Star Wars Episode II

L'Attaque des Clones

 

 

        J'en attendais le pire, et, sans être tombé en extase devant le plus grand film du monde, j'en ai eu le meilleur. Après le "beurk beurk cra cra beurk" Episode 1, plombé par tous les défauts possibles (mise en scène de téléfilm, laideur visuelle, acteurs nuls, histoire stupide, rythme inexistant, humour pas drôle, enjeux dramatiques limités, magie absente, n'en jetez plus !), cet Episode 2 pouvait être envisagé, au mieux, comme la version "ado rebelle" de l'épopée Star Wars, au pire, comme un clou supplémentaire dans le cercueil de Dark Vador (qui n'en a pas, de cercueil, vu qu'il est incinéré, mais là n'est pas la question).

        Anakin, après avoir été un chiard horrible ("Ani !"), allait faire sa crise d'adolescence. Et c'est ce qu'il fait. De chiard horrible, le futur Dark Vador devient un teenager tête à claques (campé à merveilles par l'insupportable Hayden Christensen), qui ne demande que des coups de genoux dans la mâchoire dès qu'il apparaît à l'écran. Il est en guerre contre l'autorité (il se dispute sans cesse avec ce pauvre Obi-Wan, pourtant franchement sympathique grâce à une interprétation enfin un peu éveillée de Ewan McGregor), il se laisse tromper par ses sens (et tombe dans les bras de la pédophile Natalie Portman, qui joue toujours comme une laitue), il se laisse abuser par la colère (parce que sa maman meurt dans ses bras, en plus c'est triste, tout ça), manipuler par Palpatine (de plus en plus présent et effrayant). On se demande même à la fin s'il ne va pas rouler une pelle à Christopher Lee et donner un coup de pied mesquin à Yoda. Tout cela pour dire que la puberté est un âge difficile.

        Fort heureusement il n'y a pas que cela dans l'Attaque des Clones, il y a avant tout et surtout du spectacle, de grands moments et enfin un véritable esprit de "rebondissements", cet esprit qui fait toujours de l'Empire Contre-Attaque le meilleur Star Wars. Le drame est de retour, les méchants ont enfin du charisme, les visuels sont enfin souvent beaux, les scènes d'action sont bien menées (jusqu'à l'apocalyptique dernière demie-heure). Si le rythme est toujours aussi mal fichu et les scènes intimes aussi ridicules (ou peu s'en faut), le divertissement est réussi.

 

        Que retient-on ? Un début de film qui louche fortement du côté de Blade Runner. Une poursuite en voitures volantes pleine de surenchère, et c'est très jouissif. Un bar intergalactique qui fera jouer la nostalgie (et encore penser à Blade Runner, décidément). Des visuels parfois proches du sublime. Une planète aquatique dévorée par une incessante tempête, théâtre d'un beau combat entre Jango Fett et Obi-Wan. Une poursuite au milieu des astéroïdes bien moins impressionnante que celle de l'Empire Contre-Attaque (en grande partie à cause de la musique et de l'aspect plus jeu vidéo que Space Opera, enfin, par moment on retrouve les mêmes frissons que lorsque l'on essaie de traverser la gare du Nord à l'heure de pointe...). Une dernière demie-heure fantastique avec : Gladiator version Star Wars et des monstres rigolos, un épastrouillant combat entre les Jedis et les droïdes qui vaut à lui seul le déplacement, une guerre des clones totalement surréaliste (avec zooms façon "reportage de guerre, le Vietnam comme si vous y étiez"), un combat final contre Dokoo (Christopher Lee toujours aussi drôle) qui veut par moment égaler les combats entre Luke et Dark Vador (et qui ne s'en approche même pas). Et bien sûr l'intervention de Yoda, la scène la plus culte du film. Ouf.

        A côté de l'aspect "fun", il y a une belle présence du Mal, avec ce sentiment d'inéluctable qui accompagne chaque instant clef. Les clones qui sauvent la République vont la mener à sa perte. Donner les pleins pouvoirs à Palpatine, c'est ouvrir toutes les portes à Darth Sidious. Anakin penche vers le côté obscur mais personne n'en prend suffisamment conscience, lui-même fait plus confiance à Palpatine qu'au pauvre Obi-Wan. Les Jedis sont en plein déclins, aveuglés et affaiblis. Tout le monde va mourir ou presque. La plus belle image du film reste celle de ces bataillons de clones prenant place à bord des fameux croiseurs du futur Empire, sous l'œil d'un Palpatine plus shakespearien que jamais. L'Episode 3 sera peut-être un très grand film, ou alors une terrible douche froide. Pour l'instant, il s'agit de profiter au mieux de ce que nous offre un Lucas plus généreux que jamais et ne pas chercher trop loin, sous peine de déception sévère.

 

        George Lucas n'est pas un grand metteur en scène. Le premier Star Wars était figé, la direction d'acteurs d'American Graffiti consistait en de l'improvisation, son absence de 20 ans des plateaux avaient mené à l'incroyable échec de la Menace Fantôme. Aujourd'hui, soit Lucas a enfin appris à maîtriser les nouvelles techniques cinématographiques, soit il a vraiment laissé son équipe faire bon nombre de choix à sa place. Quoi qu'il en soit, l'Attaque des Clones est le film le plus maîtrisé de Lucas, peut-être son meilleur. Un grand divertissement qui ne demande aucune analyse (les aspects soit-disant psychanalytiques sont à mourir de rire), aucune arrière-pensée. Si j'avais 12 ans, je vous dirais peut-être que c'est le plus grand film de l'histoire du cinéma. Aujourd'hui, moi, vieux, fatigué, antédiluvien routard du cinématographe, je peux vous dire que l'Attaque des Clones est un excellent moment à passer dans une salle obscure. Alors, bon, que demander de plus en attendant Blade 2 et Spider-Man ?? L'Attaque des Clones est aussi très respectueux de l'univers de la première Trilogie (à part quelques incohérences ici ou là) et il nous permet de nous rappeler à quel point l'Empire Contre-Attaque est l'un des chefs-d'œuvre du cinéma hollywoodien contemporain, souvent imité, rarement égalé.

 

        PS : le dernier Mad Movies réserve un sort cruel à l'Episode 2, tournant les qualités du film en défauts et faisant parfois preuve d'une mauvaise foi évidente (ou alors Rafik Djoumi n'a rien compris au film, ce qui semble étonnant). Bizarre autant qu'étrange de la part du premier fan du Seigneur des Anneaux de Jackson, l'Attaque des Clones étant à de nombreux niveaux très proche de la Communauté de l'Anneau. Enfin bon bref...