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Match Point
"Et si en plus il n'y a personne ?", chantait en 2005 un Alain Souchon en pleine crise de doute mystique, le Match Point de Woody Allen va plus loin que la simple interrogation. Il suffit d'un peu plus de deux heures au new-yorkais pour à la fois transposer son univers dans les cadres de l'Angleterre bourgeoise et surtout pour tuer une énième fois Dieu. Mais Allen accomplit son déicide avec une telle conviction, une telle originalité que sa démonstration n'en est que plus troublante, que plus passionnante. Si sa Balle de Match est une variation autour de Crime et Châtiment de Dostoïevski, c'est pour parvenir à une conclusion radicalement opposée à celle de l'auteur russe. Ici pas de rédemption par la Foi, pas de salut par la culpabilité, mais au contraire une injustice absolue et une absence de morale des plus naturelles. Le film dissimule donc son sens pendant la majeure partie de son intrigue, en nous concentrant sur l'ascension d'un arriviste prêt à tout pour réussir, une histoire fort classique mais traitée avec une sobriété et une précision qui surprennent tant que Woody Allen a parfois tendance à se laisser aller à des effets comiques ou poétiques trop appuyés. Ici, même les digressions participent à l'accomplissement du conte immoral, les confessions ne sont que mensonges, la beauté n'est vraiment qu'apparence et la victoire finale ne se jouera que sur la chance. Match Point est une oeuvre d'un pessimisme angoissant tant la philosophie qui s'en dégage ne laisse aucun échappatoire : l'homme est libre et terriblement solitaire, aussi seul au milieu des autres que seul au sein de l'univers. En tant qu'accomplissement (provisoire) de la filmographie et de la réflexion d'un être aussi sensé que M. Allen, une telle conclusion ne peut que troubler et émouvoir. |
