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Million Dollar Baby

 

 

        Clint Eastwood est beau dans sa vieillesse, Clint Eastwood est grand dans sa sagesse, son Million Dollar Baby, au même titre que le Match Point de Woody Allen, nous montre un homme au crépuscule de sa vie en train de se questionner sur le sens de celle-ci. A quoi auront servi la dignité et l'honneur ? A quoi aura servi la gloire ? L'homme, engoncé dans sa virilité et ses principes, aura-t-il eu raison de croire en son combat ? La boxe n'est qu'une métaphore et c'est sans doute ce qui rapproche le dernier Eastwood de Raging Bull, le chef-d'oeuvre de Martin Scorsese. La boxe symbolise cette lutte de l'humanité qui, au quotidien creuse sa place à  force de volonté, à la puissance de ses espoirs. Mais lorsque l'injustice frappe, comment rester debout ? Quand tout vous abandonne, êtes-vous prêt à jeter l'éponge ?

        Le colosse vacille, le colosse chancelle. Comme dans son chef-d'oeuvre, Impitoyable, le héros se fissure et derrière les rides, c'est une faiblesse inattendue qui transparaît. Le cow-boy sans foi ni loi met genou à terre, atteint dans sa fierté, désarçonné dans ses convictions, il ne lui reste qu'à faire face une ultime fois à l'existence et d'accomplir sa volonté en ce monde. Sa volonté d'homme libre qui ne veut croire qu'en lui-même et en ses choix, quitte à disparaître après avoir accompli ce qu'il considère comme l'irréparable. Découvrir Clint Eastwood en image paternelle, contraint au plus grand des sacrifices, est un choc déchirant, certes. En apparences, Million Dollar Baby est un mélodrame lacrymal de plus, mais entre les mains du metteur en scène, un scénario relativement banal devient un grand film funèbre débordant de justesse.