planet-deconstruction.jpg (26103 octets)

 

Daube infâme ou chef-d'œuvre incompris ?

Film "nauséabond" ou culte en devenir ?

 

 

La Planète des Singes version Tim Burton n'est pas loin d'avoir fait l'unanimité contre elle. Voyons brièvement quels sont les principaux points qui causent tant de tort au film. La liste se poursuit.

 

Des extraits trouvés chez Allociné :

- "Pas d'imprévu, pas d'excentricité, même pas d'excitation. Avec pour seule substance une morale consensuelle qui prêche la tolérance, La Planète des singes est un film gentil, impersonnel et anodin." (Gérard Delorme / Première)

        Ces remarques, venant de nos amis de chez Première (chantres de Matrix et autres Speed) sont assez savoureuses. Mais n'attaquons pas le magazine, mais plutôt les propos du gars Delorme.

        "Pas d'imprévu", certes, La Planète des Singes, on connaît déjà, n'est-ce pas ? Mais, hum, si je ne m'abuse, si on n'avait pas fait des tonnes sur internet autour de la relation Leo/Ari, il y aurait eu là une belle histoire d'amour surprise. Et cette fin. Le méchant qui ne meurt pas, et qui revient, dans un paradoxe que l'on n'a pas fini de discuter, dans une coda clouante. C'était si prévisible ? Certes, pourquoi pas ? Mais non.

        "Pas d'excentricité". Dans le cadre d'un tel Blockbuster, Burton se permet quand même de mettre en avant un héros égoïste qui embrasse la femme-singe plutôt que la blondasse top-model (dont il se fout du début à la fin). Burton se permet aussi une représentation des singes particulièrement bestiale. Et même une scène coquine avec Lisa Marie et Glenn Shadix. Et je persiste à dire que la figure messianique du chimpanzé descendant du ciel pour impressionner aussi bien les humains que les "bêtes", c'est une jolie provocation. Sans parler du Lincoln/Thade final, aussi fort que le massacre présidentiel de Mars Attacks !

        "Pas d'excitation". Encore une fois, pour des gens qui osent dire du bien de Matrix, on rigole doucement. Rythmé à la perfection, brutal même dans ses instants les plus calmes, La Planète des Singes possède une des ambiances les plus prenantes, les plus "dangereuses", les plus palpitantes de ces dernières années. Mais bon, peut-être que je me trompe.

        "morale consensuelle qui prêche la tolérance". Bien sûr. Et la morale d'Edward Aux Mains d'Argent c'était quoi ? Et celle de Beetlejuice ? Et la morale du Nightmare Before Christmas ? Et celle de Sleepy Hollow ? Et celle de tous les films de Burton (plus ou moins explicite, mais il n'y a pas à se questionner longtemps pour découvrir que tous les Burton "prêchent" la tolérance). Et puis c'est bien connu, la tolérance c'est stupide, vive l'intolérance !

        "un film gentil, impersonnel et anodin". Pour une œuvre aussi violente, qui n'hésite pas à mettre le spectateur mal à l'aise et à ne pas lui laisser le temps de souffler, c'est charmant de dire que c'est "gentil". Mais bon, c'est une citation de Besson, ça : "un film c'est un objet gentil" ("objet" et "gentil", il est mignon le petit père Besson). Impersonnel ? Bah, déjà il y a le message de tolérance, que l'on retrouve toujours au cœur des œuvres de Burton. Ensuite il y a toujours cette fascination pour le "point limite". La limite entre l'homme et l'animal (cf Batman Returns), la limite entre ce qui est bien et ce qui mal, la frontière entre le jour et la nuit, entre la liberté et l'esclavage, entre la norme et l'anormal. Tout cela est dans La Planète des Singes. Anodin ? Bah si vous le dites !

 


 

- "C’est simplet. Dommage car le style de Tim Burton est identifiable à chaque image. (...) on sent bien que l’aventure de ce cosmonaute américain (...) n’intéresse pas tellement le cinéaste. Si bien que le film retombe dans son travers le plus évident : le manque de rythme et la faiblesse du scénario." (Nouvel Observateur)

        "C'est simplet". Charmant. Où est la différence entre un film léger dans sa forme et la manière de présenter son fond et un film simplet ? Alors bien sûr ce n'est pas Stalker, mais que serait un monde où il n'y aurait que des Stalker ? Ce serait sublime, cérébral, touchant, mais on ne rigolerait pas des masses.

        "Le style Burton est identifiable à chaque image". Courageuse affirmation, le Nouvel Obs est le seul à défendre ce point de vue qui sort de l'enfer. Car même moi, qui suis fan au dernier degré de Burton et de sa Planète, je peux vous le dire, le style Burton n'est pas du tout omniprésent. Au contraire. Et c'est l'un des points que j'apprécie le plus dans le film. En tout cas, voilà une remarque des plus étranges, tant le style Burton a été défini par quelques universitaires de la critique comme étant à l'opposé de ce que la Planète des Singes propose.

