencée (une poursuite en voitures clouante, un final façon Die Hard correctement ficelé...), des ressorts dramatiques mille fois usités mais dont l'efficacité n'est plus à démontrer, une Michelle Yeoh à se damner, le cinoche dans toute sa splendeur. Supercop 2 est offert avec la magazine HK n°12, qui nous parle (attention les yeux), de l'Heroic Fantasy asiatique (avec comme exemples des chefs-d'oeuvre tels que Green Snake ou The Bride With White Hair), comment les jeux vidéos piratent le cinéma (mais depuis Wicked City de Tsui Hark on savait cela) avec notamment Storm Riders ce fameux Final Fantasy live (si seulement...) dont la bande annonce dégage plus que tous les Star-Matrix-Wawawes-ArmaWars de la planète et des mangas (forcément à la mode, on est numéro un oui ou non ?) avec notamment un long entretien avec Otomo et des photos sublimes comme s'il en pleuvait. Où chercher le meilleur du cinéma des 20 dernières années si ce n'est chez HK ? (je sais, comme ça, ça fait un peu pub, mais au contraire, ceci est un message d'intérêt cinéphilique) |
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Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick
Comment aborder un nouveau film de Kubrick qui, de plus, est l'ultime pièce de son uvre (on espère quand même une résurrection du maître pour l'an 2001, mais finalement rien n'est moins sûr) ? Je dois à Kubrick quelques uns de mes plus grands chocs cinématographiques et je persiste à croire que 2001 est l'un des films du siècle (si ce n'est LE film du siècle). Eyes Wide Shut est moins ambitieux, en apparence, que les précédents grands chefs-d'oeuvre de Kubrick, on n'en ressort pas autant bouleversé qu'après Barry Lyndon ou Orange Mécanique. Car Eyes Wide Shut déçoit. Après une première vision on reste marqué par certains défauts. Nicole Kidman délivre une prestation très moyenne, voire mauvaise par instant. Elle n'est guère aidée par un rôle caricatural et des dialogues pas toujours à la hauteur. L'histoire en elle-même pourrait parfois se résumer à "beaucoup de bruit pour rien". Et c'est vrai que c'est un film sur rien, ou du moins pas grand chose. Même si au final Kubrick plonge dans le Fantastique complet en nous faisant croire que dans la vie tout se termine bien dans l'amour et la baise (c'est beau, par instant on dirait du Houellebecq (l'amour en plus, donc)). Et il y a de la caricature, comme souvent chez Kubrick, les riches s'adonnent à des orgies théâtrales, les seconds rôles en font des tonnes, pas toujours évident de concilier drame intimiste et humour décalé (voire montypythonesque). Mais le film est par ailleurs tout simplement génial. Tom Cruise est splendide, crédible, surprenant, impressionnant. La mise en scène est parfaite, forcément, certaines images sont belles à en pleurer. Le début de la scène d'orgie, porté par l'hallucinante musique de Jocelyn Pook, est formidable. Les errances nocturnes de Cruise sont magistrales, Kubrick triomphe autant (si ce n'est plus) dans les extérieurs et dans un large espace que dans les chambres. Certains moments sont bouleversants (sans que l'on sache vraiment toujours pourquoi on est à ce point touché par ces silences ou ces cadrages). Ce qui me permet d'arriver à la conclusion que Eyes Wide Shut est un film qui n'en est qu'au début de sa légende et qu'il faudra de nombreuses visions pour l'apprécier à sa juste valeur (inestimable, sans aucun doute). Après avoir détruit la planète, ouvert la porte à l'Esprit et au Surhomme et dynamité la société, Kubrick achève son uvre sur une réflexion dérisoire et primordiale, optimiste et triste, près de 3h d'errance physique et psychologique, à la fois inutile et indispensable à la force d'un final qui n'en est pas un. Et c'est peut-être cela l'ultime coup de génie de Kubrick, d'avoir laissé un ultime film ouvert (mais pas inachevé), humble et délicat, touchant par ses maladresses, frustrant par ses défauts et bouleversant par la simple force de son évidence. Eyes Wide Shut n'est pas et ne sera jamais le film de l'année 1999, il est bien trop tôt pour juger cette coda d'une partition si flamboyante. L'oeuvre de Kubrick appartient désormais au futur. Eyes Wide Shut 2e vision : 4 jours plus tard je suis retourné