Cinéma 2002
Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours
Austin
Powers dans Goldmember
On ne voit pas tous les jours un blockbuster plein aux as, entièrement dédié au culte de la blague en-dessous de la ceinture. Goldmember est le meilleur épisode, et d'assez loin, de la série des Austin Powers. Bien fait, pas ennuyeux, parfois surprenant, parfois à se pisser dessus de rire (c'est de circonstances). Le film carbure aux références, et les cinéphages ne seront pas déçus. Même ceux qui ne partagent pas la culture "bis" de Mike Myers pourront tout à fait être sensibles à ce qui se passe dans le machin. En général, l'essentiel ne vole pas très haut. Pour tout vous dire, c'est même le degré zéro de la construction comique. Il faut voir comment Myers peut tenir 10 minutes sur un gag pas drôle tournant autour de parties génitales en or ou se taper un monologue sur l'odeur immonde d'un pet de Fat Bastard. Malgré tout, le film a de la classe et de l'énergie et un rythme enfin soutenu. Le générique de début est déjà culte, et c'est vrai que le film s'effondre un peu dans l'enchaînement. Heureusement, le "bestiaire" d'Austin Powers est désormais suffisamment riche pour faire surnager le film à la seule force des numéros d'acteur. Donc on s'amuse tout le temps ou presque et par moment, c'est le nirvana du comique (très) vulgaire et (assez) méchant. Les meilleurs gags tournent autour de Mini-Me, en particulier lors d'une visite médicale à rouler sous son siège. On apprendra aussi plein de trucs très intéressants sur l'anatomie masculine, en particulier toutes les manières que nous pouvons avoir pour faire notre gros pipi.
D'une point de vue, plus, euh... profond... le film est un incroyable bordel de complexes d'Oedipe. On le sait depuis Star Wars, le gag du "tu es mon fils", "elle est ma sur", etc... est toujours d'une efficacité brutale. Il suffit de se rappeler le merveilleux Toy Story 2 pour en convenir. Si depuis le premier Austin Powers la thématique était déjà présente (dans la relation entre le Dr. Evil et Scot), dans ce Goldmember ça vire à la foire total et le final du film devient un grandiose cri d'amour au son de l'inévitable Burt Bacharach. Bah merde alors, non seulement Austin Powers c'est drôle et crado, mais en plus ça nous dit que tout ce dont nous avons besoin c'est d'amour. Et de niquer, aussi. Quand même, faut pas croire.
Mike Myers est un acteur comique génial, uniquement égalé à l'heure actuel par Jim Carrey (qui est peut-être le meilleur acteur du monde, doit-on le rappeler ?). Les multiples guest-stars sont un bonheur de tous les instants (je vous cacherais le nom de la plupart d'entre elles, parce que sinon, c'est quand même moins drôle). Le film pourrait être encore plus drôle, il faut l'avouer, mais le succès ne fléchissant pas, un Austin Powers 4 semble envisageable, et vu que la série fait des bons dans la qualité à chaque suite, le prochain film risque d'être insoutenable. En tout cas, malgré des lourdeurs vraiment trop lourdes, l'essentiel des gags fait mouche (c'est encore une fois le cas de le dire, mais si vous n'avez pas vu le film, vous ne pouvez pas comprendre). A retenir en particulier, outre à peu près toutes les scènes avec Mini-Me, une épastrouillante parodie de clip de rap (bien plus drôle que celle du 2) et quelques incroyables performances de Myers en Dr. Evil. Au final, Goldmember est une comédie incroyablement débile, dégueulasse et tordante, à qui je décerne facilement le prix du meilleur générique d'ouverture de l'année 2002.
Signes
de M. Night Shyamalan
de M. Night Shyamalan
Doucement mais sûrement, Shyamalan poursuit son petit bonhomme de chemin. Si Incassable marquait une avancée gigantesque par rapport au gentil 6e Sens, il est vrai que Signes n'est pas une telle révolution. Cependant, dans ses aspects de blockbuster plus abordable que le film précédent, Signes parvient à maintenir un tel degré d'exigences et d'efficacité que c'est une nouvelle fois un film exceptionnel. Signes est un bonheur de construction dramatique implacable, un instant jouissif de spectacle et aussi un horrible thriller d'épouvante. Certes, on pourra reprocher à Shyamalan de ne pas aller jusqu'au bout des questions que pose son film et, s'il a le mérite de nuancer son propos, il choisit malheureusement trop clairement une réponse dans les dernières minutes du film. Heureusement pour nous et pour lui, ce choix final n'a rien de la lourdeur incroyable de l'interminable fin du dernier Spielberg. D'ailleurs, on peut noter qu'à peu près tous les niveaux, Signes est supérieur à Minority Report ; et ainsi l'élève dépasse le maître.
Le début du film laisse parfois un peu perplexe. Comme à son habitude, Shyamalan dramatise à outrances le moindre petit événement, la moindre réplique, le moindre geste. Aidé en cela par l'inévitable musique de James Newton Howard, il transforme des plans d'une banalité confondante en apothéose wagnérienne (le plan d'un verre d'eau à moitié vide devient le final de Tristan & Isolde, ce genre de choses...). Mais l'on est bien forcé d'avouer que sur un spectateur partagé entre cynisme et premier degré absolu comme moi, cela fonctionne parfaitement. On entre dans le film doucement et sûrement, aidé en cela par un nombre assez conséquent de gags bien lourds mais d'une évidence comique qui permet au film de sortir de son sérieux étouffant. La machine est lancée, vous ne pourrez plus vous échapper.
