La musique électronique. Voilà une appellation qui ne veut pas dire grand chose. Alors, oui, c'est une musique à base de machines, voilà, c'est là que tout se recoupe. Mais sinon, non, il n'y a pas critères parfaits pour cataloguer la "musique électronique". Ce n'est pas une musique dansante, ce n'est pas une musique froide, ce n'est pas une musique "festive", ce n'est pas une musique répétitive.... Et non... La plus frappante preuve de cela réside dans un album, le meilleur du genre, le meilleur disque ayant été créé avec des machines pour principale base. Cet album c'est Not For Threes de Plaid, sorti en 1997 sur le mythique label anglais Warp Records. Le seul disque a être allé plus loin que l'Autobahn de Kraftwerk ou que le White Room de KLF. Plaid (deux ex-Black Dog, autre grand groupe défricheur de l'électronica, deux génies sans visage) a donné de l'âme aux machines, délivrant une des œuvres les plus touchantes, les plus poétiques, les plus passionnantes, les plus riches du 20e siècle. Rien que ça !

        Cela débute très fort avec le morceau le plus long de l'album, le best of de la "techno intelligente" qu'est Abla Eedio. Après avoir signé le meilleur morceau d'un genre tout neuf mais déjà dépassé, les génies de Plaid peuvent tout se permettre et ils vont tout se permettre. Ils vont faire exploser toutes les frontières et toutes les étiquettes. Osant des morceaux très courts (surtout dans le cadre de la techno, musique bien trop souvent très indulgente avec elle-même), osant l'humour, osant l'émotion, osant la folie douce et pure, osant tout mélanger sans se poser de question, osant tout réussir. Leur musique est d'une complexité incroyable, et pourtant tout l'album semble couler de source. A aucun moment l'auditeur n'a l'impression d'écouter une "démonstration de force" (ce qui est souvent le cas dans le monde de la musique électronique). Un disque de "techno", "d'electronica", qui est avant tout un monument de vie et de poésie, où l'on entend tous les "sons" du monde, cela semble impossible, et pourtant Not For Threes existe.

        Je ne vais pas m'étendre sur tous les morceaux du disque. Il faut juste noter la folie de Myopia. La présence de Nicolette sur le fascinant Extork. Prague Radio... ahlala... Prague Radio ! Le point de non retour, l'expérience limite de la musique électronique. En moins de cinq minutes, ce sont 20 ans de musique qui sont résumés. C'est totalement hallucinant, toutes les ambiances, toutes les sonorités, toutes les émotions, tout est condensé à une vitesse folle et pourtant tout est toujours aussi évident, aussi généreux, aussi immédiatement agréable à écouter. Rakimou, l'une des plus belles chansons du monde. Tout simplement. Le chef-d'œuvre du disque, un morceau d'une intensité, d'une émotion, d'une beauté délicate totalement incroyables. Et il y a encore l'efficacité pure de Ol, la meilleure chose jamais chanté par Bjork qu'est Lilith, le final bouleversant de Milh.

        Not For Threes est un disque d'une richesse émotionnelle intarissable. On rit, on pleure, on danse, on médite, on s'amuse, on réfléchit, on rêve, on s'éveille, on s'apaise, on se dynamise, on se perd, on se retrouve... Après des centaines et des centaines d'écoutes, je découvre et je ressens encore des milliers de choses avec cet album. Une telle profondeur à tout niveau est unique, profondeur de la musique, de la production, des mélodies, profondeur des climats, des sensations. Et cela sans paroles, sans instruments classiques (ou presque). Le tour de force est immense, et il ne fait aucun doute que cet album est le plus important des années 90 et l'un des 10 ou 15 plus importants de la seconde moitié du siècle défunt. Le disque "univers" le plus magistral.