 


 

- "La réalisation est sage, sans audace ni fantaisie, l’humour est démago, les dialogues bâclés. On baigne dans une esthétique indécise, vaguement kitsch, dans laquelle le cinéaste ne semble pas trouver ses repères, ni cette distance subtilement ironique à laquelle il nous avait habitués." (Grégoire Bénabent / Chronic'art)

        "La réalisation est sage". Tous les films de Burton sont sages au niveau de la mise en scène. Burton n'a jamais été et ne sera jamais ni Fincher ni Scorsese. C'est un réalisateur tout ce qu'il y a de plus académique. Plus plasticien, plus "peintre" que technicien du 7e art.

        "L'humour est démago". Alors, bon, si l'humour de la Planète des Singes est démago, Mars Attacks ! est le film le plus démago du monde. Ce qui semble paradoxal mais qui pourrait être vrai. D'un certain point de vue.

        "Les dialogues bâclés". Là encore, les films de Burton ne brille pas par des dialogues franchement brillants (sauf quand quelqu'un comme Daniel Waters s'y colle). Et alors ? Non, attendez, est-ce que vous avez déjà fait attention aux dialogues d'un Cronenberg ? Non ? Bah c'est poilade garantie.

        "Esthétique indécise, vaguement kitsch". Tout ce que l'on aime chez Tim Burton est là.

        "(pas de) distance subtilement ironique à laquelle il nous avait habitué". Au contraire, la Planète des Singes est monstrueusement ironique dans bons nombres de ces moments. Sauf que ce n'est pas aussi évident que chez Mars Attacks ou Beetlejuice. Mais ce film est aussi délicatement sérieux, et c'est une force par ces temps de cynisme.

 


 

- "On pourrait multiplier (...) les griefs à l'encontre des options du film et ce ne serait encore rien dire de la faiblesse inouïe du scénario, de la prestation falote de Mark Whalberg (...) . Un flou total pèse sur le(s) discours du film (...)." (Didier Péron / Libération)

        "la prestation falote de Mark Whalberg". Le "héros" burtonien tel qu'en lui-même. Transparent, bouffé par les méchants, absent du film. Les Maitland dans Beetlejuice, Bruce Wayne dans les Batman, tous les "gentils" de Mars Attacks !, tous ces personnages ne sont que des silhouettes. Et le très mauvais Mark Whalberg vient s'ajouter à la liste des "héros absents" burtoniens.

        "Un flou total pèse sur le(s) discours du film". Alors quoi ? Une morale niaise ou des relents "nauséabonds" ? Il faudrait savoir. On va reprocher quoi à Burton ? De prôner l'américanisme ? Non ! De prôner la supériorité d'une culture sur une autre ? Trois fois non. Alors quoi ? Il n'y a pas dans la Planète des Singes le même consensus mou uniformisant qui dégouline d'Amélie Poulain, par exemple. Le monde burtonien garde ses vices et ses doutes, ses ténèbres et ses pièges. Le malaise est là et culmine dans ce fameux final. Non, La Planète des Singes n'est décidément pas un film "gentil". Et c'est tant mieux.

 


 

- "Nettement inférieur à la première version de Schaffner, qui filait la parabole de la guerre froide tout en conservant une certaine âpreté (...) , La Planète des singes façon Burton sent la routine de fabrication et le complet manque de conviction." (Frédéric "vive Catherine Breillat" Bonnaud / Les Inrockuptibles)

        "Nettement inférieur à la version de Schaffner". L'argument qui revient en masse. Avant même que le film ait été tourné. Et je l'ai moi-même utilisé. Avant de voir le résultat final. Et bien je peux vous l'avouer, j'avais tort. La Planète des Singes de Burton est différente de celle de 1968, elle est aussi différente du livre génial de Boulle. Elle vit par elle-même, avec des choix infiniment discutables (faire parler les humains, on perd une approche philosophique pour gagner en efficacité. Réussite ? Oui !). Le film de Burton n'était pas là pour remplacer l'original et encore moins le livre. C'est une "relecture", un complément, une nouvelle vision. Burton est un lecteur de la Planète des Singes, il nous en donne sa version. On peut préférer celle que l'on veut, bien sûr. Mais je persiste à dire que cette version 2001 a autant de valeur que les autres. Mais voilà, encore un remake "de trop", comme le The Thing de Carpenter, par exemple, que personne n'a aimé en son temps. Et que tout le monde adore maintenant. Le temps joue pour nous. Et puis qui se soucie de la guerre froide aujourd'hui ?

 


 

- "Voici donc Burton flanqué d'une intrigue linéaire" (Rafik "magic" Djoumi / Mad Movies)

        Pas linéaire, mon cher Rafik, mais en spirale !

 


 

- "Le remix de Paul Machinfold c'est affreux, non ?"

        Oui, certes, c'est affreux, mais on a connu pire. En plus il n'est pas sorti en single. On ne l'a pas vu sur MTV. Il n'est pas dans le film. Il est en dernière plage du sublime disque composé par Danny Elfman. Et comme le Tom Jones sur la BO d'Edward, on peut très bien le zapper sans que cela se voit.

 


 

Un débat "Pour Ou Contre" très intéressant sur Fluctuat.net

Le Contre

Le Pour