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Tom Waits
Orphans
Lorsqu’un grand malade comme Tom Waits vide ses tiroirs, il ne peut
décemment pas le faire comme tout le monde. D’où ce Orphans, composé de trois
disques, gorgés d’inédits (une quarantaine) et vaguement classés sous trois
thèmes majeurs : les blues, les ballades et les expérimentations. M. Waits
n’étant pas réputé pour sa faculté à respecter les genres (et c’est pour cela
qu’on l’aime), ce rangement est largement discutable même si, ultimement, il
dessert quelque peu l’ouvrage. Les albums de Waits sont des bonheurs car ils
sont foutraques, à tous les niveaux. En essayant d’ordonner un peu, on flirte
avec le répétitif, il manque certaines ruptures et contrepoints. Évidemment cela
demeure fréquemment magnifique, en particulier le second disque et ses errances
de bars enfumés, touchantes dans leur bienheureuse étrangeté. Comme Scott Walker,
Tom Waits est un genre à lui seul, et il suffit de l’entendre faire la « human
beat box » façon danse macabre sur Spidey’s Wild Ride pour reconnaître tout ce
que l’on adore chez le bonhomme. Très copieux, et donc un peu épuisant sur la
durée, Orphans se conçoit comme un petit dictionnaire du Waits dans le texte, à
compulser occasionnellement. |