Hits
Le
meilleur groupe anglais des années 90, qui détient, d'après moi, bien sûr,
un nombre de records musicaux assez impressionnants (meilleur vidéo clip pour
This Is Hardcore, meilleur single pour Common People, meilleur chanson pop-rock
des 90's pour Razzmatazz, meilleur album de la seconde moitié des 90's pour
This Is Hardcore, meilleur textes de tous les temps, meilleure chorégraphie
d'un chanteur, etc...), quitte Island, la maison de disques qui l'hébergeait
depuis Intro. En quittant Island, Pulp quitte aussi et pour le meilleur,
Universal Music, mais risque aussi, pour le pire du pire, de nous quitter définitivement.
Ne le cachons pas, ce "Hits" sent le sapin, la dernière liquidation
avant fermeture. Même si on connaît toutes les chansons du disque par cœur
jusqu'à l'overdose pour certaines d'entre elles (à part l'inédit et
emphatique Last Day Of The Miner's Strike), Hits nous permet de faire le bilan
des dix années chez Island et de s'offrir un merveilleux voyage dans le temps.
Il n'y a pas à
dire, les débuts de Pulp chez Island correspondent à une explosion créatrice
incroyable. De la période Intro et His'n'Hers, il n'y a rien à jeter.
Absolument rien. La moindre face B enfonce tous les albums pop-rock concurrents.
C'est à la fois dynamique et mélodique, cynique et émouvant, cruel et drôle.
Toutes les chansons tiennent du miracle et sont des classiques indémodables.
Sur Hits, les quatre singles présents, du mythique Babies au non moins mythique
Do You Remember The First Time en passant par l'hallucinant Razzmatazz et le
spectorien Lipgloss ; ces quatre singles touchent les étoiles sans la moindre
faiblesse. On peut danser dessus, on peut rire dessus, on peut pleurer dessus,
on peut réfléchir dessus, on peut chanter dessus, on peut tout faire avec ces
chansons. A cet instant, Pulp est bien LE plus grand groupe de la planète.
La période
suivante est celle de Different Class et aussi celle de la consécration
publique, critique (déjà bien entamée avec His'n'Hers et son Mercury Prize)
et universelle. Common People, sans doute la chanson la plus connue du groupe,
bat le Scream de Michael Jackson dans les charts anglais et devient l'hymne
d'une époque, voire d'une génération. Un monument historique qui n'a rien
perdu de son efficacité à tous les niveaux. La pop la plus parfaite doublée
de textes ironiques, justes, intelligents, touchants. Mais que demander de plus
? Sorted For E's & Wizz fit scandale en son temps, à l'intérieur du single
on apprenait comment réaliser une pochette à acide. En même temps, la chanson
ne laisse pas beaucoup de place au doute. Jarvis Cocker parle de la drogue et
des "techno parties" qui peuplaient les 90's, avec un humour qui dératise
et une profondeur qui ne se cache que pour mieux frapper dans le mille. On
notera l'absence du jumeau de Sorted, Mis-Shapes, que Jarvis n'aime plus. Tant
pis. De toute façon il faut acheter tous les albums. Disco 2000, sous ses
aspects de Lost In The Supermarket discoïde est transcendé par des paroles
d'une nostalgie ironique comme seul Jarvis peut en écrire (et en chanter).
Quand le "tube" devient la synthèse entre Il Etait Une Fois En Amérique
et Ed Wood. Aussi désespérant que joyeux. La perfection. Et je ne vous parle même
pas des clips, les plus réussis de l'histoire du média, car le DVD sort en décembre.
Enfin, la ballade qui assassine sur place, le gracieux Something Changed, vient
achever l'état de grâce du groupe.
