Mine de rien, l'air de rien, l'année cinématographique 2014 n'a pas été avare en grands films. Le top déborde et essayer d'établir un classement est un véritable déchirement. J'affirme ainsi que les cinq premières places peuvent être mélangées et qu'ils ont tous gagné. Cinq numéros un, ça fait un peu beaucoup ? Non, c'est juste une bonne moyenne. On sait d'autant plus que l'année a été exceptionnelle quand de très grandes oeuvres telles que Gone Girl, 12 Years a Slave ou Winter Sleep finissent aux portes du top 10...


20

C'est un film concept très malin : Starship Troopers rencontre Un Jour Sans Fin. Le postulat, extrêmement ludique, ne déçoit quasiment pas une seule seconde. C'est aussi un formidable "jeu vidéo sur grand écran", tout en restant du vrai bon cinéma de SF.


19

Très supérieur au premier opus, déjà assez estomaquant, The Raid 2 repousse les limites du cinéma d'action par la grâce d'une mise en scène hallucinante. Certes, ça blablate beaucoup, mais par instants on se croirait revenu aux plus belles heures du cinéma HK des années 80/90. Les scènes d'exposition ne sont là que pour laisser respirer avant l'action qui verse dans le jamais vu. The Raid 2 joue la carte de l'épuisement sensoriel, mais fait aussi preuve d'un vrai lyrisme dans la violence extrême.


18

Godzilla retrouve sa puissance iconique et tout est prêt pour la création d'une nouvelle saga héroïque. C'est assez paradoxal, tant le film s'avère sérieux et esthétisant, mais il ne faut pas oublier qu'on est dans le monde des blockbusters. Celui-ci sort nettement de l'ordinaire en refusant le nivellement formel vers le bas et en osant revendiquer bien haut son principal propos : lorsque la Nature aura décidé de faire table rase, nous ne serons plus que de simples spectateurs.


17

Tout autant que le déjà excellent premier volet, cette suite au prélude de La Planète des Signes (oui, c'est un peu compliqué) trouve la bonne tonalité pour traiter son sujet : faire des primates les véritables héros de l'histoire. Les humains sont donc insignifiants et interchangeables et c'est avant tout la biographie de César, celui qui a dit "non !". Econome au niveau du spectacle, ce blockbuster à part demeure un divertissement qui privilégie le fond à la forme.


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Le jazz est-il un sport de combat ? C'est en partie ce que nous dit Whiplash, qui fait le grand écart entre Rocky, Full Metal Jacket et Bird. Du cinéma furieux et épidermique, aussi puissant qu'épuisant. Le meilleur "film de sport" depuis Black Swan, en jouant sur la même ambiguité : la fin justifie-t-elle les moyens ?


15

Un divertissement qui va au-delà de l'effet montagnes russes et fête foraine, si tendance à l'heure actuelle. Parce que l'univers décrit et les personnages dépeints ont un petit quelque chose en plus, parce que la folie de Tsui Hark est aussi maîtrisée avec un soin maniaque. C'est un des aspects les plus attachants de son œuvre, donner l'impression du chaos, de l'improvisation, du bricolage, de la spontanéité, tout en fignolant chaque plan, chaque séquence. Un technicien à nul autre pareil, un auteur qui ne cherche jamais à imposer son ego à l'écran tout en demeurant unique.


14

Cela commence comme une comédie noire britannique, avec son portrait sans pitié de ploucs odieux et inquiétants. Mais bien vite on réalise que Calvary a davantage d'ambitions. Le récit se fait existentiel, mélancolique et au final tragique. On est cueilli par la performance de Brendan Gleeson et par une mise en scène peu avare en moments de grâce.


13

Il manque à Winter Sleep, les instants de légéreté qui font de Il Etait une Fois en Anatolie le meilleur film de Nuri Bilge Ceylan. D'une noirceur presque totale, étouffant dans son portrait minutieux d'un être déconnecté de son humanité, une "belle âme" qui n'en est pas une, Winter Sleep se peint en chef-d'oeuvre. Peut-être est-ce trop ? Pourtant le film émerveille souvent et hante le spectateur longtemps après sa conclusion en points de suspension.


