Rutabaga Swing

Sous un titre peu évocateur et qui risque de faire tort à l’œuvre, se cache une petite perle de théâtre qui mérite d’être découverte d’urgence. Ecrite par Didier Schwartz (co-auteur du Bernie d’Albert Dupontel, du Ciel, les Oiseaux et ta Mère ainsi que d’Il Etait une Fois dans l’Oued) et mise en scène par Philippe Ogouz, cette pièce revient sur le terrain mille fois rebattu de la France sous l’Occupation. Mais ici, la verve est unique, mélange de très bons mots, de grands numéros d’acteurs et d’intermèdes musicaux jamais envahissants. Le récit se fait donc faussement léger, coupant souvent l’hilarité par des anecdotes véridiques ou des citations glaçantes. De même certains clichés se retrouvent gentiment bousculés, pour mieux brouiller les idées reçues et donner un portrait plus nuancé qu’à l’habitude de la lâcheté et du courage quotidiens au sein de la période.
Les chansons aussi sont d’époque, de Charles Trenet à Maurice Chevalier, et elles correspondent toutes idéalement à un moment de la narration ou à une illustration de l’atmosphère générale. Bien interprétées, elles sont aussi chorégraphiées avec énormément de charme. Ce qui permet de souligner l’excellence des acteurs, polyvalents et surprenants de justesse dans leurs rôles parfois assez caricaturaux. Aidés par le texte, ils transcendent les attentes du public, jusqu’à une conclusion particulièrement forte. Il faut à présent me croire sur parole, Rutabaga Swing évite tous les pièges de son sujet, ne tombe jamais dans le poussiéreux ou la lourdeur du politiquement correct et ose appuyer là où cela fait toujours mal.
Cela se joue à Paris, au Théâtre 13 jusqu’au 25 octobre (et cela mériterait prolongations) et c’est immanquable.