La chute
n'en est que plus douloureuse. Finie la pop aussi triste que gaie, la descente
se nomme This Is Hardcore et devient l'un des disques les plus sombres et
douloureux de la Création. Le premier single, le monstrueux Help The Aged, dopé
par un riff qui cisaille, nous dit, toujours avec le même humour à froid, que
tout vieillit et que tout disparaît. Le début de la fin pour le groupe à
Jarvis. Le single suivant, le bien nommé This Is Hardcore, est aussi le chef-d'œuvre
de Pulp. Mais contrairement aux singles de His'n'Hers, ici rien de dansant ou de
pop. This Is Hardcore est une fresque complexe, étouffante, violente, qui fait
mal. Peut-être la meilleure chanson des 90's. Rien que ça. Ouf. Sous des
dehors plus légers, les deux autres singles de l'album, A Little Soul et Party
Hard, n'en sont pas moins excessifs. En particulier le humain, trop humain, A
Little Soul qui ne cesse de rappeler que l'album aussi se nomme This Is
Hardcore. La légèreté du groupe s'est enfuie, l'introspection devient la
norme, aie ouille, aie aie aie. Mais le génie demeure, inaltérable.
We Love
Life est un testament tardif qui, rétrospectivement, n'est pas à la hauteur de
ce qui a précédé. En particulier le single Bad Cover Version, qui, s'il n'y
avait pas le clip hilarant, aurait presque fait tache dans la discographie du
groupe. C'est du Pulp auto-parodique, mais sans sa verve (aussi bien au niveau
des textes que de la musique) légendaire. Jarvis fait son Sleepy Hollow, il
fait ce que les gens attendent de lui et met en pratique ce qu'il dénonçait
avec un talent clouant sur la face B, The Professionnal. Par contre The Trees
demeure un bel exercice aérien et poétique. Quant au fastueux Sunrise, il
sonne comme un adieu d'un lyrisme tel que l'on ne peut que rester admiratif et
reconnaissant pour le restant de nos jours. L'inédit Last Day Of The Miner's
Strike persiste et signe dans la veine grandiose de We Love Life. C'est une pièce-montée
qui résume les dernières orientations du groupe et parvient une nouvelle fois
à nous faire vibrer. Et oui, c'est peut-être un testament.
Il est
possible que Pulp continue et il serait de toute façon étonnant que Jarvis se
taise. Mais la fin du contrat avec Island correspond à une période de remise
en question pour le groupe. We Love Life n'avait pas tenu toutes ses promesses
et depuis This Is Hardcore, Pulp est un groupe blessé qui n'arrive plus à
retrouver la formule magique pop et acide de Razzmatazz. La douleur des grands
artistes peut nous donner This Is Hardcore, mais elle ne peut pas nourrir éternellement
la plume. Bien sûr, sur We Love Life il y avait des chefs-d'œuvre qui
rivalisaient sans problème avec le passé. Comment ne pas considérer
Wickerman, I Love Life et Sunrise comme des monuments personnels et d'une sincérité
renversante ? Mais Pulp a tout dit et tout fait. Il leur reste maintenant à se
réinventer. Car pour rester le plus grand groupe du monde il faut se remettre
en question à chaque fois que l'on saisit le micro et que l'on monte le volume.
Hits permet de vérifier
à quel point Pulp a marqué, voire changé, une époque. Sans doute peu en
dehors des frontières de l'Angleterre, mais finalement, les Clash des 90's ce
furent eux. Vous devez acheter les albums, bien sûr, ce Hits ne servira qu'aux
feignants et aux complétistes (car l'inédit vaut de l'or). Mais l'essentiel
est de pouvoir évoquer Pulp, encore et toujours, le groupe qui à chaque fois
que l'on met leur disque dans la platine (c'est à dire à peu près tous les
jours), change le monde, change la vie, rend plus triste, plus heureux, plus
intelligent, plus humain, plus pulpesque.

Anthology (DVD)
Les rues
de Paris ne sont plus sûres, pour citer, encore, du Desproges. En effet, on ne
peut plus y flâner en paix sans risquer d'y tomber nez à nez avec un Jarvis
Cocker en liberté, en plein shopping avec Madame. Ce qui est arrivé à votre
serviteur pas plus tard que cette semaine. Outre le choc émotionnel qui conduit
forcément au bord de l'évanouissement, voilà qui prouve par l'expérience que
Jarvis a bel et bien quitté son Angleterre natale pour rejoindre nos riantes
contrées. Pulp n'existe plus, à cet instant, début 2003, c'est indéniable.