dans l'univers étouffant du dernier Kubrick. Je nuance un peu plus mon avis précédent. Les deux scènes principales de Kidman, celle où elle raconte son fantasme et celle où elle fait partager son "rêve", sont peut-être les plus laborieuses à revoir. Superbement filmées, elles n'en sont pas moins un peu trop longues et caricaturales. Autre problème qui n'en est pas vraiment un, le climax du film se situe au milieu. La seule chose dont je sois sûr à propos de Eyes Wide Shut, c'est que l'ouverture de la scène d'orgie qui correspond au morceau Masked Ball de Jocelyn Pook, est déjà un moment primordial de l'oeuvre de Kubrick. La musique de Pook, moderne et effrayante, classique et emphatique, est l'équivalent de celle de Richard Strauss dans 2001, de celle de Beethoven dans Orange Mécanique ou de celles de Haendel et de Schubert dans Barry Lyndon. Définitivement le moment clef de Eyes Wide Shut, cette scène est l'instant où Kubrick retrouve les joies de l'abstraction et de l'iréel. Un gigantesque moment de cinéma qui à lui seul porte le film vers les sommets du 7e Art. Il faut revoir Eyes Wide Shut sur grand écran le plus possible, juste pour cette scène, qui s'apprécie en salle et avec ce son si clouant. En comparaison, le reste du film, plus intimiste, plus "dérisoire", est presque "écrasé" par cet instant qui est tellement caricatural qu'il touche au mythique. Et finalement peu importe le reste, quand au cur d'un film se glisse une telle scène, on peut oublier les imperfections qui l'encadrent. De toute façon Eyes Wide Shut possède d'autres très beaux moments, en particulier grâce à un Tom Cruise extrêmement convaincant, qui à lui seul contient toute l'émotion du film. Kubrick n'avait que très rarement filmé une ville la nuit, il donne aujourd'hui la version définitive de cette figure de style. Construit comme un thriller psychologique, empreint d'un suspens qui ne se résout jamais, Eyes Wide Shut est un film terriblement exigeant et riche, qui s'apprécie énormément sur l'instant grâce à son phénoménal climax et qui travaille sur la durée grâce à tout le reste. Dernière remarque, la bande originale est indispensable, juste pour les quatre morceaux de Pook, et même, on en vient à se passer en boucle la piste huit, ce Masked Ball déjà entré dans la légende du cinéma. |
Perfect Bluede Satoshi Kon
C'est avec la rentrée qu'est arrivé ce qui pourrait bien être LE film de l'année 1999. Même si cet incroyable manga animé date de 1997, il ne débarque que maintenant chez nous ; mais sur grand écran, et cela valait la peine d'attendre. Si Ghost In The Shell révolutionnait la SF, Perfect Blue dynamite le thriller psychologique. Je ne dévoilerais pas une seule ligne de l'histoire. Il vaut mieux y aller sans rien connaître du film, comme je l'ai fait, et s'extasier devant ces 1h20 phénoménalement riches et intelligentes. Un scénario extraordinaire (sur des bases classiques, pourtant), parsemé de scènes traumatisantes, dirige le film dans les méandres d'une histoire perturbante et fascinante. Grâce à des décors sublimes et à une musique exceptionnelle, Perfect Blue dégage une ambiance unique. Ce pur chef-d'oeuvre du film de genre, explose les limites du polar pour toucher aux rivages des références tels que Psychose ou Peeping Tom. Oubliez tout le reste, courrez voir cette merveille ! |
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La Neuvième Porte de Roman Polanski
Bon là je vais faire quelque chose qu'il ne faut PAS faire, je vais présenter mon avis sous la forme d'un pour ou contre (j'ai la flemme de rédiger, oui, ce sont les vacances). Pour : Une mise en scène brillantissime. Une photographie de toute beauté (sauf pour les extérieurs très téléfilm). Une musique impeccable. Un générique d'ouverture anthologique. Johnny Depp. On ne s'ennuie pas, c'est un divertissement de haute tenue. Contre : Une histoire bourrée de clichés de toute sorte (sur le satanisme, touristiques...). Une dernière demie-heure qui vire au grotesque. Un tantinet répétitif ce qui n'annonce rien de bon pour les visions suivantes. Des seconds rôles pas toujours à la hauteur. Vraiment beaucoup trop caricatural. Mais sympathique au final. En clair, c'est évidemment un film à voir, mais il ne faut pas trop en attendre. Beaucoup de second degré, beaucoup de maîtrise technique, La Neuvième Porte est un jeu cinématographique, très agréable à jouer mais d'une certaine futilité. |
