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The Unicorns - Who Will Cut Our Hair When We're Gone ?

 

 

        Ce n'est qu'en toute fin d'année que je suis tombé sur le disque pop idéal pour 2003. Léger, comique, mais superbement emballé dans un faste louable de mélodies, d'arrangements et de chœurs aériens, l'album des Unicorns ne cesse d'impressionner au fil des écoutes. 13 morceaux en 40 minutes, moins de 3 minutes pour la plupart, certains se permettant même moitié moins. Le format parfait pour de la pop qui coule de source. Riche de promesses pour la suite. La musique des Unicorns est à la fois très classique, ne révolutionnant rien de l'héritage des Beatles ou des Beach Boys, voire de Blondie (ça en fait des groupes en B...). Avec parfois des guitares en avant, comme chez les Kinks. Il y a bien sûr un peu de cet air du temps qui, des Strokes au White Stripes, veut nous faire croire que le rock'n'roll, my, my, hey, hey, is here to stay.

        Mais on leur pardonne, parce qu'ils n'ont décidément pas la patte lourde et que leur écriture sait rester humble, bondissante et pour tout avouer assez ravissante dans l'ensemble. Et puis il y a cette déprime gaie que j'adore, ces paroles morbides qui filent à toute allure sur des mélodies du bonheur. Car depuis les Beatles nous avons quand même eu les Talking Heads et les Pixies (Unicorns ? Pixies ? Encore une histoire de fées, ça), et il est toujours bon de s'en souvenir. Et même lorsque le son des Unicorns se durcit et que la chanson s'offre cinq minutes, elle sait retrouver au final des accents rêveurs qui charment à coup sûr. Et les quelques influences électroniques sont ici parfaitement amenées et nous sommes à des années lumières des calamiteux The Rapture.

        Ici, on chante "I Hate You", mais en riant, avec un petit bazar de sons idiots et de chœurs de dessins animés. Pas très loin de ce que pourrait faire un Jason Lytle de Grandaddy si sa dépression chronique le laissait en paix pendant plus de 26 secondes. On reste admiratif devant la puissance mélodique de ces petits fragments pop, car c'est loin d'être donné à tout le monde d'écrire un "I Was Born a Unicorn". Soudain, on se dit qu'il y a du Supergrass dans ce groupe (et pas seulement au niveau de la voix). Ce côté déconneur de génie, ce fourre-tout qui s'amuse des références tout en les respectant discrètement. Il y a à la fois l'énergie adolescente de I Should Coco et les expérimentations cinglées de In It For The Money, donc la synthèse drôle et inépuisable des deux meilleurs albums de Supergrass.

        L'aspect "une idée à la seconde", pourra décontenancer certains ; pour les autres, tous les autres, ce sera le bonheur de se dire que l'esprit d'un Brian Wilson (avant la folie narcotique) ou d'un duo de choc Lennon/McCartney (avant l'explosion en vol) est toujours diablement vivace. Alors ? Alors, ce joyeusement funèbre Who Will Cut Our Hair When We're Gone est LA découverte de l'année ! Et les Unicorns le meilleur groupe de pop de 2003. Trois fois rien, donc.