12

Avec son casting de stars, sa forme subtile et son émotion évidente, 12 Years a Slave veut parler au plus grand nombre, sans chercher à niveler par le bas. Du cinéma édifiant mais jamais bêtifiant, qui va au-delà du cercle des cinéphiles, des initiés, des déjà convaincus, pour étendre son impact à toutes les tranches d'âge, à toute les classes sociales, à toutes les origines. Ce que Hollywood peut offrir de meilleur lorsqu'il souhaite éduquer avec les atours du spectacle.


11

David Fincher dans le domaine du thriller et du portrait de psychopathe ? C'est un résumé de la quasi intégralité de sa carrière. Et c'est surtout la base de tous ses meilleurs films. Gone Girl ne fait donc pas exception, retrouvant la tonalité de Seven et de Fight Club tout en bénéficiant d'une mise en scène plus apaisée. Grand film sur les apparences, que ce soit le prisme des médias, les méfaits de la rumeur ou simplement ce que pense vraiment l'autre, celui ou celle avec qui on partage son existence. Une merveille déviante et complexe transcendée par la performance de Rosamund Pike et une nouvelle bande-son formidable signée Reznor et Ross.


10

C'est un film qui décrit et qui ne juge pas. C'est devenu si rare que cela décontenance. Dans sa première partie Night Moves est un vrai suspens. Le récit quasi documentaire d'un acte terroriste que rien ne semble justifier rationnellement crée une angoisse très concrète. Une fois le schéma classique épuisée après une scène nocturne Hitchockienne en diable, c'est autour de la culpabilité et de l'effondrement moral des protagonistes que le film bâtit son suspens. Rien ne viendra relâcher cette tension, qui se poursuit jusqu'à la dernière image et au-delà pour peu qu'on se passionne pour les différentes interprétations de l'œuvre.


9

Enfin un film d'horreur vraiment horrible. Ce n'est pas compliqué pourtant, comme expliqué dans Planète Interdite : les monstres les plus terribles sont ceux issus de l'inconscient. The Babadook, c'est la psychose mise en images, avec une bonne louche de terreurs enfantines, un duo d'acteurs principaux incroyable et surtout une mise en scène (par une réalisatrice) formidable. Ca fait très très peur, ça fait réfléchir et surtout c'est éprouvant au possible. D'une cruauté rare, The Babadook est déjà un classique de l'horreur.


8

Une splendeur dédiée à la beauté sous toutes ses formes. En son coeur, Timothy Spall dans le rôle de sa vie, qui passe de la rudesse animale à la délicatesse en un seul regard. Un biopic qui réconcilie avec le genre, en parvenant à allier la rigueur historique et le point de vue d'un très grand cinéaste.


7

Enfin ! Voici venu le film des années 80 que notre époque réclamait. Le meilleur hommage jamais rendu aux productions Spielberg/Lucas qui ont marqué l'enfance d'une génération : Star Wars et Indiana Jones réactualisés au rythme des super-héros. C'est aussi le grand pardon pour Marvel après des tonnes de produits avariés. En un seul film, Les Gardiens de la Galaxie efface tout l'univers Avengers et parvient à créer une équipe de super-héros plus attachante que les autres guignols trop sérieux pour être honnêtes. C'est drôle, très drôle mais aussi touchant, tiens, comme le film Lego en fait...


6

C’est un des plus beaux hommages qu’on puisse envisager à l’univers du jeu enfantin, celui qui ne connaît aucune limite et où tout est possible. Un peu comme le cinéma, en somme. A l’image, cela donne ces plans formidables où les protagonistes explosent littéralement les murs invisibles qui séparent les différents mondes, pour mieux propulser leur histoire vers d’autres horizons.


5

C'est un film indispensable à l'époque, à peine une anticipation de notre univers "tout connecté". Ultra moderne solitude qui donne le vertige. Un scénario en or (récompensé par un Oscar), une mise en scène cristalline, un casting sublime et les notes d'Arcade Fire. Cela donne Her, un film d'une beauté absolue et l'oeuvre la plus "naturelle" qui soit sur l'artificialité de notre monde.