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Mon Voisin Totoro de Hayao Miyazaki
Certes ce film a déjà quelques années, certes il a déjà été diffusé ici ou là, mais je profite innocemment de sa ressortie chez TF1 Vidéo, dans une vf des plus correctes, pour m'étendre sur son cas. Tout ce que je vais dire est non seulement vrai mais aussi bien en deçà de la réalité. Premièrement, Totoro est, jusqu'à preuve du contraire, le plus beau dessin animé de l'histoire du cinéma (esthétiquement encore plus beau que Porco Rosso, c'est dire). Il semblerait que le déjà légendaire Princesse Monoke du même génial Miyazaki, soit encore plus exceptionnel et soit carrément, lui, le meilleur dessin animé du siècle (encore plus mieux que Porco Rosso et Ghost In The Shell, si si !). Mais il faudra encore patienter (trop) longtemps avant de le découvrir sur grand écran (en version intégrale par pitié, ne mutilez l'ultime chef-d'oeuvre). Enfin, revenons à Totoro, monument poétique indescriptible qui approche, mieux que l'intégrale de tous les Disney, cette fameuse magie de l'enfance dont on découvre l'existence une fois seulement qu'on l'a perdue. Film phare sur l'enfance, Totoro est aussi le plus beau film sur les nuages et sur les arbres. En voyant les images phénoménales de Miyazaki vous serez obligé de réaliser que vous n'aviez finalement jamais "vu" de nuages (enfin si, si vous avez vu Porco Rosso, vous connaissez déjà ces nuages là, mais je crois qu'ils sont encore plus formidables dans Totoro). La majorité des séquences sont marquantes, voire littéralement traumatisantes de beauté. Ce sont les noiraudes s'envolant au clair de lune, c'est l'intérieur de l'arbre géant, c'est cette scène incroyable de l'arrêt d'autobus, c'est la pousse ultra rapide d'un arbre géant, c'est un vol nocturne qui explique d'où vient le vent, etc... Tout est magique, tout est innocence, et le drame qui se noue en arrière-plan peut paraître dérisoire il est finalement bouleversant. C'est une histoire d'un autre monde, d'un autre temps, un pur conte qui nous décrit des peluches qui font pousser les plantes et qui provoquent les bourrasques. Cela pourrait être niais, ce n'est que poésie pure. A l'image du chat-bus ou des grands yeux si expressifs d'un Totoro entre gros nounours et bon génie. Cela pourrait être niais ce n'est que sublime. Un rêve tout en images que l'on peut revivre un nombre incalculable de fois, un miracle d'une finesse inouïe et surtout d'une beauté visuelle qui coupe littéralement le souffle. Un indispensable terriblement vital à toutes, mais alors TOUTES les vidéothèques dignes de ce nom. |
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Le Sens du Devoir 3 de Brandy Yuen et Arthur Wong
Tout ce que Matrix n'est pas et ne sera jamais. Le Sens du Devoir, troisième du nom, a tout pour lui ou presque. Certes ce n'est qu'une série B, un film de genre, un film de "divertissemment", comme Matrix. Mais c'est de la série B au sens le plus noble du terme. Tous les clichés sont là, tous les plaisirs aussi. Une héroïne formidable (l'extrêmement belle Cynthia Khan, pas toujours avantagée par un rôle un peu nunuche mais qui délivre des scènes de kung fu phénoménales), des méchants très très méchants (le "Couple Infernal", très érotiques, très cruels, très durs à cuire, tout ce qu'il faut comme il le faut), des seconds rôles impeccables (des comiques, des tragiques...), du drame très classique mais qui fait toujours mouche car sans aucune prétention. Et puis du spectacle, encore du spectacle, du spectacle qui émerveille avec un minimum d'effets spéciaux. Des gun fights barbares, des scènes en apesanteur, des combats à mains nus de folie. Certes on a déjà vu cela et mieux, mais on ne s'en lasse pas. Ce n'est pas The Killer, ce n'est pas Crime Story (loin de là), c'est un "petit" film de série mais c'est une bombe jouissive au possible. |
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des frères Wachowski
J'ai oublié de parler des personnages plus caricaturaux les uns que les autres : |
