Les singles 2005

-10-
The Futureheads - Hounds of Love
Le crime de lèse-majesté était plus que parfait. L'année du grand retour de Kate Bush, les joyeux drilles des Futureheads transformaient les inoubliables Hounds of Love en hymne punk garage, quelque part entre les Zombies et les Buzzcocks. Les harmonies vocales de cette version n'ont pas à pâlir de la comparaison avec celles de l'original et l'intensité ne s'est pas perdue en chemin.

-9-
Robyn - Be Mine
Elle galope, elle galope, la petite Robyn. Sa voix de bimbo de MTV aura trouvé avec ce single époustouflant l'écrin idéal, les gimmicks surgissant de tous les coins, à toute vitesse, et on adore, sans se demander si tout cela est avant tout efficace ou inévitablement kitsch, oh, peu importe ! Le pied est raisonnablement total.

-8-
Fiona Apple - Extraordinary Machine
Si l'album éponyme de la dame, longtemps repoussé pour des raisons aussi diverses que variées (et selon les sources on se retrouve en plein complot de thriller), n'est pas forcément à la hauteur des espérances, la chanson Extraordinary Machine est l'une des plus charmantes de 2005. Comme du Tom Waits entonné par une jolie voix, avec des arrangements primesautiers et une petite cloche là (je ne parle pas de Fiona !). J'y entends parfois les échos du Paris 1919 de John Cale, c'est vous dire si c'est charmant et bizarre.

-7-
The Arcade Fire - Rebellion (lies)
Un an après avoir connu la gloire en ces lieux et juste accessoirement la première place du top album 2004, The Arcade Fire est enfin célébré en France, avec énorme succès commercial à la clef. Si ça fait un petit peu mal au coeur de voir le brave combo canadien se transformer aussi rapidement en nouveaux U2, cela fait aussi bien plaisir. Funeral étant à la base, ne l'oublions pas, un terrible disque de deuil et de tristesse, son succès est donc un bel hommage à la volonté de vivre. Rebellion étant l'un des plus grands moments dudit album, difficile de l'oublier dans les singles de l'année, peu de chansons pouvant prétendre à un tel niveau de lyrisme communicatif. Les Arcade Fire sont nés pour envoûter les foules, espérons qu'ils continuent à le faire avec autant de tact et de talent.

-6-
LCD Soundsystem - Tribulations
Comment faire pour résister ? Comment faire pour y échapper ? Tribulations est le sortilège dansant de 2005 (Annie étant bien sûr hors concours), un terrible rouleau-compresseur électronique, conquérant et minimaliste, quelque part entre New Order et certaines envolées de Kraftwerk (quand je vous disais qu'ils étaient partout). Les groupes qui se veulent tant "néo-romantique", "new-wave" & co n'ont sans doute pas encore compris qu'à notre époque ce n'est plus le fait de mettre de la dance dans le rock qui passionne, mais bien d'assumer pleinement l'aspect disco et d'y glisser l'attitude un peu mauvais garçon et le solo de guitare "so 80's". Le résultat est tellement irrésistible que l'on ne cherche même plus à jouer les rabats-joie.

-5-
Kanye West - Diamonds From The Sierra Leone
Autre superstar de l'année 2005, le rappeur Kanye West est désormais une figure incontournable du show business actuel. Charismatique, audacieux, doté d'une vision musicale sans doute bien plus étendue que la plupart de ses collègues, le bonhomme a offert avec Late Registration un extraordinaire album qui m'impressionne même si le rap est loin d'être mon genre fétiche. Sur la durée, certes, je décroche et certains passages me laissent de marbre, cependant une poignée de chansons méritent tous les éloges. En particulier cet ultra cinématographique Diamonds From The Sierra Leone, construit autour d'un sample de Diamonds Are Forever et doté d'une puissance réellement saisissante.

-4-
Spoon - I Turn My Camera
Dans un élan finalement peu représentatif de leur pourtant très bon dernier album (Gimme Fiction), Spoon font revivre les grands heures du funk-rock en une imitation troublante du Mick Jagger des années 70 ou du Prince des 80's. Du rock dansant, voyez-vous, du genre qui donne envie de se déhancher de manière bien plus que suggestive, histoire d'inviter son/sa partenaire aux pensées les plus indécentes. Oui, c'est funky, c'est sexy, c'est disco, c'est fait pour danser vicieusement, c'est donc indispensable à vos oreilles.

-3-
Sleater-Kinney - Jumpers
On ne présente pas la chanson rock parfaite sous forme de single sans espérer figurer dans le top 10 de M. Wood. Gagné les filles, vous voilà aussi très bien placées ici !

-2-
Antony & The Johnsons - Hope There's Someone
Comme à peu près tous ceux qui ont découvert cette chanson, j'ai été tétanisé par la première écoute de Hope There's Someone. La voix de Antony est juste inhumaine, si aérienne, si fragile, une voix "noire" offerte à un petit blanc un peu rondouillet, légèrement androgyne, dont l'idole est tout autant Lou Reed que Boy George. La musique, si discrète au début avec son piano mélancolique, devient peu à peu franchement mystique, voire fantomatique, presque inquiétante, retranscrivant au mieux les angoisses du chanteur, sa vulnérabilité bouleversante, cette peur universelle de la solitude, qu'il n'y ait personne, maintenant, ou plus tard, quand nous serons dans le besoin, dans la douleur, et surtout, surtout, qu'il n'y ait personne au bout du tunnel, personne après la mort. Une telle adéquation entre musique, paroles et surtout voix est presque terrifiante, tant les résonances nous laissent démunis face à l'émotion qui nous submerge.

-1-
Annie - Heartbeat
Sorti officiellement en single en début d'année 2005, le Heartbeat de la princesse Annie est évidemment et sans la moindre hésitation la chanson la plus extraordinaire que mes oreilles aient pu croiser. Oh, il y a eu de la concurrence, et de haute volée, c'est indéniable. Mais Heartbeat n'est pas seulement un morceau parfait, il incarne un idéal, il dépasse le cadre de la simple bluette dansante pour faire revivre avec des sonorités modernes les heures les plus exaltantes des 60's et de l'âge d'or des singles. Il y a tout ce que l'on peut souhaiter dans Heartbeat, aussi bien Phil Spector que Brian Wilson, tous les girl groups et toutes les dames du rock, toutes les starlettes pop et tous les ciseleurs de mélodies, tous les artistes qui ont un jour cru que l'on pouvait faire partie de la vie des auditeurs en trois minutes.
Car Heartbeat est de la lignée de ces chansons auprès desquelles viennent se greffer les souvenirs impérissables. C'est même le thème du morceau, qui, par-delà son évidence mélodique et son accroche rythmique qui tient les promesses du titre, est aussi une histoire. Ce fameux soir, réel, fantasmé, où l'on a dansé avec un/une inconnu(e), ce fameux soir où l'on a tout oublié en s'abandonnant à la musique, à la fête, à cette soirée qui se rêvait éternelle. Et cette excitation, et cette angoisse soudaine, cette énergie vitale, érotique, ce sentiment amoureux qui nous fait tourner la tête, et notre coeur qui accélère, qui accélère, accélère, pour mieux suivre cette musique, cette musique qui soudainement semble être la source de cette puissance qui nous enivre, l'origine de cet amour. C'est ce que conte Heartbeat, qui s'affirme non seulement comme la plus formidable chanson de 2005 mais aussi, déjà, comme un classique.