        Synthèse et ouverture vers le futur, Ghost In The Shell du monde musical, Not For Threes est un choc indélébile, un disque compagnon sur lequel très rapidement viennent se greffer une infinité de souvenirs et de songes, un trésor secret que l'on hésite à partager avec le reste des humains. De peur qu'ils ne comprennent pas, de peur qu'ils passent à côté de la magie formidable de cet album qui compte tant pour nous. Not For Threes est un ami proche, le "grand disque vert", la bande son rêvée d'une vie idéale. Avec ses peines et ses bonheurs, avec ses espoirs et ses rires, avec ses doutes et ses pensées. Vous ne croyez pas qu'un tel disque puisse exister ? Et bien laissez moi vous affirmer que vous avez tort. Avec un peu de courage vous allez pouvoir faire l'acquisition de Not For Threes. Avec un rien de sensibilité et une once d'imagination, vous allez pénétrer dans l'un des univers artistiques les plus frappants et les plus magiques qui soient. Une musique qui ne ressemble à aucune autre, qui invente et réinvente en permanence notre univers, celui qui nous entoure mais surtout celui qui est en nous. Not For Threes ? L'album le plus intelligent et le plus sensible de ma discothèque, raison et sentiments, enfin réconciliés, un miracle, un vrai, que tout le monde peut expérimenter, chaque jour, chaque heure, chaque minute. Vous ne pouvez pas vivre sans ce disque.


        Je considère le premier album de Plaid (ex Black Dog) comme le meilleur album de musique électronique de la décennie. C'est dire si j'attendais énormément de ce deuxième effort du groupe, après une Peel Session fantastique mais peu innovante. Première constatation, dès le premier morceau on est en territoire connu. C'est bien Plaid et son mélange de mélodies bizarres sur fond de rythmes tcharbés. Au fil des morceaux on se rend vite compte que l'album est nettement moins ambitieux que Not For Threes, pas de voix (à part à la toute fin du disque), moins de grands effets en "cinémascope". La première écoute apporte donc une légère déception, car Rest Proof Clockwork vise moins le grand spectacle. Plus discret mais pas moins riche, ce nouvel album prend toute sa dimension après quelques passages en boucle. Les albums de Plaid ne sont pas des disques qui s'entendent, ce sont des disques qui s'écoutent, des disques qui cachent leur exigence derrière des sonorités légères. Et si bien souvent l'ombre des premiers (et meilleurs) ouvrages d'Aphex Twin plane (Last Remembered Thing, par exemple), il y a toujours la magie Plaid. Un groupe pour lequel expérimentation rime avec plaisir d'écoute, rythmes dingues avec mélodies. Au moment où les voisins d'Autechre se prennent pour les nouveaux Stockhausen et que l'Aphex Twin tourne en rond en creusant toujours le même trou, Plaid avance, doucement mais sûrement, sans jamais se trahir. Ce qui donne des merveilles telles que Dead Sea et son ambient bouleversante, Dang Spot et son thème guilleret surgit de nulle part, Pino Pomo qui semble pirater un vieux générique de série TV pour faire du Portishead lumineux. Toujours entre dancefloor et techno "intelligente", Plaid trouve le ton juste et cela jusqu'au magnifique Air Locked (qui sonne comme une BO de film HK, c'est dire si c'est magique), pas très éloigné des Extork et autre Rakimou du premier album. Un très grand disque de toute manière, qui n'est qu'au début de sa carrière car il faudra des dizaines d'écoutes pour commencer à en découvrir toute la portée.


      Plaid occupe le terrain avant le nouvel album dont on attend énormément (si ce n'est plus) surtout après la semi-déception de Rest Proof Clockwork. Trainer est une double compilation des œuvres du duo avant Not For Threes, à l'époque où ils œuvraient en parallèle de Black Dog. Cela nous fait remonter jusqu'en 1989 avec un étonnant techno-rap qui n'est pas sans rappeler les œuvres des JAMS Drummond et Cauty. Après cette ouverture très efficace, on est plongé dans les années 91-92, au fil de longs morceaux voisins du Black Dog de Bytes. On reste encore très proche des dancefloors et c'est au fil des écoutes que l'on commence à apprécier ces ébauches très éloignées du Plaid que l'on connaît (et que l'on adore). Un premier disque rempli à ras-bord (72 minutes !) et très exigeant, on n'est pas là pour plaisanter et l'on s'adresse déjà aux amateurs éclairés du monde de Warp. Le second CD accueillera l'auditeur avec 73 minutes au compteur. Avec des morceaux culminants à 9 minutes et flirtant le plus souvent avec les 6, il faut bien sûr être dans les dispositions adéquates avant de tenter la traversée. On est largement récompensé, car au fur et à mesure, la patte Plaid se fait plus présente, on arrive à l'époque du Black Dog qui tutoie les étoiles avec son sublime Spanners (grand disque exigeant aussi). Plaid ose, commence à faire exploser ses morceaux pour triturer une techno routinière (en 1992 !) et déjà sous le pseudo de Balil et avec un morceau comme Whirling Of Spirits, ils annoncent la couleur, la musique électronique a aussi un cœur et une âme et la poésie des machines n'est pas qu'un concept fumeux, c'est une réalité. Très instructif, passionnant et souvent génial, cet album "perdu" sous le nom de Balil (dont les premiers titres se trouvent à la fin du premier CD), méritait largement d'être redécouvert.