Bien. Et si ceux qui n'ont pas encore vu cette perle arrêtaient de me lire à partir d'ici et courraient dans le cinéma le plus proche ? Hein ? Allez, allez, hop hop !
Ce qui fait la force du scénario de Signes c'est son aspect implacable, inévitable, sa fatalité qui n'est pas sans rappeler celle du Simetierre de Stephen King. Dès le début on sait que les E.T. ne sont pas venus en paix et l'on sait que cela va faire mal. Même si, et c'est aussi là une grande qualité du film, on ne voit rien de l'invasion planétaire, on vit la catastrophe au plus près. Car, oui, si une telle chose devait se produire, après tout, nous aussi nous ne verrions rien, rien de plus que notre propre terreur, barricadés dans un quelconque abri de fortune, l'inévitable cave de la Nuit des Morts-Vivants. Et c'est dans sa seconde moitié que le film vire au pur film d'horreur. L'instant clef se situant lors de la scène résolument terrifiante de l'apparition de l'Alien sur la vidéo d'anniversaire. Vous allez entendre dire par de nombreuses personnes que Signes c'est "trop nase", mais croyez-moi, j'étais dans une grande salle pleine à craquer, et à cet instant tout le monde a eu peur. TOUT LE MONDE. Et pas seulement les filles. Alors bien sûr, juste après, cela s'est mis à rire, et l'on a commencé à entendre les remarques du style : "ouah c'est un mec dans un costume ! c'est trop mal fait ! il est trop ridicule !". D'une part ce n'est pas un monsieur dans un costume, c'est bien une image de synthèse, et d'autre part il n'est pas du tout "trop mal fait". Shyamalan, conscient que la vision d'un E.T. est toujours ou presque source de ridicule a conjoint la méthode Alien et la méthode Predator : monstre humanoïde beurk + méchanceté brutale + invisibilité = maxi trouille. De la démarche du E.T. à son physique, des instants où ils apparaissent (en général à peine une main) au final (dont je ne parlerais pas du tout, parce que sinon vous ne vous ferez pas avoir), tout est fait pour vous rappeler vos terreurs d'enfants. Car, et je reprends ce que l'on m'a dit fort justement, Signes est un extraordinaire film pour enfants. Un film d'épouvante pour mômes comme on n'en fait plus depuis Poltergeist, Gremlins et même S.O.S. Fantômes. Par contre, si vous y emmenez votre petite soeur ou votre petit dernier, c'est à vos risques et périls. Signes, c'est du concentré de traumatismes.
Mel Gibson est bien sympathique dans un rôle relativement ambigu, mais c'est Joaquim Phoenix qui confirme le mieux tous les espoirs que l'on pouvait placer en lui. En se fondant totalement dans ce rôle de gentil plouc un peu limité, il est à la fois drôle, physique et touchant, définitivement un acteur à suivre. La mise en scène de Shyamalan est sans doute un peu plus discrète que dans ses films précédents, mais elle se réserve quelques morceaux de bravoure d'une efficacité renversante (gag !). La musique de Newton Howard est toujours aussi envahissante mais elle donne un rythme sauvage aux scènes de suspens. La photographie de Tak Fujimoto est comme à l'habitude d'une réelle splendeur dans la fausse sobriété.
Même si Signes reste un film de divertissement américain, Shyamalan prend le temps et le soin de développer un discours relativement fin et riche en ouvertures. Il faut l'avouer, le 11 septembre et la paranoïa guerrière des USA donnent à Signes un goût assez amer, mais, au final, c'est du Moyen-Orient que viendra (très ironiquement) la solution pour repousser les envahisseurs hors du monde. Non, cette fois les américains n'ont pas sauvé la Terre, et la bonne famille éprouvée de papa Gibson a juste réussi à survivre. Et c'est en cela que Signes est peut-être un grand film. Dans son conte terrifiant d'une simple histoire de survie, un huis-clos vécu au plus près de gens simples, avec des croyances et des préoccupations simples.
Au final, Shyamalan privilégie la subjectivité, ce qui est à la fois enthousiasmant et très problématique. Signes peut aussi bien justifier une belle vision philosophique de notre monde que n'importe quel fanatisme autarcique. Au spectateur de tirer ses propres conclusions, car le film n'impose rien et son final où "tout fait sens" est avant tout un monument de suspens "fun". Pour nous autres, doués d'un peu de recul, Signes ne semble présenter que les risques de quelques cauchemars bien mérités ; mais pour le spectateur américain dopé au "In God We Trust", le dernier Shyamalan est une arme. Signes est peut-être une épée sublime, que l'on ne cesse d'admirer mais dont il ne faut pas oublier qu'elle peut aussi tuer. Et dans ses ambiguïtés, Signes devient plus qu'un génial divertissement. Mais sans aller trop loin, au simple premier degré du spectateur qui veut passer une heure quarante scotché à son siège et ne pas sortir de la salle en ayant déjà tout oublié de ce que l'on vient de lui raconter, Signes est une sacrée réussite. Signes est l'un des films les plus intéressants de l'année. Et c'est aussi le plus flippant. Moins définitif qu'Incassable, mais déjà un classique.