Mais on a du mal à y croire. Croire que l'éternel "loup des steppes"
qu'est monsieur Cocker vient juste de se marier et s'apprête à devenir un père
fort digne. Le temps des histoires de mères célibataires et de sexe semble,
peut-être, révolu. Mais qu'importe ! Il nous reste 20 ans de discographie
pulpienne et en cadeau final cet incroyable DVD qui regroupe presque toutes les
images connues du groupe.
Tout est
là. Tous les clips (manque à l'appel Like A Friend, dont on voit pourtant
quelques extraits du making of dans les Home Movies), beaucoup de bouts
hilarants d'apparitions TV, des images volées par l'un ou l'autre des membres
du groupe, les documentaires mythiques, des lives, des bonus, plein, plein,
plein de choses pour plus de trois heures et dix minutes de la plus belle
musique pop du monde. Quand on se retrouve face à tout cela, à tous ces
souvenirs, à toutes ces émotions, à tout ce talent qui vous met le cul par
terre en permanence, on se dit que le meilleur groupe encore en activité ne
peut pas mettre la clef sous la porte. Que va-t-il nous rester, à nous les
"pulp fans" ?? Où allons-nous trouver la verve unique des Razzmatazz
et des Help The Aged ?? Où ? Vers qui nous tourner ?? Allons-nous pouvoir
survivre à écouter, réécouter, encore, encore, encore, tous ces disques que
nous connaissons par cœur, mais qui pourtant s'offrent à nous à chaque fois
sous un jour nouveau.
Le cri
d'amour se fait hurlement, tant il sonne comme un adieu. Anthology est une
grande braderie avant fermeture. L'univers de Pulp se donne à nous comme
jamais, mais peut-être aussi pour la dernière fois. Une ultime nuit de passion
folle sans lendemain. Alors, oui, il y a dans ce DVD les plus beaux clips du
monde. Le tournoiement, éternel recommencement, de Do You Remember The First
Time ; la petite histoire banale et exceptionnelle de Disco 2000 ; le sublime
cinématographique et philosophique de This Is Hardcore ; l'humour un peu
potache de Bad Cover Version. Oui, il y a les plus fantastiques chansons du
monde. L'énergie nostalgique de Babies, la perfection acerbe de Razzmatazz,
l'efficacité culte de Common People, la grâce de Something Changed, l'éveil
de Sunrise... Tout cela servi par des personnalités hors normes. De la classe
vraiment différente de Jarvis Cocker au sourire triste et doux de Candida
Doyle.
Ce DVD
synthétise tout ce que l'on aime en Pulp. Et Dieu sait que j'aime ce groupe. En
même pas dix ans, il est passé de mon coup de cœur de la saison au statut de
groupe favori. Ca y est, les dés sont jetés, tout le monde s'en fiche mais les
Pixies sont dépassés, Pulp est le groupe préféré d'Edwood. Il aura fallut
une décennie, mais c'est au bord de la tombe que se construisent les mythes. Et
si Jarvis, je le confirme, est bien vivant, le chemin de Pulp vers la légende
commence dès aujourd'hui. Mais bon, vous n'êtes pas obligés d'être aussi
atteint que moi, hein, faut le dire. Mais vous pouvez toujours acheter ce DVD,
non, quand même, parce que ce serait dommage de passer à côté. Ou alors vous
n'avez rien à cirer de la musique pop. Mais Pulp c'est bien plus que de la
"pop", c'est un mode de vie, un style, une philosophie, que dis-je une
philosophie ! C'est une pulsion de vie ! Mais je n'ose pas imaginer que vous ne
puissiez pas aimer Pulp. Non, non, je ne l'imagine pas. Et si c'est le cas, une
bonne cure de Inside Susan (la plus belle chanson de tous les temps, enfin, au
moins pour ce soir), trois fois par jour pendant une semaine, devrait arranger
votre état. |