        A partir de 1994, Plaid oublie les limites "virtuelles" de la musique électronique et expérimente à tous les étages. Et on pourra encore essayer de danser sur Jolly, mais déjà les dancefloors commencent à disparaître dans le rétroviseur pour laisser place à l'écoute dans le confort de la maisonnée. Et si on pourra s'amuser à reconnaître les emprunts à Aphex Twin (sur Letter, par exemple), à Autechre ou à d'autres voisins de Warp, on se laissera avant tout porter par une musique de plus en plus fascinante. Et si les 9 minutes de Reishi effrayaient de prime abord, une fois plongé dans les méandres de ses nappes idylliques et de ses breaks insidieux, on en redemande ! Et on arrive sans encombres jusqu'à Angry Dolphin, et là il n'est plus question de danser, on ouvre ses oreilles et on se régale. C'est fini, et on en viendrait presque à dire : déjà ! Une double compilation à consommer modérément et régulièrement, jusqu'à ne plus pouvoir s'en passer. Même avec le truc éculé de la compilation de vieilleries et de raretés, Plaid touche dans le mille, on n'en attendait pas moins du meilleur groupe de musique électronique de la planète.


       Mieux que Not For Threes ? Dès la première écoute, mon Dieu, on comprend, on sait, on vit. En fait on avait déjà compris dès la pochette, ce blanc, ce bleu, 19 morceaux, il y a déjà quelque chose d'infiniment rassurant dans le visuel de Plaid. Que l'on se souvienne du vert de Not For Threes pour bien réaliser à quel point Plaid est le groupe de musique électronique le plus "affectueux" qui soit, le plus proche, le plus cher à notre cœur. Et avec ce Double Figure, il est désormais temps d'arrêter de faire des distinctions de genres et d'étiquettes. Plaid n'est plus le plus grand groupe de musiques électroniques de la planète. Il est tout simplement le plus grand groupe de la planète. Oui et non, bien sûr.

        De la douce montée du sublime Eyen, jusqu'au final "out of this world" de Manyme, Double Figure ne faiblit pas une seule seconde. Plaid retrouve la même cohérence dans la richesse, la même tendresse dans la débauche technologique, la même évidence dans l'exigence, la même poésie des sons que dans Not For Threes. Double Figure dure 70 minutes pile poil, on ne les entend pas passer, et c'est un euphémisme. L'album pourra et va tourner en boucles pendant des heures et des jours, des semaines, des mois, des années, des siècles et des siècles. Seul Plaid pouvait dépasser Plaid, c'est peut-être bien chose faite. Je garde toujours une affection particulière pour le grand disque vert, pour Prague Radio et pour Milh, mais là, là, il faut l'avouer, ils sont allés plus loin. Frank Black a fait mieux que Frank Black. Plaid fait mieux que Plaid. On ose à peine imaginer, si la logique se poursuit, ce que vont nous offrir Pulp et les Creatures.