Minority Report
de
Steven Spielberg
Ca ? Le meilleur film de Spielberg ? Cela serait faire bien peu cas d'un metteur en scène que l'on peut détester, mais dont on ne peut pas nier le talent. Minority Report n'est en aucun cas le meilleur film de Steven Spielberg. Il se classerait plutôt dans la catégorie de ses réussites mineures, plus voisin d'un Jurassic Park que d'Empire du Soleil. A vrai dire, dans ses deux premières heures, Minority Report retrouve une partie du plaisir des Indiana Jones (gags à base de globes oculaires et de vomis à l'appui). Avant de se vautrer assez sévèrement lors d'un inter-minable final de près d'une demie-heure bien embarrassante. Niveau mise en scène pure et dure, les meilleurs instants sont des reprises des coups de tonnerre du Soldat Ryan mais en version SF. Dans ses moments les plus maladroits, Minority Report est un douteux ballet de mouvements de caméra circulaires. Pour ce qui est du scénario, c'est du K. Dick, certes, mais ce n'est pas Blade Runner. Spielberg a transformé Dick en un thriller très classique qui n'offre que très peu "d'évasion", là où le chef-d'uvre de Scott ne cessait de nous ouvrir des portes vers des questionnements infinis et des plaisirs esthétiques sans pareil.
On sent Spielberg tenté par les chemins de traverse, on le sent envieux du trône de Kubrick, on le sent plein d'entrain lorsqu'il s'agit de mélanger métaphysique et scènes d'action bien spectaculaires. Mais il n'ose pas, il reste sur le quai. Et Minority Report est un film bien moins "mâture" que Duel ou que Les Dents de la Mer... Même si l'aspect mielleux est plus ou moins passé à la trappe (sauf dans cette putain de dernière demie-heure), le film n'est pas très méchant, du moins pas beaucoup plus que Les Aventuriers de l'Arche Perdue (revoir les deux films et comparer) et sans doute moins que Le Temple Maudit et Empire du Soleil. Non, Minority Report est un bon divertissement, par moments supérieurs à Jurassic Park et par moments inférieur (principalement dans cette saleté de dernière demie-heure digne des pires Hollywood Nights). Le film a ses mérites (notamment quelques excellentes idées, quelques bons coups de poing dans la gueule et surtout une flopée de gags hilarants). Mais il reste bien lourd, bien laborieux et bien coincé. Et surtout incroyablement prévisible. Ce qui, pour un thriller de ce niveau, est particulièrement handicapant. Il faudra maintenant passer le test de la seconde vision et donc de la mort du suspens, pour savoir si ce Spielberg survivra au temps. Mauvais signe, une semaine après la vision, peu de scènes restent gravées dans la mémoire (l'entrée des Spyders dans l'immeuble, le regard halluciné de la Precog, quelques traits d'humour plus ou moins fins, une partie de la fameuse poursuite, un peu de la scène d'ouverture, mais encore trop de la vilaine dernière demie-heure...). En tout cas, c'est un très bon divertissement. Et c'est bien là l'essentiel.
Le Pianiste de Roman Polanski
Un film respectable, admirable, un grand sujet, un metteur en scène qui abandonne ses vilains penchants pour panser les blessures de son passé. Une Palme d'Or à la clef. Tout est logique, sans accroc, simple, un peu fastidieux par moments, un peu longuet aussi, et parfois lourdement mélo. Mais la musique est très belle, Adrien Brody joue très bien, la mise en scène évite en grande partie le tape-à-l'oeil tout en réservant son lot de coups d'éclat. Le vrai problème de ce film est sans doute d'arriver après tous les autres chefs-d'oeuvre évoquants la Shoah. Bref, même si ce récit d'un pianiste "chanceux" qui passe la guerre caché, possède son originalité et des aspects humains splendides, il vient s'inscrire sans faire de bruit dans la filmographie de Roman Polanski. Il y trouve une place à part, mais il ne fera jamais oublier que le cinéaste est avant tout l'auteur de Rosemary's Baby et de Chinatown.
Photo Obsession de
Mark Romanek
Robin Williams voulait nous rappeler qu'il est un bon acteur et qu'il a parfois envie d'être autre chose que le Dr. Patch ou le super prof qui va vous apprendre à apprécier la vraie vie qui est bien oui alors chouette ! C'est chose faite avec ce Photo Obsession où son aspect de gentil monsieur tout le monde un peu pataud donne au personnage principal ce qu'il faut de tristesse banale mais touchante. Mark Romanek, l'excellent metteur en scène du plus beau clip de NIN (Closer, certes un plagiat des travaux de Peter Witkin, mais bon, quand même), se fend d'un joli premier film. Un premier film dont l'histoire principale n'est qu'un prétexte pour accumuler les détails et les plans chiadés. Cette histoire principale est d'ailleurs assez embarrassante, tant sa morale n'est pas des plus claires ni des plus palpitantes. Par contre Romanek offre un grand moment de mise en scène pure et dure, notamment lorsqu'il crée du suspens avec rien du tout et simplement avec le rythme images-musique. Au niveau du plaisir ressenti en salles, c'est du tout bon. Même s'il ne reste rien une fois la porte de sortie franchie. Photo Obsession (One Hour Photo en VO, c'est quand même plus classe et ceux qui prononcent Photo Obsechione comme des cons l'ont dans l'os), est un thriller plus raffiné que d'habitude, visuellement très intéressant, avec un Robin Williams attachant et au top de son niveau, mais aussi avec comme principal défaut un scénario quasiment inutile et qui tire sévèrement l'ensemble vers le bas. On peut s'ennuyer un tantinet (surtout au milieu du métrage), on peut trouver certaines scènes ratées, mais on appréciera ce coup d'essai. Espérons juste que Romanek n'a pas tout dit dès ses débuts et que le succès du film lui permettra de se lâcher un peu plus la prochaine (parce qu'il reste définitivement trop coincé, le petit). Quant à Robin Williams, une cure chez Shyamalan semble la seule voie vers la guérison totale.