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de Vincenzo Natali
Carrément nul ! Mais qu'est-ce qui s'est passé avec cette daube que tout le monde a aimé ?... ou presque.... Parce que franchement moi j'ai rarement été à ce point déçu par un film. D'une part parce qu'il a remporté le Grand Prix du Festival de Gérardmer ; ensuite parce que les critiques étaient unanimes pour annoncer un grand, un bon film ; enfin parce que, a priori, tout était fait pour me plaire. On me promet un film à petit budget (comme je les aime), un vrai film de genre, de la bonne vieille SF qui fait à la fois peur et réfléchir, un suspens psychologique bourré de morceaux de bravoures, original et tout et tout.... Au final je me retrouve avec un film de Rohmer pas marrant. Cube c'est du rien très ennuyeux et ridicule pendant 1h30. La scène d'ouverture, très classique et prévisible néanmoins, peu faire illusion. Le générique de début et la musique pompée sur Suspiria aussi. Et puis après c'est la débandade. Personnages stéréotypés, prévisibles, antipathiques et/ou ridicules. Dialogues taillés au burin, aucune réflexion, aucune métaphysique, aucune psychologie. TOUT EST GRATUIT ! Soit, l'idée de départ (le huis-clos déroutant), le lieu (les cubes en mouvement) et les pièges (accrochez vous on en voit 3 et demi dans tout le film) sont quasi enthousiasmants. Le résultat est désespérant. Au bout de 15 minutes on n'en a plus rien à faire du coup de la porte qui fait pssscchhh et de la lumière qui change. Petit budget OK, mais il faut compenser par des idées. Ben là, rien, que dalle. Même la mise en scène est ridicule, on dirait du Schumacher, et vlan que je te colle un gros plan pour faire du suspens, et vlan que je te fais des tournoiements pour faire de la claustrophobie, et vlan que je fais bouger n'importe comment pour faire croire qu'il y a de l'action. Et avec le montage à la Michael Bay en prime, à certains moments on croirait voir Armageddon version minimaliste. On n'y comprend plus rien et on en rien à secouer (c'est le cas de le dire). Le pire, ce sont quand même les personnages, vraiment inintéressants et ridicules. La palme a l'arrivée très gratuite (comme toujours) de l'autiste. Premier éclat de rire nerveux. Et puis, tiens comme c'est bizarre, il est fort en maths, l'autiste (truc hyper prévisible, amené pendant 5 minutes comme un mauvais gag, aie aie aie). Ah oui faut quand même que je vous dise que le suspens est fondé sur des calculs mathématiques, qui n'exciteront que les spécialistes de la chose. Et puis il y a la fin. Ouhlala... La fin de Cube... Elle restera exemplaire. Comme le modèle de ce qu'il ne faut PAS faire. La chose à éviter ABSOLUMENT ! Le gars il sait plus comment faire finir son film très chiant alors il expédie tout n'importe comment avec des situations invraisemblables (le retour du méchant, par génération spontanée, je veux bien que l'on ne cherche pas de raison mais là, s'il arrive par derrière tout le monde le voit débarquer, donc apparemment il arrive par en bas, mais merde les mecs, en bas il y a pas de pièces vu qu'ils sont dans la passerelle ! Non franchement je veux bien tout, même Armageddon, mais là c'est trop, on dirait un épisode de Baywatch). Et puis la toute fin, le final, le réalisateur semble nous dire : "ahaha, bien fait, je me suis foutu de votre gueule, vous avez eu peur pendant 1h30 pour des clopinettes, nananèreu !". Insupportable ! Et puis dans le cas d'un film comme cela, soit on explique rien, soit on explique tout. Là, on est perpétuellement le cul entre deux chaises, on sait que le cube a été construit par des hommes (adieu le métaphysique) mais on n'en sait pas plus (bonjour la frustration, au revoir la série B). Résultat on finit par croire que c'est une sorte de Intervilles sadique (enfin... encore plus sadique quoi), un Rollerball en forme de jeu de piste. C'est The Truman Show en version cul-bénit (ah la lumière finale, jusqu'à la dernière seconde j'ai cru qu'il y avait un piège derrière (et slaaaash ! ça aurait presque sauvé le film). Mais non... Heureux les simples d'esprit, le royaume des cieux leur est ouvert... Autre morale : Méfiez vous des effets de mode, vous risqueriez d'en avoir pour votre argent. La belle arnaque de ce milieu d'année. On retournera voir Mad Max, Evil Dead ou Bad Taste, premiers films fauchés, vrais films de genre, vrais coups de génie. Mais ce Cube est à éviter à tout prix. |
