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Plaid - Spokes

 

 

        Aux premières écoutes, on note qu'avec Spokes, le duo de Plaid marque un réel désir de relancer ses recherches et de ne plus essayer de flirter avec un vague format "pop" qui rendait la visite de Not For Threes, Rest Proof Clockwork et Double Figure si facile et si plaisante. Sur ce nouvel album, seule une très lointaine contribution vocale en ouverture du premier morceau offrira à l'auditeur inexpérimenté un guide vers les méandres électroniques. Bien souvent, Spokes ira même flirter sur les terres d'un Aphex Twin très remonté ou d'un Autechre un peu moins abscons qu'à l'habitude. Si certains morceaux, tel le quatrième, portent avec évidence la patte de Plaid, d'autres sont plus étranges, et certainement plus difficiles à apprivoiser que sur les albums précédents.

        Mais cette première impression se révèle relativement fausse au fil des écoutes. Et l'on en vient bientôt à penser que le principal défaut de Spokes est d'être, encore une fois, à peu près la même chose que les précédents disques de Plaid. Les innovations, bien réelles, ne parvenant pas forcément à masquer le classicisme de certains compositions. Puis, on écoute encore. On laisse passer du temps. Plaid, plus que n'importe quel autre groupe de musiques électroniques, réclame de la patience, de l'attention, de l'investissement. Un don de soi que l'on n'est pas toujours susceptible d'offrir. On pourra ainsi très facilement passer à côté des trésors de Spokes. Dans la précipitation, on laissera échapper l'essentiel. La beauté inestimable de certains morceaux nous effleurera sans qu'on lui laisse le temps de nous atteindre. L'ambiance, très sophistiquée, qui demande calme et bienveillance, n'aura pas le temps de nous imprégner. Nous ne serons touché que par quelques gouttelettes éparses. Mais cela sera suffisant. Cela a été suffisant.

        Car, je suis revenu, régulièrement, vers Spokes. M'approchant toujours un peu plus de son cœur palpitant. J'ai eu du mal à aller plus loin que cette impression tenace de déjà entendu. Et c'est dans le lointain, dans les limbes d'une production qui n'a jamais été aussi complexe, que j'ai découvert ce qui fait le prix de cet album : son atmosphère rêveuse très éthérée et étrangement émouvante. Certes, ce n'est pas avec ce disque que les réfractaires au style de Plaid vont succomber, mais on leur conseillera encore et toujours l'écoute. Pour les autres, l'acquisition est évidemment indispensable. Chacun reconnaîtra sans problème le "son" de Plaid, avant de se faire happer par les nouveautés et les qualités innombrables de Spokes. Et une nouvelle fois, l'ultime morceau de l'album flirte avec le sublime, on n'en demandait pas moins.