
Frank Black Francis
2004 fut bien sûr marquée par la reformation des Pixies. L'événement se trouva amplement commenté, en long, en large et surtout de travers. Et après la série de concerts et les deux titres enregistrés par le groupe réuni, on ne peut pour l'instant conclure qu'une seule chose : les Pixies ressuscités sont beaucoup moins grands vivants que morts. Car, aujourd'hui, quand tant d'autres musiciens ne cessent de s'inspirer de leurs percées révolutionnaires, les Pixies semblent bien obsolètes, ce qui est pour le moins paradoxal de la part d'un ex-plus grand groupe de rock du monde... On attendra avec intérêt le nouvel album (produit par Tom Waits, ce qui est rassurant), prévu pour 2005 et on se consolera amplement avec la dernière folie de Charles Thompson, aka Black Francis, aka Frank Black, aka Frank Black Francis (mais pas aka The Bride...).
D'après le monsieur, ce disque était en projet depuis déjà quelques années, mais son arrivée, juste après la reformation des Pixies, est extrêmement bienvenue. La chose se présente sous la forme d'un double disque. Le "principal", contient les toutes premières démos enregistrées par Black Francis, seul avec sa guitare, dans le but de séduire un producteur. Même si l'énergie adolescente de Charles Thompson fait plaisir à entendre, on se retrouve avec toujours les mêmes scies du début de carrière des Pixies, dans des versions finalement très similaires à celles que nous connaissons par coeur. Bref, on écoute la chose à titre documentaire et on la range sans regret dans la pochette.
Heureusement il y a le disque "bonus", Frank Black ayant jugé qu'il était dommage de refourguer aux fans une énième compilation de démos à l'intérêt discutable. Et diantre, que le gros génie avait une nouvelle fois raison !
Ce deuxième disque, enregistré en 2003, propose de nouvelles versions de grands standards des Pixies, par ledit Frank Black secondé par les deux membres des Two Pale Boys. Le résultat est un vrai bouleversement, le coup de pied au cul salutaire qui dépoussière le "gospel" pixisien avec un bonheur quasi total. Les classiques sont passés à la moulinette électronique, dépouillés de leurs oripeaux rocks, pour se métamorphoser en de voluptueuses et cotonneuses errances peuplées de cuivres et d'accents "ambient" rêveurs.
Certaines chansons, que l'on avait sans doute trop entendues, trouvent une seconde jeunesse. Where Is My Mind resurgit des profondeurs, portée par un Frank Black qui n'a peut-être jamais aussi bien chanté que sur ce disque. Des bruitages incongrus et des silences fascinants piratent nos habitudes. Les cuivres de Nimrod's Son transforment la comptine en un objet tordu, inquiétant et drôle, que n'aurait pas renié un certain Tom Waits. Wave of Mutilation, épurée, est troublante. La version chaloupée de Monkey Gone To Heaven réjouit et Velouria devient une sublime complainte fêlée. The Holiday Song copule avec des mariachis funèbres et l'angoissante relecture de Is She Weird redonne toutes ses couleurs menaçantes à ce chef-d'oeuvre. Subbacultcha, en boîte à musique détraquée, définitivement enfant cachée de Tom Waits, est peut-être supérieure à son apparences d'origine. Et la très audacieuse épopée de Planet of Sound conclut l'album le plus original et passionnant du vaste univers Frank Black Francisien, depuis ses débuts en solitaire.
Sur la base de chansons reconnues comme d'intouchables classiques, le sieur Francis s'amuse et expérimente, en laissant transparaître une mélancolie onirique qu'on ne lui connaissait presque plus. Sur la seule foi de ce disque incroyable, on pardonne la fameuse reformation et on attend la suite avec impatience.