Play Time de Jacques
Tati
Je le dis ailleurs sur ce site, mais Jacques Tati est toujours le meilleur metteur en scène à avoir foulé le sol français. La ressortie de Play Time dans sa version intégrale restaurée (le film est désormais en DTS) grâce à monsieur Deschamps (et aussi à Vivendi (!!!), à GAN, à Arte, et à une flopée d'autres) est l'événement cinématographique de l'année, loin devant un quelconque blockbuster. L'occasion de redécouvrir sur grand écran que Play Time n'est pas seulement l'un des films les plus novateurs, délicats et finalement beaux de l'histoire du cinéma, mais qu'il est bien LE plus grand film français de tous les temps. Oui, je sais, c'est excessif, cela ne veut pas dire grand chose, mais c'est la stricte vérité. En salles, Play Time retrouve sa véritable dimension. Et les scènes ajoutées avaient bien été coupées en dépit du bon sens. Par exemple, on ne comprenait jamais comment Hulot passait de l'immeuble des bureaux à l'exposition commerciale. Et bien maintenant on a droit à la transition dans un mouvement de caméra entre portes transparentes (et un gag supplémentaire relatif aux fauteuils qui font "pfffrout !", plus forts que les chevaliers qui disent "Ni !"). De même, la séquence (franchement expérimentale) des appartements avec fenêtre géante donnant sur la rue, d'une beauté sublime qui retrouve le génie créatif des films muets, retrouve sa pleine durée. Elle atteint ainsi une dimension quasi métaphysique qu'elle n'effleurait qu'à peine dans le montage traditionnel. L'interaction entre les deux appartements y est décuplées et le jeu sur la durée en devient kubrickien.
La seconde moitié du film est restée la même, avec le plus grand moment de comédie chorégraphiée de l'histoire du cinéma : le Royal Garden. On assiste à un véritable ballet, où tous les détails agissent les uns par rapport aux autres. Jamais l'image et la bande son n'ont été à ce point entrelacés (sauf chez Lynch, par exemple, l'héritier avoué du cinéma de Tati). Et ce n'est qu'à la toute fin du film que l'on retrouve un ajout bouleversant. Car la touriste américaine entre avec Hulot dans le magasin, juste le temps de lui poser la main sur l'épaule... Play Time apparaît alors comme le film synthèse de l'uvre de Tati et remplace Mon Oncle dans mon cur. Le chef-d'uvre de Jacques Tati a fait peau neuve, et, avec le Voyage de Chihiro et sans doute Avalon, c'est pour l'instant le seul film sorti en salles cette année qu'il était IMPERATIF d'aller voir plusieurs fois. Bah zut alors ! Play Time meilleur film de l'année 2002 ? Sans le moindre doute !
Mes Chers Voisins de Alex de la
Iglesia
Et ne venez pas me dire que je fais du mauvais esprit !
Le nouveau film de Alex de la Iglesia est une véritable déception. Personnellement, de la Iglesia, je suis fan depuis Action Mutante et Le Jour de la Bête, deux perles de série B qui annonçaient le renouveau du cinéma espagnol populaire. Mais petit à petit, après Perdita Durango et Mort de Rire (est-ce bien le titre français ?), on a compris que le petit Alex avait trouvé le filon et se contentait de refaire toujours le même film en changeant un tout petit peu le contexte. En gros : les personnages principaux ne cessent de se tirer dans les pattes pour une raison ou pour une autre. Chez de la Iglesia, tout le monde (ou presque) est logé à la même enseigne, tout le monde est pourri, mesquin, violent, souvent bête et méchant. Très méchant, même, si on se souvient de Action Mutante, premier film coup de génie qui reste le meilleur du metteur en scène. Mes Chers Voisins, c'est encore Action Mutante, mais en version bourgeoise, peinarde, vieille, lourdaude. Pour essayer d'insuffler un peu d'originalité dans son cinéma qui bat de l'aile, De La Iglesia rend "hommage" à Hitchcock (et presque inévitablement aussi à De Palma). Non, mais là, ce n'est plus de l'hommage, c'est carrément de la parodie plan par plan. Du générique du début aux cadrages dans l'immeuble en passant par le final, tout n'est que références à un film de Hitchcock ou à un autre. Les meilleurs moments sont d'ailleurs ceux qui s'éloignent un peu de cette fixette, ou du moins qui parviennent à trouver un gag vraiment percutant pour des situations mille fois parodiées par le passé.
