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Lost In La Mancha

 

 

        La réalité, toujours elle, décidément au coeur des préoccupations de nombreux grands cinéastes en 2003. La réalité dans sa complexité, son injustice flagrante, ses souffrances quotidiennes, mais aussi ses éclairs de bonheur. Dans le documentaire Lost In La Mancha, les "moulins de la réalité contre-attaquent" et triomphent du Don Quichotte de Terry Gilliam. Projet cinématographique ambitieux et chérit depuis une décennie par le génial ex-Monty Python. Un projet risqué, qui dès le début enchaîne les catastrophes, s'élabore dans le chaos et accumule une malchance incroyable. Ce serait de la fiction que l'on trouverait cela trop gros pour être vrai. Seule la réalité peut aller aussi loin dans la cruauté et l'humour noir.

        Devant nos yeux, un possible chef-d'oeuvre vogue vers la haute mer, puis prend l'eau de partout, avant de sombrer corps et biens. Et c'est plus impressionnant que Titanic, croyez-moi ! Pourtant Gilliam a des idées et de l'enthousiasme à revendre, Jean Rochefort est impérial, Johnny Depp égal à lui-même et toute l'équipe est composée de gens intelligents et brillants. Tout est là. Tout est réuni pour une réussite exceptionnelle. Mais la réalité aura la peau de Don Quichotte. Ce "making-of" (making-off ?) est alors tour à tour magique, hilarant, déprimant, angoissant, terrible. Et s'achève sur un vague espoir et une tristesse insondable. Une œuvre vivante, en somme.