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Sleater-Kinney
The Woods
Et le voilà, le numéro un de l'exceptionnelle année musicale 2005, le premier des grands coups de coeur de votre serviteur et au final de loin le disque que j'aurai le plus écouté ces derniers mois. Pourquoi le plébiscite d'un album de facture finalement fort classique ? Parce que dans son aspect franc du collier, direct, décomplexé, The Woods est la quintessence du rock tel que je l'adore : une batterie qui cogne comme les Titans aux portes du Tartare (par exemple sur l'ouverture, The Fox), une guitare en cavale, au bord de la folie (sur What's Mine Is Yours) ou carrément déversant les torrents de l'Apocalypse sur Let's Call It Love, et bien sûr la voix de Corin Tucker, qui porte les échos de presque toutes les grands Dames du genre (de Patti Smith à PJ Harvey en passant par Siouxsie Sioux). Le tout, emballé dans la production superlative de Dave Fridmann, n'a d'autres prétentions que de secouer nos sens. Mais de la musique sensorielle, il y a en a eu beaucoup en 2005, c'est pour cela que Sleater-Kinney va un tout petit peu plus loin que tous les autres, en ajoutant une savante dose de paroles inoubliables, que ce soit la suicidaire de Jumpers, la maniaco-dépressive de Modern Girls ou le crescendo passionné et tétanisant de Let's Call It Love.
Le rock'n'roll, en résumé, en intraveineuse, dans toute sa tension érotique voire la plus indécente. Car c'est bien d'orgasmes qu'il s'agit quand surgit le solo de guitare de Jumpers ou le "refrain" de Let's Call It Love, un orgasme résolument féminin pour ce dernier, douce progression vers l'extase qui se poursuit et se décante sur sept minutes d'électricité délicieuse. La sensualité de The Woods est plus violente que celle du Aerial de Kate Bush, pourtant les deux oeuvres semblent complémentaires, parvenant à offrir une bande son adéquate pour chaque humeur, que l'on ait envie de douceur ou de griffes saillantes. Amour et sexe se ressentent aussi bien chez Kate Bush que chez Sleater-Kinney, avec moins d'évidence bien sûr, que dans des musiques qui abordent plus directement les plaisirs physiques, et pourtant la spiritualité de l'une et la rage des autres se répondent et s'enrichissent mutuellement. Et avec ces deux disques, c'est une vision des sentiments (ou plutôt une audition) d'une véracité rare qui incarne au mieux l'exceptionnelle intensité de l'année musicale 2005.