Alors bien sûr, tout le monde vous parlera de Charlie, le nerd Star Wars, véritable héros du film et source de la moitié des gags à lui tout seul. Et oui, Mes Chers Voisins est ENCORE un film de nerd pour les nerds ! Quant au "retour" de Carmen Maura, il est certes courageux et percutant, mais bon, ça sent quand même l'ex-star qui a du mal à payer ses impôts. Saluons quand même sa performance très très "physique". Quant au gag parodiant Matrix, c'est celui qui a fait le plus rire dans la salle. Notamment les sales cons de nerds pseudo cinéphiles qui étaient juste devant moi. Bah merde les mecs ! Faut arrêter avec les sauts d'un immeuble à l'autre ! N'oubliez pas que le saut d'immeuble est source de l'une des plus fortes scènes d'ouverture d'un film (Vertigo, pour vous rappeler les évidences) et aussi source de l'une des plus puissantes scènes de l'histoire du cinéma (Blade Runner ? Vous vous souvenez au moins du chef-d'uvre absolu de Scott qui renvoie toujours, 20 ans plus tard, tous les films hollywoodiens d'aujourd'hui pleurer chez leur mère. Comparez ! Qui est le plus beau et le plus intense ? Matrix, le Seigneur des Anneaux, Spider-Man ou bien toujours et encore Blade Runner ? C'est tellement réjouissant d'enfoncer les portes ouvertes...). Bon, où en étais-je ? Et bien Mes Chers Voisins est un film sympathique, vite vu, vite oublié, à part pour sa jolie fin. Voilà, voilà.
Blade II
de
Guillermo Del Toro
Blade 2, c'est le genre de film qu'on aimerait adorer. Le genre de clef de voûte du cinéma de pur divertissement, pour laquelle on aimerait sauter sur les gens dans la rue en leur hurlant : "aaaaaah Blade 2, c'est trop bien !!!". On voudrait y perdre toute retenue, oublier que l'on est avant tout fan de Tarkovski et de Miyazaki, pour se dire que bon sang merde alors foutredieu, Blade 2 c'est le plus grand film du monde. Le genre de sensation que l'on ressent après avoir vu ou revu AlienS, Die Hard 1 & 3, Predator, Darkman, Batman, Sleepy Hollow, A Toute Epreuve, The Frighteners... Pouvoir suspendre son jugement au profit d'un plaisir simple, visuel, auditif, sensible, mais vraiment purement sensible ; entre le cri des tripes et la décharge masculine de testostérones en rut.
Si cela fait quelques temps que j'attends LE film hollywoodien qui me procurerait à nouveau d'aussi grandioses élans (Pitch Black et le premier Blade, n'étant pas loin d'avoir réussi le tour de force), je misais beaucoup sur Blade 2. Beaucoup ? Tout, oui ! On nous annonçait la claque du début du millénaire. Le nouveau film qui allait changer le cinéma hollywoodien. Pour preuve, voici un exemple des plus amusants. Après avoir vu Blade 2, les frangins Wachowski sont retournés améliorer leurs séquences d'action de Matrix 2 & 3. Comme ils avaient à l'époque re-tourné leurs scènes du premier opus après avoir vu Blade (Matrix en mieux, ne l'oublions pas !). Alors ? Alors vous allez attendre pour savoir si Blade 2 est aussi bien que l'on a voulu le dire. Si vous avez vu le film, vous connaissez déjà la réponse. Mais brisons un peu du suspens. Non, Blade 2 n'est pas aussi bien que Time and Tide et que Legend Of Zu, mais Tsui Hark ne filme pas les super-héros, il EST un super-héros. Poursuivons.

A priori, Blade 2 n'a rien d'un chef-d'uvre. Il n'invente aucune situation originale, il ne fait que reprendre un cahier des charges parfois grotesquement prévisible (mais pourquoi faut-il TOUJOURS une scène de rave pleine de musique à chier ???). Del Toro reprend aussi bon nombre d'idées du premier Blade, et pas seulement au niveau du scénario, non, la mise en scène se permet parfois des plans directement repris du premier épisode. Blade 2 n'est pas AlienS, ni Die Hard. Le scénario, bien ficelé, malin, efficace, n'est pas un monument de chorégraphie, ni même de rythme (bien qu'à ce niveau, Blade 2 soit très largement supérieur au premier film). On n'est pas chez McTiernan, ici rien n'est aussi parfait que la première heure de Die Hard 3 ou que la dernière demie-heure de Predator. Pour Del Toro, ce qui compte, et c'est tant mieux, c'est de jouer la surenchère. En ce moment tout le monde fait de la surenchère, vous allez me dire. Oui, mais chez Del Toro, la surenchère a de la classe.

Car ce type a une vraie vision de mise en scène, qui n'arrive pas encore à s'exprimer pleinement dans Blade 2. La plus flagrante, et sans doute la meilleure, des preuves, c'est sa faculté à filmer les scènes d'action de manière originale. Oh crotte, ça y est, le mot est lâché ! Blade 2 est original ! Et je viens juste de vous dire le contraire ! Oui, il y a de l'originalité dans Blade 2, mais pas suffisamment pour en faire une date clef (quoique...). Le véritable choc, c'est que ce grand type (ou gros type, oui, je sais) de Del Toro, nous filme des combats en plans de longue durée ! Des plans LONGS !!! Des putains de plans LONGS !!! Enfin ! On n'est plus dans cette bouillie foutraque à la X-Men, à la Michael Bay, à la Bruckheimer. Del Toro se dit : "le seul génie au monde qui peut maîtriser le montage bourrin en en faisant un art à part entière, c'est Tsui Hark. J'ai vu Zu 2, j'en suis sorti tellement malade et abasourdi que j'ai décidé de ne pas chercher à bêtement surenchérir (ce qui relève de l'impossibilité physique)." Et Del Toro (qui n'a sans doute pas vraiment pensé ça, ne lui faites pas dire mes conneries à ce pauvre homme), quelle que fut sa motivation (européenne, asiatique, comics, nerd, je ne sais pas....), a eu diablement raison. Même s'il reste du montage fatigant dans Blade 2 (qui tape qui ? où ? comment ? pourquoi ? ça bouge mais kidoncou ?), on peut voir des combats et des gun-fights en comprenant quelque chose à ce qui se passe à l'écran. On nous dit que le montage qui charcle, ça fait jeu vidéo. Mais non ! Dans les jeux vidéos on comprend toujours ce qui se passe, on voit ! C'est le but ! Sinon, la gestion de la caméra est nulle et le jeu est injouable. C'est pareil au cinéma ! Au cinéma c'est même pire, car le spectateur ne peut pas appuyer sur un bouton pour recentrer la caméra ou la faire tourner. Non, c'est au metteur en scène de... mettre en scène. Et Del Toro met en scène ! Et de quelle manière ! Lorsqu'il parvient dans la boîte de nuit à gérer bien cinq (5 !) situations à suspens en même temps, sans que l'on y perde une seule seconde son latin ! Hum, ça sent le grand film, non ? Attendons encore un peu...

