DARK AT THE END OF THE TUNNEL

1990
Au moment où sort Dark At The End Of The Tunnel, Oingo Boingo doute. Depuis la création du groupe la moyenne était d'un album par an mais depuis boi-ngo (en 1986) et donc depuis que Danny Elfman s'est attelé à une carrière de compositeur pour le 7e art, le groupe n'a sorti qu'un double live et une compilation. Cela sent la séparation à plein nez, Elfman ayant apparemment trouvé un nouveau sujet d'occupation. Dark At The End Of The Tunnel est d'ailleurs un album à moitié réussi qui aurait vraisemblablement dû signer l'arrêt de mort du Boingo, fort heureusement après quatre nouvelles années de doute le parfait album Boingo viendra clore le parcours en beauté. Cet album de 1990 est aussi le plus mal aimé des Oingo Boingo, les amateurs comme les critiques lui ayant réservé un accueil plus que mitigé, le qualifiant de trop commercial, trop plat, plus conventionnel que les précédents délires du groupe. Dark est à moitié réussi mais cela reste un bon disque, quelques perles justifiant sans problème son acquisition par tous les fans du groupe. Certes Dark est beaucoup moins indispensable que Dead Man's Party ou que Boingo, néanmoins les prodiges vocaux de Danny Elfman sont toujours aussi hallucinants et son sens mélodique transparaît souvent avec un panache indéniable. Les morceaux ne sont ni très longs, ni très courts et ils adoptent tous un peu le même style. Le son est peut-être encore un peu daté pour un album de 1990 mais finalement par rapport à la production Pop/Rock de l'époque on ne peut que réévaluer ce disque. La batterie est sans doute par moment noyée sous trop d'effets démodés, Bartek est peut-être un peu trop sous exploité, les cuivres sont peut-être intrus sur certains morceaux, les synthés auraient pu se faire plus discret, mais la production du trio gagnant : Elfman, Bartek, Avila et la voix d'Elfman sauvent la majorité des chansons de l'album.
When The Lights Go Out ouvre l'album. Et c'est sans doute l'une des meilleures chansons du groupe. Certes la thématique fait penser au génial No One Lives Forever mais il y a une puissance réjouissante dans cette entrée en matière d'une rare efficacité.
Skin brille par la performance vocale tétanisante d'un Elfman au top de sa forme. Le morceau est mélodiquement parfait et d'une grande finesse. Une perle. (Elfman en fera une étrange adaptation country pour la BO de Nightbreed (Cabal)).
Out Of Control s'essouffle sur la longueur mais garde les élans chaloupés des anciennes productions Boingoesques.
Glory Be possède un dynamisme à toute épreuve. La batterie martèle à grand renfort de son 80's et on se laisse emporter par cette bonne petite chanson.
L'intro de Long Breakdown plonge le morceau dans le rock le plus FM, et d'ailleurs c'est ainsi que sonne tout l'album. Là encore ce sont les harmonies vocales d'Elfman qui évite la débâcle. C'est en nuançant et en enrichissant les morceaux de ce type qu'Elfman finira par trouver l'équilibre miracle qui transcendera Boingo, l'ultime album du groupe.
Flesh'n'Blood fait plaisir à entendre. C'est le bon vieil Oingo Boingo de Good For Your Soul que l'on retrouve. Sonorités primesautières, la voix d'Elfman redevient ce démon sautillant qu'elle sait si bien incarner, délicieux. On peut d'ailleurs entendre cette chanson dans Ghostbuster 2.
Run Away (The Escape Song) démarre avec célérité et ne faiblit jamais. Une sorte de ska à l'ancienne, encore du Boingo première période avec le son à cheval sur deux décennies. Malheureusement on est assez loin du dynamisme de Who Do You Want To Be. Agréable sans plus.
Dream Somehow enchaîne en douceur. Belles harmonies, refrain zouli tout plein, l'archétype de la chanson boingesque réussie.
Is This est une chanson qui fait de la figuration. Elle est belle, cela ne fait aucun doute mais c'est tout. Elle n'apporte rien de particulier à l'album que l'on n'ait déjà entendu auparavant.
Right To Know s'en sort mieux que les 3-4 morceaux précédents. Il faut dire que Danny en fait des tonnes pour faire sortir cette chanson de l'ordinaire. Et en un tour de passe-passe le refrain devient accrocheur.
Try To Believe conclut l'album au même niveau que son commencement, très haut donc. Peut-être la meilleure chanson du disque, la plus belle en tout cas. Mélodiquemment parfaite, intro au piano comme on les aime, rythmique efficace, cuivres employés à la perfection. Bon, OK, c'est très classique en fait, on a déjà entendu cela quelque part. Mais Elfman est là et sa voix fait le reste. On marche donc sans aucun problème, on adore même. A noter que la version originale de la chanson apparaît dans la BO de Midnight Run de Danny Elfman himself.
En conclusion, Dark At The End Of The Tunnel n'est pas la plus indispensable des productions Oingo Boingo. C'est un album de transition difficile entre les années 80 et les années 90. Son successeur, Boingo, sera un chef-d'œuvre, et il semble au vu de l'ensemble de la carrière du groupe qu'il fallait en passer par ce disque inégal mais attachant. S'il y a une très nette baisse de tension après un démarrage en fanfare on prend un grand plaisir aux mélodies si parfaites du grand Danny. Et quand on arrive au magique Try To Believe, on est conquis. Il n'y a pas de mauvais album d'Oingo Boingo. Et Dark At The End Of The Tunnel, grâce à au moins 3 chansons proches du sublime, n'est pas un rejeton si indigne du Boingo.