9

Broken Flowers

 

 

        Le rythme de la vie, le rythme du temps qui passe, la véritable durée des "aventures du quotidien", voilà ce que propose l'errance de Jim Jarmush. Broken Flowers est un fragment extraordinaire traité sous la forme du trop peu, de l'absence, du vide et du manque. L'existence du Don Juan apathique Bill Murray n'est qu'une interminable attente, une longue traversée de l'existence sans véritable but, à part peut-être pouvoir écouter de l'opéra sur sa chaîne Hi-Fi. Évidemment cela ne suffit pas à rendre notre Bill heureux, surtout lorsque sa dernière conquête le quitte et que sa passivité ne lui laisse plus d'autres choix que d'attendre, encore et encore. Quand le passé le rattrape et que le présent semble lui donner une nouvelle chance, c'est à reculons, en se pressant avec lenteur, que notre homme se met en route. Mais le passé n'est plus très beau à voir et la nouvelle chance est aussi floue que la vie en elle-même. Broken Flowers est un film éthéré, où les apparences sont trompeuses, où rien ni personne ne semble être au bon endroit au bon moment. Et pour conclure le road movie minuscule, il ne peut y avoir que des pointillés et un final aussi juste que frustrant, aussi évident que déstabilisant et qui fonde en grande partie la réussite de l'oeuvre.