        Mais revenons à Double Figure encore un instant. Donc il y a Eyen, doux comme un duvet au cœur de l'hiver, beau comme un coucher de soleil estival au pied des montagnes. Squance, c'est le "tube" en or. Assault On Precint Zero (en hommage à l'Assault On Precint 13, l'un des grands films de John Carpenter), règle définitivement les comptes avec l'ancêtre trop étouffant qu'était Not For Threes, la synthèse est accomplie, la place est libre, le futur commence ici. Avec Zamami, une superbe errance rêveuse qui touche en pleine âme. Puis vient Silversum, qui prouvera (s'il était encore besoin) que la musique électronique n'a pas besoin d'être vampirisée, contrefaite, gnangnantisée, plagiée, bavouillée pour être la plus belle de la planète. Qui a besoin d'un chanteur pleurnichard, qui a besoin de guitares incontinentes, qui a besoin de "songwritters" égocentriques, qui a besoin de musiciens onanistes ? Personne, et surtout pas moi. En particulier lorsque que s'avance Ooh Be Do et son insidieux appel d'air. Light Rain porte si bien son nom que l'on reste bouleversé sur place. Mieux que Not For Threes ? Pas vraiment, mais pas bien loin.

        Cinq interludes du nom de Tak nous accompagneront au fil de la seconde partie de Double Figure. Le génie de Plaid s'offre en une minute aussi sûrement qu'en cinq (et jamais plus de cinq minutes ! Ces gens ont tout compris). Justement, voilà cinq minutes et 18 secondes, sur New Family, qui rappellera inévitablement Not For Threes, mais on ne va pas se plaindre, fichtre, non, car lorsque la rythmique arrive, l'illumination est totale. Plaid est le groupe qui réussit aussi bien à s'adresser à notre esprit qu'à notre cœur. Raison et sentiments, en un seul morceau, en un seul disque. Si c'est inestimable ? Voilà le plus grand des euphémismes. On laisse à peine le temps à Zala de nous décrire un monde de robots dingues qui s'offriraient une fête avec les lutins et les elfes que déjà Twin Home nous emporte loin dans une stratosphère liquide. Sommes-nous dans l'espace ? Sous la mer ? Dans un voyage au centre de la Terre ? Au-delà de l'infini ? Pas le temps de s'appesantir sur la question car le plus beau morceau de 2001, Sincetta, nous apporte la réponse. Nous sommes dans les territoires du rêve. Cinq minutes qui peuvent en durer aussi bien 1000 que 0.0002. Le langage n'existe plus, dans un brouillard de sensations, dans un flou de pensées, Plaid nous conduit encore plus loin que ne l'avaient fait Rakimou ou Dead Sea. On pleure avec un sourire aux lèvres, on rit avec les anges, Fire Walk With Them, Fire Walk With Us.

        Le Tak 3 semble sortir des Innocents et nous amène vers Porn Coconut Co. Méfiez-vous de ce titre trompeur et de l'intro fort "space", c'est une nouvelle claque qui nous attend (la 15e, bah voyons !). Tout Plaid est là, aussi généreusement drôle que miraculeusement touchant. Passant des larmes aux rires d'une plage à l'autre, d'un instant à l'autre, épousant mieux que quiconque le rythme de la vie. Tak 4 nous fait croire pendant 2 secondes que Lilith est revenu, mais non, mais non, encore un trompe-l'œil (enfin, un "trompe-l'oreille" (un trompe le monde ?). Et c'est Ti Bom qui nous prend la main pour nous faire entrer dans un univers de film noir qui aurait trouvé la clef pour dépasser aussi bien Le Faucon Maltais que Blade Runner. Le temps d'un Tak 5 et c'est déjà, et oui, déjà, Manyme. La soul post-apocalyptique, et Plaid s'offre encore un chef-d'œuvre, le sommet d'un genre qu'ils viennent juste de créer du néant. Il ne reste vraiment plus rien aux autres. Pas la peine d'essayer de suivre, encore moins la peine d'essayer de photocopier. Il n'y a qu'un Plaid et c'est tant mieux, mille fois tant mieux. Le plus grand groupe du monde nous offre un chef-d'œuvre (jusqu'au prochain album, on croise les doigts), et fait enfin entrer la musique dans le nouveau millénaire. J'ai écrit quelque part, je ne sais plus où, que l'on pouvait très bien n'avoir qu'un seul album dans sa discothèque, et cet album c'était Not For Threes. Ah bah c'était une andouillerie. Maintenant il faut avoir deux albums dans sa discothèque.


