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Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban

 

 

        Ne le cachons pas plus longtemps, l'année cinématographique 2004 aura aussi été marquée pour votre serviteur par l'effondrement de mon cher Tim Burton, qui a signé avec Big Fish le seul véritable mauvais film de sa carrière. Un hymne à la banalité et au cynisme, dissimulé derrière un mélo gluant, un onirisme télévisuel et des figures de style radotées jusqu'à l'écoeurement. En contrepartie, 2004 a donné naissance à une poignée de films plus ou moins proches de l'univers burtonien, qui, tout en possédant leur propre personnalité, ont fait échos à certains thèmes, visuels et narratifs, de Tim Burton. Le Spider-Man 2 de Sam Raimi en fait bien sûr partie, de même que le May de Lucky McKee. Mais c'est sans doute le troisième volet de l'ample saga des Harry Potter, transcendé par Alfonso Cuaron, qui aura le plus idéalement ressuscité l'esprit de M. Tim.

        Avec une grande fidélité à l'excellente oeuvre littéraire, Cuaron n'a de cesse d'enchaîner les audaces. Sa mise en scène, qui emprunte finalement plus à Peter Jackson, possède un dynamisme qui faisait tant défaut aux deux premiers films de la série. Il n'hésite pas non plus à verser vers les aspects les plus durs du livre, sans pour autant nuire à la magie de l'ensemble. Au contraire, les envolées (littérales) formelles renforcent l'atmosphère d'Hogwarts et la personnalité de ses habitants. Beaucoup plus sombre et effrayant, cet Harry Potter nous rappelle les plus excitantes heures des premiers Star Wars, Indiana Jones, Gremlins et autres Secret de la Pyramide. Le temps où les films "familiaux" ne prenaient pas leur public pour des bébés ou des abrutis gavés de télévision et nous donnaient l'impression de vivre une aventure au sein d'une salle de cinéma.

        D'où une plus grande implication émotionnelle. Et le spectateur en vient même à s'attacher au magnifique Buckbeak, la plus parfaite créature Fantastique que les effets spéciaux nous auront offert cette année. On est ébloui, on frémit, on ne s'ennuie pas une seule seconde, et on se dit qu'il est donc encore possible à Hollywood, avec une franchise théoriquement intouchable, de créer des chefs-d'oeuvre originaux. Le fantôme du Batman Returns de Tim Burton n'a jamais été aussi présent que dans les couloirs emplis de monstres et de merveilles de cet Harry Potter.