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Babe, Un Cochon Dans La Ville de George Miller
Le premier Babe était une fabuleuse réussite du "film animalier" et du même coup un classique du film pour enfants. Un film qui plait d'ailleurs tout autant (si ce n'est plus) aux adultes qu'aux enfants. Succès critique et public, Babe ne demandait pas forcément une suite, et pourtant, d'après moi, cette séquelle est supérieure à l'original. George Miller (oui, oui, celui de Mad Max) n'est plus seulement producteur, il est aussi metteur en scène et cela se voit. Babe 2 est un film plus violent, plus sombre, plus profond que son prédécesseur (si si !). Plus "réaliste" aussi, même si l'ensemble fait toujours figure de conte (pour preuve l'esthétique de la "Ville"). Le film est aussi encore plus beau, c'est même une uvre magnifique dans laquelle chaque plan est un Bonheur total. Mais clairement, cette fois, le film ne sait quel public viser. Trop dur, trop morbide, trop plein de références qui échappe aux enfants, Babe 2 est un film pour adultes, pour cinéphiles et un peu pour les petits aussi (mais pas beaucoup). Mais il ne fait pas l'ombre d'un doute que la réussite est totale et certaines scènes sont purement anthologiques. Pour exemple l'hallucinante parodie du Dôme du Tonnerre à la fin du film ou l'exceptionnelle poursuite entre le pitbull et Babe. Une Perle. |
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La Ligne Rouge (The Thin Red Line) de Terrence Malick
Juste un peu plus bas sur cette page je chante les louanges du sublime Saving Private Ryan de Spielberg, et bien à peine quelques mois après cette claque monstrueuse, Terrence Malick revient, 20 ans après ses magistrales Moissons du Ciel, pour placer la barre encore plus haut. Au jeu des comparaisons on pourrait faire un parallèle entre Saving Private Ryan et Apocalypse Now (emphase visuelle, dénuement scénaristique, ultra violence des combats) et entre The Thin Red Line et The Deer Hunter (Voyage au Bout de l'Enfer) pour la finesse, l'intelligence, la poésie et la tristesse infinie qui les imprègnent (et pas seulement pour la présence de John Savage). The Thin Red Line n'est pas LE film de guerre définitif. Il ne fera jamais oublier J'accuse, La Grande Illusion, Les Sentiers de la Gloire, Johnny Got His Gun ou The Deer Hunter, mais il acquiert sans problème sa place aux côtés de ces chefs-d'oeuvre absolus. Le film de Malick ressemble à du Kubrick, c'est très clair, que ce soit dans la perfection plastique que dans l'utilisation de la durée, mais il échappe aussi à cette comparaison difficile par le traitement des personnages. Dans The Thin Red Line il n'y a pas de personnage principal (cela étant dû autant au scénario qu'aux caprices de Malick), les voix off passent, se mêlent, se contredisent, se poursuivent, se complètent. Les clichés sont abolis (c'est la grande force du film de Malick sur le film de Spielberg). Il n'y a pas de héros, il n'y a pas de "méchants", tout le monde est sur un pied d'égalité, tout le monde a ses propres motivations, ses propres rêves, tous les personnages sont attachants, humains, décrit avec une finesse incomparable. Même les scènes imposées échappent aux clichés en vigueur à Hollywood. Les combats sont filmés avec recul, avec poésie, avec originalité. Pour preuve cette scène incroyable d'attaque de camp japonais où le son des combats est remplacé par la lente montée de la phénoménale musique de Hans Zimmer. C'est aussi puissant que les cruelles boucheries du Soldat Ryan. Malick filme aussi la nature comme personne, le décor est peut-être le personnage central du film. Les plantes, les arbres, les animaux, voilà ce qui unit tout le film en une longue contemplation poétique. The Thin Red Line est plus un hymne à la nature qu'un film de guerre, un genre détourné comme Kubrick avait détourné la SF pour faire 2001. Les nuances d'émotion qui parsèment cette merveille sont extraordinaires, entre les scènes de combat d'une grande violence, les souvenirs, les rêves, l'attente, l'angoisse, la fatigue, le doute, The Thin Red Line est d'une richesse inépuisable. Un film qui s'apprécie au fil des visions, qui ne se dévoilent que très progressivement, envoûtant comme un Barry Lyndon. Visuellement hallucinant, musicalement tétanisant, interprété à la perfection (Sean Penn ne surjoue pas, miracle !), passionnant dans le moindre instant de ces 2h50, The Thin Red Line est LE chef-d'oeuvre de ce début d'année. |