Rien que pour cela, Blade 2 est déjà un film estimable. Si je vous dis ensuite que ces scènes d'action sont peut-être les plus spectaculaires jamais filmées dans un film occidental (oui, je précise bien : occidental). Si je vous dis que les effets numériques sont là, mais pas du tout omniprésents et d'une discrétion souvent agréable (ce n'est ni Matrix, ni The One). Que Del Toro n'abuse pas du ralenti et de toute la clique de ses dérivés (bullet time & co). Que l'enchaînement de ces séquences est bluffant (on a presque la sensation que cela ne s'arrête jamais, mais bon ce n'est pas Versus quand même). Vous pouvez penser que nous tenons LE film jouissif que nous espérions et que Carpenter avait ébauché l'année dernière avec son Ghosts Of Mars.
Oui, sans doute, oui. De plus : Wesley Snipes est Blade. Définitivement. Le rôle d'une carrière. D'une carrière dédiée à la série B (voire Z). Il ne fait rien, ne joue pas, il se contente d'être classe, à la fois ridicule et grandiose. Comme tous ces super-héros que l'on aime. Le reste du casting est une brochette délicieuse de seconds rôles adorables. Kris Kristoferson est de retour, en pleine forme et atteint ici une certaine apothéose de son rôle de "vieux baroudeur bougon au grand cur". Chez les vampires, outre un viking du 13e Guerrier, on retrouvera l'inégalable Ron Perlman, acteur génial s'il en est, qui sera bientôt Hellboy, une nouvelle fois pour Del Toro (c'est peu dire si on espère que ce film sera LE chef-d'uvre qu'il se doit d'être). L'inévitable touche féminine au milieu de ce monde de brutes, est campée par un sosie gothique de Laeticia Casta. Leonor Varela est trop "parfaite" pour être vraiment attachante. Nyssa, possède deux inévitables fonctions : exciter la libido de tout le monde dans sa combinaisons en cuir puis dans la belle armure noire et brillante du BloodPack, et apporter une touche délicate à un final prévisible mais joliment filmé.

Et Del Toro se prend pour Cronenberg. On le savait depuis Cronos et d'autant plus depuis Mimic (que le gars Cronenberg avait défendu, malgré la quasi nullité du film, c'est vous dire !), Del Toro est une fusion entre le réalisateur du Festin Nu et le Brian Yuzna de Society. Il lui faut des mutations crades, des autopsies guignolesques, il faut que cela suinte, que cela bave, que cela soit tout aussi cartoonesque que totalement réaliste. A ce titre, le mode de nutrition des Reapers est une merveille du genre. C'est beurk. Vraiment beurk. Bien sûr on pensera à Frissons et à Rage de Cronenberg (le virus qui se transmet par la bouche et au moyen d'une entité organique quasi indépendante à la forme phallique très prononcée), mais on n'a pas le temps de trop réfléchir à tout cela. Del Toro a déjà enchaîné sur une autre scène diablement maligne et toujours visuellement très maîtrisée.

Le film n'est jamais sérieux. Ce n'est qu'une succession de punchlines stupides et d'insultes pittoresques. Ne manquez pas la VF si vous en avez l'occasion ! "Daywalker" est traduit par "Diurnambule" (ça ne s'invente pas !). Fous rires garantis ! La musique fait n'importe quoi (ah l'avancée du Bloodpack avec un gros rap à fond la caisse) mais finalement s'en sort plutôt bien (le mix entre techno et rap privilégie l'identité Black du film et c'est fort bien venu). D'ailleurs en parlant d'identité Black, il est clair que Del Toro a bien compris la porté iconique que pouvait avoir Blade. C'est le super-héros black ! Shadowman a trop attendu pour faire son apparition à l'écran. Wesley Snipes est le Batman noir, le Spider-Man élevé au Ice Cube et à Marvin Gaye. D'ailleurs Blade est cool comme Shaft et il n'est à n'en point douter LE Shaft ou le Jim Brown de notre époque. Shaft tapait du dealers, aujourd'hui c'est la métaphore qui prime, mais Blade fighte du vampires et du manipulateur génétique. Del Toro fait uvre à la fois nostalgique et novatrice. Et encore une fois je suis pris à mon propre piège, car oui, Blade 2 est un film novateur.

