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Gerry
Réapprendre la durée. Réapprendre l'espace. Les considérer à nouveau comme des données essentielles de l'émotion cinématographique. Le pari est osé, risqué, et l'on pourra se heurter très facilement à l'incompréhension et à l'ennui du spectateur. En contant l'une des plus vieilles histoires du monde (Abel et Caïn, perdus dans une Odyssée minimaliste), Gus Van Sant épure en apparences son cinéma. Jusqu'au néant. Jusqu'à la disparition de presque tout. Les deux héros finiront à petits pas dans le désert le plus immaculé. Le temps d'un plan hallucinant, Van Sant suit leur lent cheminement pendant que l'aube paraît. Et le spectateur d'éprouver des sensations si rares devant un film. Une extase esthétique étonnante, un émerveillement devant une perfection plastique et symbolique qui fait échos aux chefs-d'oeuvre d'un Tarkovski (référence de plus en plus incontournable, que l'on retrouve aussi chez le Oshii d'Innocence).
L'homme en tant que pure représentation de lui-même, face à son désarroi, face à son errance existentielle, face à l'infini et à la puissance de la Nature. L'homme, minuscule, faible et perdu, qui ne s'échappera du labyrinthe qu'en reproduisant le crime originel. Un éternel recommencement, conclusion pessimiste d'une oeuvre intense, audacieuse, dont la magnificence formelle dissimule à peine la précieuse intelligence.