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Seul Contre Tous de Gaspard Noé
Un film à voir, franchement, un film quasiment à ne pas manquer. Certes il faut préciser que pour une fois l'interdiction aux moins de 16 ans est plus que méritée, entre les répliques d'une vulgarité et d'une violence incroyable, les scènes coup de poing bien trash et les images hard de film X en plein au milieu de l'écran, Noé n'a pas fait dans la dentelle. Le film est très drôle, volontairement grâce aux répliques d'une méchanceté hallucinante ou d'un cliché aberrant de l'ex-boucher, involontairement (??) grâce à sa musique totalement burlesque, ses effets de mise en scène top mode en particulier les panneaux entre les scènes (la palme au compte à rebours un peu avant la fin, hilarant). Seul Contre Tous est à voir parce que c'est un film français original et ça c'est génial. L'interprétation est grandiose. La mise en scène parfois efficace. L'avant-dernière séquence du film est phénoménale et il est bien dommage qu'elle ne soit qu'un fantasme du personnage principal et que le film ne s'achève pas là. On s'interrogera quand même sur la morale du film. On peut y percevoir une lourde charge contre les extrêmes (gauche et droite) mais néanmoins le final avec la "rédemption" du boucher dans l'inceste et la pédophilie, le tout sans recul, au contraire, est franchement infâme. Noé a voulu choquer au maximum, pour une fois c'est réussi. Après c'est au spectateur de juger, un spectateur adulte de préférence (dans tous les sens du terme). |
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Astérix et Obélix contre César de Claude Zidi
"Film" pas drôle, très laid, prétentieux, mal interprété, musicalement nul, horripilant, franchouillard, appelé à faire un gros succès (non je ne parle pas du nouveau Besson, quoique là on pourrait confondre avec un avis sur le 5e élément), enfin bon bref, Astérix et Obélix est pire que la Soupe Aux Choux ou les Sous-Doués, films tellement crétins qu'ils en devenaient drôles et sympathiques. Non, bourré de fric mal employé, le Zidi est antipathique au possible. Le spectateur se moque éperdument de ce qui se passe à l'écran. Le casting ferait passer les Grosses Têtes pour le lieu le plus hype d'Europe, Clavier est lamentable, Depardieu est ridicule, Begnigni surjoue plus qu'il est humainement permis, Galabru fait de la figuration, Casta est aussi expressive qu'une vache (dont elle a le physique) et encore... etc... etc... Certes on appréciera de croiser Daniel Prévost inénarrable en devin escroc (pléonasme) et Claude Piéplu (même s'il n'a rien du "vrai" Panoramix). Une chose est claire après la vision harassante de cette chose, on réévalue en flèche les dessins animés tant décriés en leur temps. Les 12 Travaux d'Astérix, j'ose l'affirmer, est un Classique du cinéma français et ce n'est pas ce machin bourré de pognon et de vide qui prouvera le contraire. |
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BEST OF 1998 :
1- Kuch Kuch Hota Hai
2- Jackie Brown
3- 1001 Pattes
4- Las Vegas Parano
5- Ring
6- Saving Private Ryan
7- Festen
8- The Big Lebowski
9- Vampires
10- The Truman Show
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Il Faut Sauver le Soldat Ryan (Saving Private Ryan) de Steven Spielberg