Face à ce film, deux solutions s'offrent à vous. Soit vous restez sur le palier et vous considérez cet empilement de clichés et de poses comme un machin pour djeunz sans cervelle. Soit vous vous réjouissez de ce pur film de poseur qui ne se prend jamais au sérieux et qui ne veut vous transmettre qu'une seule chose : un plaisir de gosse. Un plaisir d'ado crétin, oui, mais pas en nivelant vers le bas. Non, un plaisir d'ado crétin qui ne vous prend pas pour un con. Un plaisir d'ado crétin qui soigne son look, qui s'amuse avec vous, au lieu de se moquer de vous. Sincère Blade 2 ??? Infiniment ! Del Toro sait qu'il fait de la série B et il fait cela comme s'il faisait de l'art. Le type a tout compris et il est peut-être de la trempe des plus grands. Si Hellboy tient ses promesses, Del Toro ira rejoindre McTiernan, Burton et autres Sam Raimi, là haut, tout là-haut dans les étoiles des metteurs en scène qui savent se faire plaisir, nous faire plaisir, avec sincérité, avec fun, avec du talent, avec des idées, avec, et oui, un coeur. Il y a du John Carpenter dans cet homme là ! Le cinoche du samedi soir est un art. Blade 2 en est l'un des chefs-d'uvre.
P.S. : SPOILER (à sélectionner à l'aide de votre ustensile ressemblant très vaguement à une souris de laboratoire) : : un autre argument en faveur d'une vision de Legend Of Zu par Del Toro avant de faire Blade 2 est sa fin mélodramatique. En effet, la mort de Nyssa, lentement dispersée par le soleil, n'est pas s'en rappeler la mort de la sublime Cecilia Cheung dans Zu 2. L'effet est le même et intervient aussi dans les instants les plus émouvants du film. Sans entrer dans le détail de Legend Of Zu, je note la parenté troublante des deux scènes (des trois scènes en fait, puisque l'effet intervient deux fois dans le film de Tsui Hark). Voilà, voilà.

Spider-Man de Sam Raimi
Peut-on tout pardonner à nos idoles ? Peut-on pardonner à Burton de n'avoir délivré qu'un bon film avec sa Planète des Singes (l'aspect bestial et l'ambiance sont grandioses, mais le reste est basique) ? Peut-on pardonner à Peter Jackson d'avoir fait du Seigneur des Anneaux une publicité pour le livre de Tolkien et de ne pas avoir osé faire un film, son film ?? Peut-on pardonner à l'équipe de Squaresoft d'avoir fait du film Final Fantasy un "actioner" hollywoodien avare en pauses poétiques ? Peut-on pardonner à John Carpenter de faire avec Ghosts Of Mars une série Z jouissive mais vraiment très Z ? Peut-on pardonner à McTiernan de conceptualiser son remake de Rollerball au point que l'on ne sait plus si c'est du 1er ou du 25687e degré ? Peut-on et doit-on pardonner Sam Raimi, roi des fans de Comics, auteur des plus grands Comics live de l'histoire du cinéma (Evil Dead 1, 2 et même 3, Darkman bien sûr, mais aussi Mort Ou Vif, et surtout, et l'on a tendance à l'oublier, Mort Sur Le Grill), d'avoir fait avec son Spider-Man une uvre sincère mais dénuée de la moindre magie. Sam Raimi, comme la majorité des cas cités précédemment, a mis en scène un bon film, mais pas un grand film, et encore moins un chef-d'uvre. Les temps sont durs pour les héros !

Car Spider-Man avait beaucoup pour réussir. Un grand metteur en scène, un Comics parmi les meilleurs et les plus cultes, une équipe solide, un budget hollywoodien... Le projet traînait depuis des siècles dans les tiroirs des grands studios, et après avoir longuement été le joujou de James Cameron (comme la Planète des Singes, tiens donc !), le petit monde des fans de Comics ne fut rassuré que lorsque le nom de Sam Raimi fut définitivement attaché au projet. Sam Raimi, pour le cinéphage, c'est monsieur Evil Dead, mais c'est aussi monsieur Darkman. Et Darkman, c'est LE Comic live par excellence. Alors Spider-Man ne pouvait être qu'une réussite. Et on retrouvera dans Spider-Man beaucoup de choses déjà vues dans Darkman, des plans entiers par endroit ! Voire tout le final (en plus spectaculaire, certes, mais c'est quasi exactement les mêmes séquences). Raimi prend le temps de changer l'immeuble en construction par un pont ; mais le héros qui fuit la femme qu'il aime pour accomplir son destin de super-héros, en déclamant une tirade qui s'achève par "I am truc-Man !", hum, hum... On ne pourra pas reprocher à Raimi de réutiliser ses coups de génie, bien sûr, surtout sur un projet aussi exigeant, mais là où le bas blesse, c'est que cela fonctionne toujours moins bien que dans Darkman.
Peter Parker a beau être un héros torturé, il ne tient pas un seul round face à la tragédie du Darkman (et ne parlons pas de Batman, il est même moins touchant que le Clark Kent des deux premiers Superman). Ses préoccupations d'adolescent mal dans sa peau font échos à celles des X-Men, mais comme dans le film de Bryan Singer, elles sont bien platement agencées. Darkman, comme Batman, est un héros adulte, Spider-Man est un héros adolescent, bien loin de la maturité, et son traumatisme essentiel (la mort de son oncle, par sa faute de surcroît), pourrait faire de lui un personnage tragique. Malheureusement, cet élément clef n'est pas du tout mis en valeur dans le film. C'est même une ficelle de scénario plus qu'un véritable centre émotionnel. Toutes les interactions entre les principaux personnages se veulent complexes, elles sont à peine ébauchées.

