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May

 

 

 

        Chaque année, une petite série B, surgit d'à peu près nulle part, éclipse presque tous les "grands" films. Encore plus que Willard en 2003, May aura fait étinceler les couleurs du cinéma Fantastique, humble, artisanal et sincère. L'histoire, ma foi, on la connaît par coeur : le conte du vilain petit canard qui grandit pour devenir un vilain grand cygne. Et en nourrir une rancoeur qui le mène à la folie, à la vengeance et à une mort très morale. Mais contrairement au schéma classique, la May de Lucky McKee est dès le départ un joli petit canard auquel on s'attache et qui nous rappelle bien des tourments de notre enfance et de notre adolescence. May est belle, touchante et diantrement fêlée, se protégeant des désillusions en rêvant d'un ami idéal. Qu'il soit une amie, un petit ami, un frère, une soeur, et surtout un double d'elle-même, en mieux. Tout en même temps! La chimère du Dr. Frankenstein, mais en plus égoïste, en plus intime. Une créature à aimer et qui vous aime. Un double, qui extériorise toutes nos blessures, nos plaies et nos coutures maladroites.

        Derrière l'horreur des meurtres, bourrée d'humour noir et de tendresse morbide, se cache un conte délicat. Une fable dédiée aux âmes solitaires, aux hurlements silencieux des jours gris, quand on aimerait que les objets inanimés aient soudain une âme et que nos larmes trouvent auprès d'eux une épaule réconfortante. Pour May, cette épaule est très explicitement de chair et de sang, quand le point de non-retour est atteint.

        Et devant cette inévitable conclusion tragique, le film refuse de juger et plonge dans l'onirisme pour offrir enfin à May l'apaisement qu'elle mérite. Jamais une si discrète série B d'horreur ne nous aura autant ému.