Force est de reconnaître qu'avec ce film Spielberg a une nouvelle fois frappé très très fort. Après le plantage total du Monde Perdu et le moyen Amistad, Spielberg s'est rattrapé en beauté en signant l'un de ses meilleurs films. Clairement Saving Private Ryan rentre dans le top 5 des plus grandes réussites du prolifique ex-Wonder Boy d'Hollywood. Il y dans cette uvre magistrale le même souffle, la même humanité, la même dureté empreinte d'espoir que dans Empire du Soleil et la Liste de Schindler (encore et toujours des films de guerre, Spielberg est finalement un admirable cinéaste barbare). Saving Private Ryan brille par son ultra réalisme (beaucoup de sang, beaucoup de bruit, une mise en scène épileptique mais éblouissante), par son casting magnifique (en particulier Tom Hanks, comme d'habitude serais-je tenté d'ajouter ), par son scénario finalement très classique mais d'une rare cruauté. On pense beaucoup à Kurosawa, bien sûr, en nettement moins brillant, bien sûr aussi, mais quand même. En clair un nouvelle uvre bouleversante et proche de la perfection à l'actif du grand Steven. |
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Jackie Brown de Quentin Tarantino
Tarantino fut ces dernières années l'objet d'un très énervant effet de mode. Tout le monde "adorait" son Pulp Fiction et redécouvrait son admirable Reservoir Dogs (pas impérissable non plus mais doté d'instants exceptionnels). Et finalement l'effet, le style Tarantino reposait vraiment sur l'engouement de la presse et d'un certain public. Quentin Tarantino m'a donc plus qu'agréablement surpris en prenant quatre longues années pour donner une suite à sa carrière de metteur en scène et surtout en délivrant au final un film humble, émouvant, sublime. Prenant le contre-pied de la mode qu'il avait lui-même (involontairement) lancé, Tarantino a réalisé un film lent, basé sur une seule histoire primordiale, doté de personnages attachants magiquement développés. Sans pour autant se renier car on retrouvera dans Jackie Brown les numéros d'acteurs aux dialogues incroyables, l'humour noir délicieux, la bande son absolument fabuleuse, la virtuosité de la mise en scène, etc Mais il y a dans Jackie Brown ce qui faisait cruellement défaut aux deux précédents films de Tarantino, la profondeur, l'émotion et le temps qui passe. Une uvre réellement extraordinaire qui prouve que la carrière de Quentin Tarantino est belle et bien devant lui et qu'il risque de nous pondre chefs-d'uvre sur chefs-d'uvre dans les années à venir. A noter, outre la musique du film d'une qualité irréprochable, la performance magistrale de Pam Grier dans le rôle titre, la réussite du film repose aussi en grande partie sur ses épaules. |
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Las Vegas Parano
(Fear And
Loathing In Las Vegas)
de Terry Gilliam
Si un film attendu a reçu un accueil lapidaire cette année c'est bien celui-là. Et pourtant, il ne fait pas l'ombre d'un doute que le dernier Terry Gilliam est l'uvre cinématographique la plus hilarante de 1998. En adaptant l'inadaptable livre de Hunter S. Thompson, narrant les déboires de ce journaliste hors normes, perdu dans Las Vegas au début des années 70 et testant toutes les drogues possibles et imaginables, Gilliam n'a pas choisi une voie facile, bien au contraire ! Tout auréolé du succès critique et (enfin) public de son film précédent (l'Armée des 12 Singes), Gilliam s'est franchement suicidé commercialement avec Las Vegas Parano. On y voit Johnny Depp se payer un trip à l'acide dantesque dans un hôtel classieux, on y voit Benicio Del Toro vomir en gros plan après un abus de Méthadone, on y voit les deux compères visiter une fête foraine après avoir passablement inhalé de l'éther sur un mouchoir au couleur du drapeau américain, on y voir encore Johnny Depp (crâne rasé, casquette fluo, short et mimétisme troublant avec M. Hulot (30 cm de moins quand même) sniffer de la coke en plein congrès de la police des stupéfiants, etc.... Et le pire (du moins le meilleur) c'est que tout cela est irristiblement drôle, voire totalement hilarant. Bien sûr l'ensemble du film est loin de donner envie de se droguer (très loin même) et l'état des personnages après leur abus de substances bizarres est assez effrayant. De plus le film se double d'un regard nostalgique mais sans concession sur une époque vraiment dingue (la nôtre à côté c'est du gâteau). La mise en scène est hallucinante, Gilliam passant en revu tous les mouvements de caméra et filtres possibles, visuellement c'est un bonheur de tous les instants. La musique composée de grands classiques de l'époque est tout simplement merveilleuse. En clair c'est un film géniallissime et réjouissant. Un Classique, non ! mieux ! Un film culte ! |