La romance, par exemple, est d'une platitude proche du soap opera. Et elle n'est pas aidée dans son émotion par le jeu étonnamment fort limité de Kirsten Dunst (transparente, potiche à la Kim Basinger du premier Batman, le "syndrome laitue" a encore frappé). Par contre, Tobey McGuire s'en sort fort bien, avec un rôle qui risque de le poursuivre très longtemps. Le méchant ne manque pas de charisme, il se veut grotesque, il l'est, mais pas du tout à la manière burtonienne. On le voudrait écho du Joker ou du Pingouin, ce n'est qu'un dessin animé. Il n'est ni effrayant, ni émouvant, ni inquiétant, ni surprenant. Quand un film de super-héros faillit sur son méchant, cela sent la débâcle. Burton l'avait compris, lui qui a toujours préféré les adversaires de Batman à Batman lui-même. Raimi veut faire de Peter Parker, LE point pivot de tout le film. Et cela est louable. Mais Parker n'a pas l'envergure nécessaire. Et l'on souhaite que la suite (les suites !) rattrapent ces faiblesses. Après tout, le premier Batman n'est qu'une broutille en comparaison de Batman Returns. Quant au baiser sous la pluie, il est presque déplacé dans toute cette histoire de frigidité masculine et de mortification adolescente.

La mise en scène de Raimi est noyée par les SPFX. Les dernières marques de reconnaissance du grand bonhomme sont les plans empruntés à ses précédents films. On le reconnaîtra aussi dans la brutalité de certaines scènes. En particulier la confrontation finale entre le Goblin et Spider-Man, qui rappellera grandement... la fin de Predator (on y perd son latin...). Agressif, le film l'est assez souvent. Chose assez étonnante pour une uvre très grand public. Comme si Hollywood permettait plus de choses aux blockbusters sûrs de leur succès (cf la violence du Seigneur des Anneaux), tout en poursuivant sa politique du "délit de sale gueule" en coupant systématiquement les ambitions des auteurs qu'elle méprise (Burton, McTiernan, Carpenter...). Sam Raimi bouffé par le système sur certains points, c'est indéniable. Mais la passion du fan subsiste et il est difficile de remettre en cause la sincérité de son Spider-Man. Mais de là à le trouver supérieur à la Planète des Singes de Burton, je n'y vois que de l'hypocrisie en branches. Le Goblin est-il plus charismatique que Thade ? Kirsten Dunst plus passionnante que Ari ? Et les seconds rôles plus développés ?? Non.

Alors, oui, c'est Spider-Man sur grand écran. Et c'est le fantasme de beaucoup de jeunes et de moins jeunes. Les fans de Peter Parker y trouveront leur compte, comme avec X-Men ou avec le Seigneur des Anneaux. Mais juste leur compte. Pas plus. Certains seront sans doute déçus. Pour les autres : là encore ils se trouveront face à une belle enluminure qui les tient soigneusement à l'écart de la grande fête. Spider-Man suppose une nouvelle fois que l'on sache déjà de quoi il en retourne avant d'entrer dans la salle. Que l'on en sache suffisamment, sans en savoir trop. Comme si l'émotion de la mort de l'oncle Ben se trouvait dans le Comics et non dans le film, comme pour la mort de Boromir, comme pour les errances de Serval. Là où Burton créait de l'émotion chez une Selina Kyle ou un Pingouin, Raimi laisse l'émotion sur le papier. On peut saluer la démarche (le film s'efface devant sa source), comme on peut la regretter fortement (on renonce à faire une uvre nouvelle et ambitieuse).

Le film possède ses forces, notamment visuellement. On a parfois l'impression d'être Spider-Man en train de filer d'un gratte-ciel à l'autre. Mais l'on ne ressent rien, ou si peu. Et pour les quelques vraies idées (le sixième sens d'anticipation de Peter Parker en bullet-time, la scène de catch très drôle ("hey ! it's not my name !"), quelques moments vraiment intenses), c'est la tiédeur qui domine. Pour exemple la partition de Danny Elfman, qui recycle toutes ses anciennes et surtout récentes bonnes idées (les churs de Sleepy Hollow, l'électronique de la Planète des Singes), sans créer de thèmes forts ou de surprises. Elfman n'est novateur que chez Burton, ou alors quand on ne l'attend pas du tout (la partition de Freeway !). Et il n'y a même pas un thème aussi immédiatement évocateur que celui de... Darkman (déjà de Elfman, qui est abonné à tous les "man", forcément). Spider-Man est un bon film, un film de fan, une bonne adaptation, très fidèle, trop fidèle. Ce n'est malheureusement, en fait, même pas une adaptation, mais juste une mise en image. Et encore une fois, j'en viens à demander s'il faut préférer une mise en image à une véritable adaptation (aussi discutable soit-elle), comme le sont la Planète des Singes et Rollerball ? Chaque uvre à ses mérites et ses défauts. Avec Spider-Man, le bon moment est garanti. Mais le grand frisson est encore bien loin. Alors pourquoi ne pas retourner voir Blade 2 ???