2

Scott Walker
The Drift
Scott Walker est un genre à lui tout seul, inclassable, quasi impossible à définir sauf en abusant de qualificatif tels que grotesque, terrifiant, prétentieux, fou, morbide et forcément génial. Parce que tout aussi déplaisantes et maladives qu’elles soient, ses « chansons » exercent une fascination qui n’appartient qu’aux œuvres d’art les plus novatrices. Scott Walker crée dans un univers à part, en marge de tout ce qui peut se faire ailleurs, il ne connaît aucune autre influence que ses désirs et ses démons (qu’on imagine particulièrement monstrueux). Mais ce qui impressionne à l’écoute de The Drift, c’est à quel point cet homme ne possède aucun sens du ridicule, et se permet ainsi des audaces, et surtout un chant, inconcevables pour n’importe qui d’autre que lui. Pénétrer dans ce disque est sans doute l’expérience la plus étrange de l’année, l’une des plus inoubliables et enrichissantes, et bien sûr la plus effroyable. Tout n’y est que murmures fantomatiques, assertions menaçantes, déclarations d’amour nécrophiles, échos de mondes lovecraftiens et chaos silencieux entrecoupés de bruits cauchemardesques. On espère que monsieur Walker a planté de hautes et solides barrières entre l’auditeur et les créatures qu’il côtoie au sein de sa démence, car on apprécierait finalement fort peu qu’elles surgissent hors de nos enceintes torturées. |