4

Des films sur le temps qui passe, il y en a des tonnes. Mais Boyhood, tourné fragments après fragments sur l'espace de 12 ans, donne l'impression de voir pour la première fois le temps qui passe pour de vrai. Richard Linklater, cinéaste passionnant qui a souvent eu des coups de génie de mise en scène (la série des Before, le mal aimé A Scanner Darkly), atteint ici son apothéose. Pas besoin de charger la dramaturgie, le flot de l'existence se suffit à lui-même pour rendre Boyhood bouleversant.


3

Avec le tour de force de Linklater, c'est l'oeuvre cinématographique la plus ambitieuse et réussie de l'année. De la SF métaphorique et expérimentale dont les qualités ne peuvent se résumer en quelques lignes. C'est aussi une oeuvre féministe d'une rare intelligence et d'une grande puissance. Le sommet de "l'année Scarlett", l'actrice qui aura réussi à tourner à la fois dans les meilleurs et dans les pires films de 2014.


2

S'il y a bien un film en 2014 pour lequel on peut déjà parler sans hésiter de chef-d'oeuvre, c'est bien sûr le dernier (?) film de Isao Takahata. Le maître peut prendre sa retraite en paix après ce poème cinématographique à la gloire de la vie sur Terre. D'une beauté visuelle totale, Le Conte de la Princesse Kaguya est encore plus admirable dans sa narration, douce et poignante, qui nous mène vers une conclusion qui nous laisse dévasté.


1

Dans la chanson des Smiths, Panic, Morrissey se plaignait que les morceaux que passait ce satané DJ ne disaient rien sur sa vie. Avec God Help the Girl (et Belle and Sebastian en général), c'est l'inverse. C'est un film qui en dit tellement sur ma vie, au moins sur ma vie passée, il y a bien longtemps, quand les hipsters n'existaient pas, du moins pas sous leur forme péjorative actuelle, souvenez-vous (si vous le pouvez). J'ai ri, j'ai pleuré, j'ai trouvé ça trop mignon pour son propre bien. C'était brillant, frais, tendre et cruel. La musique m'a transporté, ici, et là, et ailleurs. Comme il y a la "chamber pop", ici c'est du "chamber movie". Mais pas du film "en chambre" poussiéreux à la française. Non, du film en chambre libre, heureux, bordélique, sincère et délicat. Et tant pis si God Help the Girl n'a parlé (enfin, chanté) qu'à quelques chanceux spectateurs, le meilleur film de 2014 ne réclamait pas davantage.



Mentions spéciales



Les moments inoubliables de 2014

"Musician, please take heed..."

Les plans d'ouverture et de conclusion de Gone Girl, identiques mais perçus de manière totalement différente par le spectateur.

"We are Groot."

La scène finale de Her.

La scène d'attentat nocturne de Night Moves, Hitchcock ultra minimaliste.

"A down and dusky blonde"

Le passage du monde des Lego à la réalité dans La Grande Aventure Lego.

Timothy Spall dans Mr. Turner.

Tsui Hark fait galoper un cheval sur un monstre marin, tout est normal.

Les dernières minutes de God Help The Girl et le final au son de Dress Up in You.

"Babadook... dooook... DOOOOOOK !!!"

Le temps qui passe dans Boyhood, d'une scène à l'autre, comme ça, si vite, si lentement, inexorablement...

Le générique d'ouverture de Under The Skin.

La fuite nocturne de la princesse Kaguya.

"I'll have to dance with Cassie..."


Bonus : Moments inoubliables séries TV

Les épisodes télé réalité et spécial Noël de Black Mirror. Toute la série en fait.

Eva Green, littéralement possédée, dans Penny Dreadful.

L'alchimie parfaite du casting de Brooklyn Nine Nine.

L'incroyable saison 5 de The Good Wife, exemple très rare d'une série qui trouve son apothéose tardivement au cours de sa diffusion.

L'ellipse à la fin de la saison 5 de Parks and Recreation.

L'épisode "mariage" de la saison 3 de Sherlock.

La saison 8 de la nouvelle série Doctor Who où Stephen Moffat répare ses erreurs passées jusqu'à un final assez déchirant.

L'épisode Ozymandias de Breaking Bad, bien sûr.

Pulaski at Night d'Andrew Bird dans Orange is the New Black.

"Ch'tidermaaaaan !!!"

True Detective : "The light is winning..."

 
 
 
 
 
 
 
 
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