ONLY A LAD

1981
Je vais être clair dès le départ, ce premier album d'Oingo Boingo est une réussite complète, un coup d'essai comme véritable coup de maître. Pourtant je ne le conseillerais pas à ceux qui désirent découvrir le groupe. D'une part parce que c'est un album profondément ancré dans le son de son époque (le début des années 80) et que certains aspects pourront sembler vieillots à bon nombre de personnes. Ensuite parce que les paroles, qui sont parmi les meilleurs jamais écrites par Elfman, sont loin d'être évidentes. Entre la pédophilie gaguesque de Little Girls, le manifeste anti-communiste/bourgeois de Capitalism, le côté réac de Only A Lad, la charge anti-critique de Imposter, le premier album d'Oingo Boingo est clairement le plus engagé. Il faut bien se rendre compte cependant que tout cela fonctionne au second degré et même à un bon nombre de degrés supérieurs. Le mieux est d'aller jeter un coup d'oeil aux paroles puis de jeter une oreille à la musique qui va avec pour bien réaliser que tout cela est de l'humour typiquement Boingesque. Quoi qu'il en soit, Only A Lad est un disque exceptionnel où toutes les chansons sans exceptions possèdent une personnalité accrocheuse.
Little Girls contient tout l'esprit Oingo Boingo. Humour noir, provocation, voix cinglée d'Elfman, musique sautillante entre punk et pop. Little Girls est d'une efficacité phénoménale. Un tube malsain comme le groupe saura en pondre des dizaines.
Perfect System est une sorte de brouillon de No Spill Blood (sur Good For Your Soul), c'est une chanson très représentative du Boingo politico-parano. Particulièrement entêtant en tout cas.
On The Outside brille par des paroles à la fois très amusantes et très personnelles, une profession de foi de la part de Danny Elfman ("I'm just an alien through and through, Tryin' to make believe I'm you") qui adopte cette vision cynique "from the outside" qui caractérisera bon nombres de ses futures compositions. Mélodiquemment la chanson est magnifique.
Capitalism n'y va pas avec le dos de la cuillère, toutes les paroles seraient à citer. En tout cas les communistes-bourgeois en prennent pour leur grade ("You talk, talk, talk about suffering and pain, You mouth is bigger than your entire brain, What the hell do you know about suffering and pain..."). Une chanson "politique" discutable mais sautillante (avec le Boingo il vaut mieux ne rien prendre au sérieux).
You Really Got Me est une reprise boingesque du tube des Kinks. Une version techno-pop particulièrement déjantée. Mais au final assez laborieuse, une démonstration de style.
Only A Lad, le premier grand classique du groupe, se caractérise par un message réactionnaire assez hallucinant. Bon, c'est de l'humour noir de chez humour noir en fait. Pas d'excuse pour les criminels, zou ! qu'ils aillent tous brûler en enfer. Je crois qu'Elfman a surtout fait de cette chanson une comptine pour enfants pas sages, cruelle et irrésistible. Impossible de ne pas reprendre le refrain en chur. Un tube qui n'en fut jamais un.
What You See poursuit dans la veine cynique rentre-dedans. La musique est toujours aussi efficace et Elfman semble toujours autant s'amuser à agresser l'auditeur. Mais la chanson est excellente donc on oublie le bizarre esprit punk-réac de certaines lignes de texte.
Controller est la première véritable chanson purement parano de Danny Elfman. Et c'est hallucinant, on a rarement vu une chanson aussi psychotique dans le style "ils sont partout, le système va nous détruire, je suis poursuivi, harcelé, surveillé". On sait combien la thématique de 1984 obsède Elfman, ce Controller en est le premier manifeste mené à 1000 à l'heure.
Imposter est une charge en règle des critiques. Les critiques sont présentés comme ayant toutes les tares possibles et imaginables. C'est violent comme du punk adolescent mais cela sonne sur disque comme de la techno-pop. Sur scène par contre cela devait tout massacrer sur son passage.
Nasty Habits est une chanson géniale, qui conclut l'album en beauté. Les paroles sont un délice de cynisme. L'ensemble est très accrocheur et démontre une bonne fois pour toute qu'Elfman est un artiste parfait qui allie talents de composition, de parolier et surtout talents vocaux hors du commun.
En clair, Only A Lad est un disque de très grande qualité, parsemé de pures pépites mélodiques telles que On The Outside ou What You See mais aussi de réels chefs-d'oeuvre irrésistibles (Little Girls, Only A Lad, Nasty Habits). Certes cet album a vieilli, certes il faudra sans doute à l'auditeur peu habitué au Boingo un certain nombre d'écoutes avant de réellement accrocher. Mais attention, une fois que l'on commence à entrer dans Only A Lad, impossible d'en sortir, TOUTES les chansons finiront, les unes après les autres, par tourner dans votre tête pendant au moins une journée entière. Cet album est une réussite de l'after punk qui mérite d'être redécouverte et appréciée à sa juste valeur.