        Aux premières écoutes, on note qu'avec Spokes, le duo de Plaid marque un réel désir de relancer ses recherches et de ne plus essayer de flirter avec un vague format "pop" qui rendait la visite de Not For Threes, Rest Proof Clockwork et Double Figure si facile et si plaisante. Sur ce nouvel album, seule une très lointaine contribution vocale en ouverture du premier morceau offrira à l'auditeur inexpérimenté un guide vers les méandres électroniques. Bien souvent, Spokes ira même flirter sur les terres d'un Aphex Twin très remonté ou d'un Autechre un peu moins abscons qu'à l'habitude. Si certains morceaux, tel le quatrième, portent avec évidence la patte de Plaid, d'autres sont plus étranges, et certainement plus difficiles à apprivoiser que sur les albums précédents.

        Mais cette première impression se révèle relativement fausse au fil des écoutes. Et l'on en vient bientôt à penser que le principal défaut de Spokes est d'être, encore une fois, à peu près la même chose que les précédents disques de Plaid. Les innovations, bien réelles, ne parvenant pas forcément à masquer le classicisme de certains compositions. Puis, on écoute encore. On laisse passer du temps. Plaid, plus que n'importe quel autre groupe de musiques électroniques, réclame de la patience, de l'attention, de l'investissement. Un don de soi que l'on n'est pas toujours susceptible d'offrir. On pourra ainsi très facilement passer à côté des trésors de Spokes. Dans la précipitation, on laissera échapper l'essentiel. La beauté inestimable de certains morceaux nous effleurera sans qu'on lui laisse le temps de nous atteindre. L'ambiance, très sophistiquée, qui demande calme et bienveillance, n'aura pas le temps de nous imprégner. Nous ne serons touché que par quelques gouttelettes éparses. Mais cela sera suffisant. Cela a été suffisant.

        Car, je suis revenu, régulièrement, vers Spokes. M'approchant toujours un peu plus de son cœur palpitant. J'ai eu du mal à aller plus loin que cette impression tenace de déjà entendu. Et c'est dans le lointain, dans les limbes d'une production qui n'a jamais été aussi complexe, que j'ai découvert ce qui fait le prix de cet album : son atmosphère rêveuse très éthérée et étrangement émouvante. Certes, ce n'est pas avec ce disque que les réfractaires au style de Plaid vont succomber, mais on leur conseillera encore et toujours l'écoute. Pour les autres, l'acquisition est évidemment indispensable. Chacun reconnaîtra sans problème le "son" de Plaid, avant de se faire happer par les nouveautés et les qualités innombrables de Spokes. Et une nouvelle fois, l'ultime morceau de l'album flirte avec le sublime, on n'en demandait pas moins.


La musique électronique, telle qu’on l’entendait dans les années 90, est en crise. Vampirisée par le rock, la pop, le néo-disco qui l’a réinjectée sur les pistes de danse, l’electronica s’est éloignée des projecteurs, au même moment où ses « stars » peinaient à se renouveler. Il est donc facilement compréhensible que le dernier album de Plaid soit passé quasi totalement inaperçu malgré sa présentation ambitieuse. Directement accompagné d’un DVD contenant des vidéos pour tous les morceaux de l’album, Greedy Baby est certainement plus intéressant en tant que spectacle « sons et lumières » que comme simple projet musical. Pourtant dès son second morceau, le fastueux I Citizen the Loathesome, on retrouve toutes les qualités que l’on aimait tant chez Plaid : cette faculté à surprendre tout en possédant un son immédiatement identifiable, ce passage de la mélodie minuscule et bancale aux fastes les plus complexes. La suite de Greedy Baby navigue entre promesses tenues (le détournement des sonorités du jeu vidéo sur The Return of Super Barrio) et banalités un peu rétrogrades (Zn Zero, mille fois entendu). La clef de voûte de l’album, l’ample E.M.R. est une belle réussite d’ambiance et les deux derniers morceaux possèdent suffisamment de dynamisme pour équilibrer l’ensemble. Pas un grand disque que ce Greedy Baby, mais un nouveau succès au sein de la discographie impeccable de Plaid.

 
 
 
 
 
 
 
 
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